26 février 2017

What If? – Hugues Mayot

Membre du Sens de la Marche de Marc Ducret, mais aussi du Surnatural Orchestra, du Sacre du Tympan, du Ciné X’tet… et, plus récemment, de l’Orchestre National de Jazz, du Pierre Durand Roots 4tet, de Spring Roll de Sylvaine Hélary, de Que Vola de Fidel FourneyronHugues Mayot développe également des projets personnels, dont L’Arbre Rouge, un quintet acoustique avec Théo Valentin Ceccaldi, Joachim Florent et Sophie Bernado, et What If?, un quartet électrique.  

What If?, disque éponyme, sort sur le label ONJ Records en février 2017. Mayot est entouré du claviériste Jozef Dumoulin (The Red Hill Orchestra, Lilly Joel…), du bassiste Joachim Florent (Coax collectif…) et du batteur Franck Vaillant (Benzine, Wax’In, Thisisatrio…). Le saxophoniste est l’auteur des huit titres.

Mayot joue sur le contraste entre les timbres électroniques des claviers, la sonorité brute de la section rythmique et le son acoustique du saxophone ténor. Les nappes électroniques lointaines, diffuses et aériennes de Dumoulin apportent une touche de film de science-fiction (« Apollo »), ses ostinatos (« Abyssal Borders ») et autres boucles répétitives (« Half Starved Chords ») évoquent davantage la musique minimaliste. La basse de Florent alterne des motifs sourds (« Abyssal Borders »), des riffs entêtants (« We’re Fighting ») et des lignes saturées (« Attila ») dans une veine rock alternatif. La frappe puissante, mate et sèche de Vaillant renforce l’orientation rock de What If?. De concert avec Florent, il gronde (« Apollo »), grouille (« A Dream Was Riding The Wave »), danse (« On The Road To Uqbar »), s’énerve (« Attila »)… avec une énergie communicative. Quant à Mayot, il promène ses phrases en toute liberté, tantôt aérien au-dessus de la mêlée rythmique (« Abyssal Borders »), tantôt dans la dynamique du groupe (« On The road To Uqbar »). Volontiers free (« Apollo »), Mayot lâche quelques bribes mélodieuses avant de s’emporter (« Attila »), mais sait aussi rester dans le murmure (« Waiting For The Storm »)…

Comme souvent dans l’art culinaire contemporain, What If? accommode des ingrédients élémentaires et des assaisonnements complexes : à goûter !

25 février 2017

Freedom, Now I - Free Human Zoo

En 2011, le batteur Gilles Le Rest et le tromboniste Laurent Skoczek montent Free Human Zoo. Dans la foulée, Patrice Kornheiser (piano), Nicolas Feuger (basse) et Samy Thiébault (saxophone ténor et flûte) rejoignent le duo. En 2014, Free Human Zoo enregistre Aïki Dõ RéMy, avec Gildas Martin à la guitare. C’est également en 2014 que Dan Decrauze intègre le quintet. Avec l’aide de l’ingénieur du son Marcus Linon, Free Human Zoo enregistre Freedom, Now ! au Kramus Deluxe Studio entre 2014 et 2016. Le disque sort chez ex-tension Records en 2016.

A l’instar des groupes de rock – ou de Magma, influence avérée – Free Human Zoo s’est doté d’un logo : dans un style bande dessinée, un grand cerf, entouré d’un lion, d’un perroquet, d’un écureuil, d’un tigre et d’un chimpanzé, semble sortir de la tête d’un homme ! Les hommes, les animaux et la liberté… Poésie et onirisme s’invitent également dans l’univers du combo. Quant au sous-titre de Freedom Now !, il est explicite : « une aventure musicale de libération et d’émancipation ».

Freedom Now ! est constitué de quatre suites : « Bokoroni », inspiré de l’interprétation d’un morceau traditionnel guinéen par le joueur de djembé Famoudou Konaté ; « Amour Moteur, matrice », « hymne à la passion » ; « Aspettando la Primavera », dédié à Aldo Romano ; « Maniacus », un hommage à tous les disparus… Le Rest a composé les treize mouvements des suites.

Riff de guitare entêtant, motif de basse minimaliste et sourd, batterie puissante et ambiance touffue : « Une nuit, cette Présence… » lorgne vers le Metal. Effet encore renforcé par le solo tranchant de Decrauze sur une rythmique toujours vive et dense. Puis, sur un rythme chaloupé des îles, Thiébault emmène « Danse de l’Ivresse, Corps et Esprit… » vers des rivages mainstream. La jolie « Valse ascensionnelle » permet à I’M’ de laisser libre court à son sens mélodique, sur une walking et un chabada alertes. « Amour moteur, Matrice » s’ouvre sur des nappes de sons saturés qui ramènent  « Magie d’un sourire… » vers des contrées rock. Le chorus d’I’M’ s’inscrit davantage dans une veine latine avec, toujours, un soutient luxuriant. « Rupture des temps, cassure du Temps… » porte bien son titre : la guitare s’emporte et l’atmosphère tourne à la fusion. Soucieux d’alterner les climats, le sextet fait danser « L’instant vient… », porté par les solos chantants du ténor puis du trombone, sur un ostinato du piano et des roulements secs et serrés de la batterie. I’M’ joue l’élégant  « Aspettando… » avec une sonorité mi-métallique, mi-cristalline. Léger et vif, le groupe reprend en chœur le thème, puis le ténor déroule de belles phrases fluides, sur un accompagnement souple, fait de contre-chants et autres riffs. Avec ses boucles répétitives à la Steve Reich, « L’Horloge atemporelle » laisse le trombone s’exprimer dans un esprit entraînant, avant que, dans « Pluie, Vapeur, Sécheresse… », la guitare électrique ne rappelle que le rock progressif et la musique minimaliste ne sont jamais très loin… La quatrième suite, « Maniacus », commence par la « Marche des méchants… », un morceau inscrit dans la lignée de l’Ecole de Canterbury : la section rythmique gronde, avec une pointe de nervosité, le piano évoque Keith Tippett, les soufflants épaississent le décor, la guitare joue les héros… bientôt rejointe par le ténor. Ce premier mouvement se conclut sur un final psychédélique. Comme pour la « Valse ascensionnelle… », c’est à I’M’ d’exposer la « Valse des Enfants… », sur une ligne déliée de Feuger et un drumming alerte de Le Rest. Porté par le piano et la guitare, « Solitude… » revient au rock progressif qui, avec l’irruption des  autres musiciens, fusionne avec la musique répétitive pour aboutir à « Des pleurs aux Rires… ».

Free Human Zoo met du cœur à l’ouvrage : Freedowm Now ! respire cette joie de jouer et la musique est authentiquement originale.

19 février 2017

Chapter Two: ¡Libertad! - Pierre Durand Roots 4tet


Des ONJ de Paolo Damiani et Daniel Yvinec, du X’tet de Bruno Régnier, du Sound Painting de François Jeanneau… au Sébastien Texier Quartet, à l’Attica Blues Big Band d’Archie Shepp… sans oublier ses propres projets – le duo Ravi(e)s avec Marine Bercot et le Roots 4tetPierre Durand multiplie les expériences musicales.

Pour Chapter One: NOLA Improvisations, sorti en 2012, Durand avait choisi de s’enregistrer en solo à la Nouvelle-Orléans (avec juste quelques invités locaux). Chapter Two: ¡Libertad!, sorti en novembre 2016, toujours sur le label indépendant Les disques de Lily, est le premier opus du Roots 4tet.

Créé en 2012 Le Roots 4tet est composé d’Hugues Mayot au saxophone ténor et à la clarinette, Guido Zorn à la contrebasse et Joe Quitzke à la batterie. Les trois musiciens font aussi les chœurs, quand nécessaire… Quant à Durand, il tient évidemment la guitare, et compose le répertoire. Comme pour les photos de Chapter One: NOLA Improvisations, dans lequel il est couvert de billets de banque et se promène dans un bayou, Durand a demandé à Sylvain Gripoix de réaliser la pochette de Chapter Two: ¡Libertad! : la tête de Durand couverte de points blancs, à l’instar d’une peinture de guerre indienne, est, encore une fois, décalée…

Dans le livret, le guitariste cite un extrait de Le Chant de la mort, de Patrick Mosconi, qui décrit un monde apocalyptique où la nature est défigurée, les animaux ont disparu et l’homme est déshumanisé. En réaction, Durand explique qu’il a mis dans ce disque ses convictions musicales :
« Etre libre et engagé.
Donner du sens aux notes.
Raconter des histoires, toujours ».
La musique serait-elle le salut de l’humanité ? En tous cas Durand signe les onze morceaux de son deuxième chapitre.

Après un chant indien sur des roulements touffus, le ténor joue un thème mélancolique soutenu par un riff aigu de la contrebasse ; « Tribute » s’envole ensuite vers un blues nostalgique, développé par la guitare sur une batterie virevoltante et un chœur. « What You Want & What You Choose » commence par des tourneries en contrepoints, sur un rythme puissant et heurté, et une ligne de basse qui gronde, pour continuer sur une quasi-sonate baroque, avec le timbre de la guitare qui évoque un clavecin, et la contrebasse à l’archet qui joue les basses continues. La suite « Self Portrait » compte trois mouvements : le premier, minimaliste, se rapproche d’un blues ; le deuxième lorgne vers l’Afrique et ses rythmes chaloupés ; quant au troisième, il reste dans une ambiance mystérieuse.  Sur une rythmique latine, « Llora, tu hijo ha muerto » déroule sa mélodie mélancolique, portée par des accords aériens. Le morceau-titre s’appuie sur un riff bluesy, une ligne mélodique lointaine et un développement convaincant de la guitare. « White Dog » commence comme une chanson pop, mais part dans un blues, qui débouche sur un rock endiablé, avec des accords « sales » et saturés, suivi d’un solo de guitare digne d’un guitar hero, à la Carlos Santana… La ballade « My Fighting Irish Girl » repose sur des motifs arpégés de la guitare, repris par le saxophone ténor, et une section rythmique mélodieuse. « Les noces de menthe » concluent Chapter Two: ¡Libertad! dans un climat apaisé avec un jeu de contre-chants entre le saxophone ténor et la guitare. En bonus, « Le regard des autres », un morceau dans un style hard-bop, avec ses nuances bluesy, soutenu par une walking et une chabada énergiques, ponctué d’unissons ultra-rapides…

Avec Chapter Two: ¡Libertad!, Durand frappe fort : sa musique, soigneusement pensée et construite, mais jouée avec les tripes, dispense une bonne dose d’émotions… 

18 février 2017

Joy au Pan Piper

D’octobre 2016 à mars 2017, Pierre Bertrand et sa formation de jazz flamenco Caja Negra se produisent une fois par mois au Pan Piper, à une encablure du Père Lachaise. Le 23 janvier près de deux-cent cinquante auditeurs ont bravé le froid pour venir écouter un programme qui tourne autour de Joy, disque sorti en septembre 2016 chez Cristal Records.


Bertrand ne pouvait choisir meilleure salle : son nom évoque bien sûr le joueur de flûte d’Hamelin, mais c’est surtout le titre d’un morceau que Gil Evans a composé pour l’album de Miles Davis, Sketches of Spain

Le noyau central de Caja Negra est constitué de Paloma Pradal et Melchior Campos au chant, Alfio Origlio au piano, Jérôme Regard à la contrebasse, remplacé par Gilles Coquard pour le concert, Xavier Sanchez au cajón et Minino Garay aux percussions. Pour la soirée du 23, Bertrand complète le septet avec un quatuor à cordes : Line Kruse et Johan Renard aux violons, et Isabelle Sajot et Yan Garac aux violoncelles. Il invite également le guitariste flamenco Mathias Berchadsky et la danseuse Sharon Sultan.

Le répertoire de la soirée est en partie tiré de Joy, mais contient aussi quelques reprises et des inédits. Comme sur disque, le concert commence par « Emove ». Ce joli morceau reflète bien l’esprit de Joy : des unissons mélodieux pour exposer des thèmes denses, des changements de rythmes – démarrage largo et développement flamenco – et des superpositions de textures sonores – voix, cordes, percussions – sur lesquelles le saxophone soprano (le saxophone alto ou la flûte traversière) développe ses solos. La démarche de Bertrand n’est pas sans rappeler celles de Louis Winsberg, Toufic Farroukh, voire Renaud Garcia-Fons.

Si le quatuor à cordes plante un décor recherché, il évite l’écueil du fonds sirupeux et apporte un zeste de lyrisme. Toujours puissant et sagace, Origlio passe du jazz au flamenco, sans oublier des variations très cinématographiques et des riffs énergiques, avec une joie de jouer évidente. Bertrand utilise les vocalises de Pradal et Campos pour densifier sa palette sonore et elles doublent tantôt le soliste, tantôt les chœurs. Les accords, pompes et fulgurances de Berchadsky garantissent la touche flamenco. Coquard, Sanchez et Garay privilégient l’efficacité, avec des lignes de basse fluides, un cajón sourd et des percussions robustes. Quant à Bertrand, il promène son soprano, alto ou flûte au grès des thèmes et ambiances, comme le soliste d’un concerto.

« Acqua » donne l’occasion à Renard de prendre un solo de violon entre manouche et mainstream, tandis que « Heart » part dans une direction plus funky avec un chorus du saxophone alto digne d’un shouter et une démonstration de batterie, à base de roulements puissants sur les peaux. Quant à « Joy », il a été écrit sur la base d’une alegria et, comme ces chants d’origine gitane de la région de Cadiz, c’est une danse joyeuse, entraînante que les voix, palmas et rythmes flamenco enflamment.

C’est en janvier 2002, lors d’un concert à l’Olympia, que Bertrand rencontre Sultan. Quatre morceaux permettent à la danseuse de faire une démonstration, soutenue par la voix aigüe et typée de Campos : après une danse élégante sur une chaise, Sultan enchaîne sur une marche, puis un duo zapateado et soprano et finit, avant le rappel, sur une Soleá por buléría, un palo andaloux aux accents moyen-orientaux, accompagné par la flûte traversière. Avec la partie de guitare virtuose, le cajón qui appuie les basses, les percussions foisonnantes, les encouragements vocaux, les palmas, les claquettes… et la souplesse sensuelle des mouvements de Sultan, Caja Negra fait escale dans un flamenco pur et dur.

Bertrand a également composé deux chansons pour Pradal. La chanteuse délaisse les vocalises pour des textes. « En liberté » et « Pas sans toi » s’apparentent à de la variété française classieuse, avec des contrepoints du soprano bien vus.

Une exubérance contagieuse et un attachement aux mouvements mélodiques, servis par une orchestration soignée : Joy fleure bon une sorte de romantisme méditerranéen...

Le disque

Joy
Pierre Bertrand Caja Negra
Paloma Pradal (voc), Sabrina Romero (voc, cajón), Melchior Campos (voc), Alberto Garcia (voc),  Pierre Bertrand (ss, as, ts), Louis Winsberg (g), Alfio Origlio (p), Jérome Regard (b), Xavier Sanchez (cajón) et Minino Garay (d, perc), avec  Sylvain Luc (g), Jean-Yves Jung (p) et Edouard Coquard (cajón).
Cristal Records – CR 241
Sortie en septembre 2016



Liste des morceaux
           
01.  « Emove » (3:51).            
02.  « Muse » (7:53).  
03.  « White Light Alone » (5:28).                 
04.  « Heart » (7:02).
05.  « Fly » (3:45).      
06.  « Mano a Mano » (6:31).           
07. « Black or White » (4:50).          
08. « Acqua » (7:32). 
09. « Love Song » (4:13).                  
10. « Joy » (8:57).

Toutes les compositions sont signées Bertrand.

13 février 2017

L’Acoustic Lousadzak au Studio de l’Ermitage

Le 11 janvier 2017, à l’occasion de la sortie de Need Eden, Claude Tchamitchian et l’Acoustic Lousadzak jouent les trois suites du disque au Studio de l’Ermitage.


L’histoire de Lousadzak commence il y a plus de vingt ans : en 1994, Tchamitchian et son septet publient Lousadzak – « émergence de la lumière », en arménien – chez Emouvance, label que le contrebassiste a créé l’année précédente. Cinq ans plus tard, avec un orchestre de quatorze musiciens, le Grand Lousadzak, Tchamitchian sort Bassma Suite (« suite du sourire »). En 2006, l’octet New Lousadzak enregistre Human Songs (« chansons humaines »). Pour Need Eden (« besoin d’éden »), Tchamitchian a formé un big band de dix musiciens, l’Acoustic Lousadzak.

























Seuls Stephan Oliva (Bassma Suite) et Rémi Charmasson (Human Songs) ont déjà fait partie d’un Lousadzak. Géraldine Keller tenait déjà la partie vocale dans Traces, album cousin de Need Eden que Tchamitchian a sorti en avril 2016. Régis Huby et Guillaume Roy font également partie des proches du contrebassiste (Ways Out, Amarco…). Fabrice Martinez, Catherine Delaunay et Roland Pinsard ont rejoint l’Acoustic Lousadzak plus récemment, mais appartiennent quand même au cénacle. 


Dans la lignée de Traces, disque-hommage aux arméniens inspiré de Seuils, le livre de Krikor Beledian, Need Eden est aussi une œuvre introspective. Après être parti à la recherche des origines, Tchamitchian se penche sur l’avenir au-delà : « Les Promesses De l’Aube », « Imaginer L’Éternité » et « Rire De Mourir » introduisent les trois suites… Chacune des suites – « Éveil », « Lumières » et « Passage » – est constituée de trois mouvements, tous signés Tchamitchian. Au départ, nous explique le contrebassiste, l’idée était de composer une suite autour de C’est égal, un recueil de nouvelles publié par Agota Kristof  en 2005. Finalement, c’est Christine Roillet qui a écrit les textes sur les compositions de Tchamitchian. Quant au titre du disque, il est tiré d’une œuvre pour deux danseurs, contrebasse, sons et violon réalisé en 2007 par Michael Nick.


























Après la présentation des musiciens, le tentet débute le concert avec « Les promesses de l’aube », le premier mouvement de la première suite, Eveil. Ils enchaînent « Peur » et « Montagnes intimes ». Si l’Accoustic Lousadzak s’aventure résolument dans les territoires de la musique contemporaine, les lignes mélodiques rappellent la musique du début du vingtième et s’appuient sur des pédales, des bourdons et autres tourneries qui évoquent parfois la musique médiévale. Oliva aligne des clusters, des phrases dissonantes et des crépitements, Huby, Roy, Pinsard et Delaunay croisent leur voix avec finesse, Perraud fait chanter sa batterie, tandis que la trompette bouchée de Martinez pleure et que Tchamitchian apporte une touche de gravité… Comme dans Traces, Keller passe d’un texte scandé à des vocalises gutturales, le tout dans une atmosphère tendue.


Le démarrage de Lumières, la deuxième suite, s’apparente à la musique concrète avec des échanges bruitistes entre toutes les voix. La clarinette introduit progressivement la mélodie, puis « Imaginer l’éternité » se mue en un chant solennel avec Keller et les soufflants à l’unisson, sur une batterie touffue, mais toujours subtile, soutenue par une pédale, puis un riff des cordes. L’ambiance reste intense et après un passage par des jeux foisonnants dans une veine contemporaine, Keller déclame un texte, comme un récitatif religieux, simplement souligné par la trompette. Suivent une danse quasi-folklorique, un solo de clarinette a capella free – sauts d’intervalles, phrases vives et déjantées, technique étendue… –, une mélodie rubato entraînante, un solo de batterie musical à souhait…  Lumière garde un esprit intimiste et émouvant. 



Passage, comme les deux premières suites, s’inscrit encore dans la musique contemporaine, y compris pour les textures sonores. La pulsation jouée par la batterie reste jazz, tandis que les clarinettes, voix, violons et alto font de fréquentes incursions dans les territoires free. Sur un ostinato d’Oliva et des contrepoints de Pinsard, à l’unisson de Martinez, Keller chante un lied dans une ambiance très début vingtième. Les mouvements partent ensuite dans des directions variées : d’un développement touffu porté par Perraud, à une ligne mélodique funky lancée par Martinez, en passant par un blues avec un solo inspiré de Charmasson…


L’Acoustic Lousadzak ne cède jamais à la facilité : Need Eden s‘appuie sur des mélodies et des chants soignés, des structures recherchées, des rythmes complexes et une palette sonore originale. Tchamitchian réussit une fois de plus sa synthèse de musique contemporaine et de jazz, pimentée de quelques ingrédients moyen-orientaux.



Le disque


Need Eden
Acoustic Lousadzak
Géraldine Keller (voc), Fabrice Martinez (tp, bg), Catherine Delaunay (cl), Roland Pinsard (cl, b cl), Régis Huby (vl), Guillaume Roy (a vl), Rémi Charmasson (g), Stephan Oliva (p), Claude Tchamitchian (b) et Edward Perraud (d, perc).
Emouvance – EMV 1038
Sortie le 11 janvier 2017



Liste des morceaux

Éveil   
01. « Les Promesses De L'Aube » (6:04).
02. « Peur » (4:57).
03. « Montagnes Intimes » (12:11)

Lumières        
04. « Imaginer L'Éternité » (8:42).
05. « Laisser, Se Laisser » (5:42).
06. « L'Ivresse Du Chemin » (6:43).

Passage          
07. « Rire De Mourir » (6:05).
08. « Encore » (6:07).
09. « De L'Autre Côté D'Où Tu Es Né » (6:28).

Toutes les compositions sont signées Tchamitchian.

4 février 2017

A la découverte d'Antoine Pierre

Batteur du LG Jazz Collective, accompagnateur de Philip Catherine, membre attitré du Toine Thys Trio, fondateur de l’octet Urbex (disque éponyme sorti chez Igloo)… Antoine Pierre brûle les étapes et s’affirme comme l’un des musiciens clés de la scène européenne. A découvrir absolument !


La musique et les influences

Le jazz fait partie de ma vie depuis que je suis né : mon père est musicien de jazz et ma mère est une grande mélomane. Il y a toujours eu de la musique à la maison, entre autres les disques du label ECM et en particulier ceux de Pat Metheny ou du quartet européen de Keith Jarrett

Dès le début j’ai été attiré par la batterie, notamment grâce à la découverte d’une cassette de Metheny avec Paul Wertico. Cela dit, à sept ans, j’ai d’abord commencé par le saxophone, mais vers douze ans, après avoir vu Antonio Sanchez en concert, je suis passé à la batterie…

Donc, après cinq ans de saxophone classique à l’académie de Liège, ma ville natale, je prends des cours de batterie avec Eric Mingelbier. Ensuite je suis un cursus jazz, toujours en académie, avec Antoine Cirri. A dix-sept ans, j’entre au Koninklijk Conservatorium de Bruxelles pour étudier avec Stéphane Galland, Diedrik Wissels, Christophe Wallemme… Après avoir obtenu mon diplôme, j’obtiens une bourse qui me permet d’aller un an à la New School For Jazz And Contemporary Music de New York, où j’ai eu l’occasion de travailler avec Dan Weiss, Gregory Hutchinson, Andrew Cyrille

En dehors de Metheny et Jarrett, que j’ai déjà cités, j’ai également été influencé par Miles Davis, Roy Haynes, Aka Moon, Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel, Marcus Gilmore




Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Une musique qui n’a pas de limite. Elle représente la liberté et permet de se découvrir...

Pourquoi la passion du jazz ? On peut toujours aller plus loin ! Le jazz est tellement vaste qu’on peut aller dans n’importe quelle direction et puiser dans n’importe quel style pour créer sa propre identité.

Où écouter du jazz ? Dans ton salon, dans un fauteuil avec un bon verre de rhum...

Comment découvrir le jazz ? Va voir un concert ! C’est une musique qui se découvre en live…

Une anecdote autour du jazz ? La légende du second quintet de Davis : le trompettiste a mis ses nouveaux musiciens dans sa cave et les a fait jouer sans lui pendant plusieurs jours. Quand il a estimé qu’ils étaient prêts, il est descendu jouer avec eux…


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un loup,
Si j’étais une fleur, je serais euh…
Si j’étais un fruit, je serais un avocat,
Si j’étais une boisson, je serais une bonne bière fraîche ou un bon Orval bien tempéré…
Si j’étais un plat, je serais un boulet-frites (une spécialité liégeoise), sans hésiter !
Si j’étais une lettre, je serais A,
Si j’étais un mot, je serais passion,
Si j’étais un chiffre, je serais 2,
Si j’étais une couleur, je serais bleu,
Si j’étais une note, je serais do dièse.


Les bonheurs et regrets musicaux

A ce jour, je suis particulièrement heureux d’avoir sorti un premier disque avec toutes mes compositions ! Et je regrette de n’avoir pas eu la chance de voir Davis en concert… Il est mort avant que je sois né !


Sur l’île déserte…

Quels disques ? The Way Up de Metheny, Personal Mountains de Jarrett et Live at Isle Of Wight de Davis.

Quels livres ?  Euh…

Quels films ? The Holy Grail des Monthy Python et Inception.

Quelles peintures ? René Magritte et Jean-Michel Basquiat !

Quels loisirs ? Du football, de la natation et du dessin.



Les projets

Je travaille beaucoup sur mes projets : mon groupe Urbex a pas mal tourné en 2016 et je souhaite continuer d’expérimenter un maximum avec ce groupe ! Mais je suis aussi en train de penser à ce que je vais faire ensuite. J’ai déjà pas mal d’idées : un projet plus alternatif, un projet en solo… Sinon, j’ai quelques tournées à venir avec TaxiWars, le groupe de Tom Barman (dEUS) et Robin Verheyen

  
Trois vœux…

1. Que le monde ne soit plus dirigé par les finances et les grandes puissances bancaires.

2. Que chaque personne qui vienne au monde y soit la bienvenue.

3. Que ma musique soit partagée au maximum dans le monde entier !