7 janvier 2017

We Free danse au Café

Dans le onzième arrondissement, à une encablure de la Bastille, le 4 décembre 2016 Alexandre Saada donne rendez-vous à une trentaine de musiciens au Café de la Danse pour le lancement de We Free, sorti en novembre sur son label, Promise Land.

Le 7 février 2016 Saada invite vingt-neuf musiciens au Studio Ferber. Il y a des instruments partout, aucune partition et le casting est resté secret jusqu’au dernier moment. De neuf heures du soir à deux heures du matin, l’orchestre improvise sans aucune contrainte, en toute liberté. A partir des cinq heures enregistrées, Saada sélectionne et monte près de soixante-quinze minutes de musique pour le disque We Free.

Sorti du Conservatoire d’Avignon, où il a suivi un cursus classique, Saada s’oriente rapidement vers le rock et le jazz, et voyage dans les Caraïbes et aux Etats-Unis. Son premier disque, …éveil, sort en 2013, avec Chris Jennings à la contrebasse et David Eléouet à la batterie. Le pianiste forme ensuite un quintet avec Sophie Alour au saxophone, Yoann Loustalot à la trompette, Jennings à la basse et David Grébil à la batterie. Il publie Be Where You Are en 2005. Suivent Panic Circus (2009), toujours avec Alour, mais en compagnie de Jean-Daniel Botta à la basse et Laurent Robin à la batterie, puis Present (2010), Continuation To The End (2014) et Portraits (2015), tous en solo.


Parmi les musiciens réunis par Saada pour We Free, il y a évidemment les fidèles, à l’instar d’Alour, Jennings et Robin, mais aussi Julien Alour, Sébastien Llado, Olivier Temime, Marc Berthoumieux, Clotilde Rullaud, Ichiro Onoe, Antoine Paganotti, Macha Gharibian, Philippe Baden-Powell, Jocelyn Mienniel, Christophe Del Sasso, Olivier Louvel… sans oublier tous les autres ! Autant dire que Saada s’est entouré de la crème !


Le concert se déroule sur trois heures avec une pause. Ça-et-là des instruments sont à disposition, un tapis avec des percussions et jouets musicaux a été disposé sur le devant de la scène… Saada prévient le public que les musiciens vont aller et venir au grès de leur humeur musical (et de leur soif !), comme les soufflants qui déboulent du fond de la salle…


L’improvisation collective s’ouvre sur une pédale de sons électro, soutenue par un motif puissant de la basse, des crépitements sur les cymbales et des roulements serrés sur les peaux. Les soufflants entrent en jeu par petites touches mélodieuses. Suivent des contre-chants aériens, puis le mouvement prend de l’ampleur, dans une ambiance sourde. Témime lance ensuite un riff groovy, mis en relief par les deux batteries, touffues. Alour poursuit au soprano dans la même veine, pêchue et tendue. Les passages intermédiaires foisonnent, avec toutes les voix qui se répondent à qui mieux mieux, dans l’attente d’une idée qui permette de rebondir. Les percussions proposent des motifs entraînants, sur lesquels Alour et sa trompette partent dans des développements enthousiastes. La musique dégage une tension tranquille (sic) qui repose sur un brouhaha permanent. Le spectateur retrouve l’ambiance de certains concerts de jazz fusion des années soixante-dix avec ces périodes d’attente, de confusion, de motifs lancinants… Le vibraphone, l’accordéon et la flûte construisent des décors de musique du monde, sur une rythmique qui reste groovy. Les solistes déroulent lentement des propositions mélodiques sur des fonds sonores luxuriants. Quand une mélodie accroche une oreille, le reste de l’orchestre s’en empare. A l’instar des chanteuses qui dialoguent sur des vocalises soutenues par les riffs des soufflants ou de Llado qui part petit-à-petit dans un chorus débridé aux allures free.


La soirée passe tour à tour par des atmosphères hypnotiques, rocks, folkloriques, pop, world, moyen-orientales, africaines… Il n’y a certes pas de fil rouge, mais les musiciens restent plutôt mesurés pour que le terrain de jeu soit pour tous. Il n’y a donc pas de lâcher-prise à la John Coltrane, Albert Ayler ou autres expériences de Sound Painting… L’ensemble du concert est foisonnant avec, parfois, quelques difficultés pour bien cerner les voix – notamment les guitares électriques et les claviers. Sur disque, ces imprécisions disparaissent évidemment en grande partie. Le mixage permet également de de réorganiser les passages en séquences plus cohérentes et d’éliminer les moments de flottement.


Avec ses climats funky, groovy, soul… We Free propose une musique spontanément dansante. Caractéristique que l’auditeur retrouve en grande partie lors du concert au Café de la danse, qui a tout d’un happening de pop star !



Le disque

We Free
Alexandre Saada
Malia, Marc Berthoumieux, Sophie Alour, Philippe Baden Powell, Jocelyn Mienniel, Martial Bort, Olivier Louvel, Laurent Robin, Larry Crockett, Dominique Lemerle, Chris Jennings, Alex Freiman, Julien Alour, Sébastien Llado, Julien Herné, Gilles Coquard, Illya Amar, Meta, Olivier Temime, Clotilde Rullaud, Macha Gharibian, Tosha Vukmirovic, Olivier Hestin, Tony Paeleman, Antoine Paganotti, Bertrand Perrin, Florent Brique, Ichiro Onoe, Alexandre Saada
Promise Land
Sortie le 15 novembre 2016

Liste des morceaux

01. Part I (13:40).
02. Part II (10:17).
03. Part III (5:38).
04. Interlude I (0:29).
05. Part IV-A (4:16).
06. Part IV-B (9:30).
07. Part V (4:02).
08. Interlude II (0:54).
09. Part VI (7:54).
10. Part VII (13:23).
11. Part VIII (7:58).

Tous les morceaux sont improvisés.

6 janvier 2017

A la découverte de Pierre Bertrand

A suivre…, Méditerranéo, Pais 24 H, The Big Live, Source(s)… autant de disques du Paris Jazz Big Band qui ont fait la renommée de Pierre Bertrand, tout autant que ses nombreuses réalisations aux côtés de Minino Garay, Jean-Pierre Como, André Ceccarelli… ou Claude Nougaro (Embarquement immédiat). Sans oublier Joy, avec Caja Negra, sorti en septembre 2016 chez Cristal Records. En bref : un artiste à découvrir absolument !


La musique

J’ai découvert le jazz en Juillet 1977 lors de La Grande Parade du Jazz de Nice : j’avais cinq ans et j’ai assisté aux concerts du Count Basie Big Band, Dizzy Gillespie et Professor Longhair. Les deux saxophonistes ténors qui accompagnaient Professor Longhair m’ont fasciné et j’ai su que c’était de cet instrument que je voulais jouer !

A dix ans je commence le saxophone classique au Conservatoire de Cagnes sur Mer.
A douze ans j’écris mes premiers arrangements, en autodidacte, pour un Big Band de collégiens que j’ai réunis…
A quatorze ans je mets au jazz.
A seize ans je forme un quartet qui joue l’été dans la région niçoise.
De dix-sept à vingt ans je suspends mes études musicales pour faire Math Sup et Math Spé…
A vingt ans je retourne au conservatoire : je m’inscris au Diplôme d’Etudes Musicales de saxophone classique et au cursus d’écriture classique du Conservatoire à Rayonnement Régional de Nice.
A vingt-trois ans, j’entre sur concours au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris dans les classes de jazz et d’écriture classique.
A vingt-six ans je sors du CNSMDP avec un Diplôme de Formation Supérieur de Jazz – équivalent à un BAC + 4 – et des premiers prix en Contrepoint et Harmonie Classique.
Depuis que j’ai vingt-sept ans je suis professeur d’écriture au CRR de Paris. Plus récemment, j’ai également rejoins le CRR de Nice et le CNSMDP pour les Masters 1 et 2 en jazz.
A vingt-sept ans, en 1999, je fonde le Paris Jazz Big Band avec Nicolas Folmer. Le PJBB sera actif jusqu’en 2012.
En 2009, je monte Caja Negra, mon groupe Flamenco Jazz.
Depuis 2013 j’assure la direction musicale du show « Fugain & Pluribus ».

Par ailleurs, j’ai arrangé, composé et réalisé de nombreux albums pour Claude Nougaro, Charles Aznavour, Pascal Obispo, Maurane, Michel Fugain, Murray Head… et écrit des musiques de films et de téléfilms.


Les influences

Mon influence principale pour le saxophone, c’est Joe Henderson. Mais mon jeu est également marqué par Charlie Parker, Phil Woods, Cannonball Adderley, Dizzy Gillespie, Miles Davis, Bill Evans, Keith Jarret, Stan Getz, John Coltrane, Paco De Lucia

Côté composition, Johann Sebastian Bach, Maurice Ravel, Erik Satie, Robert Schumann, Sergueï Prokofiev, Giacomo Puccini, Belá Bartók, György Ligeti, Henri Dutilleux.


 Pierre Bertrand (c) Alexandre Lacombe


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? C’est à la fois la « musique-mère » de toutes les musiques actuelles – R’n’B, Rock, Pop, etc. – mais aussi un art polymorphe qui continue d’évoluer par métissage et enrichissements incessants…

Pourquoi la passion du jazz ? Parce que le jazz allie composition et improvisation.

Où écouter du jazz ? N’importe où, mais pas en faisant une activité qui exige de la réflexion : au casque dans son lit, dans son canapé, en voiture… ou en faisant du rangement !

Comment découvrir le jazz ? Pour découvrir le jazz, il faut attaquer avec Kind of Blue de Davis, Ella and Basie! et Night Train d’Oscar Peterson. Après, on peut continuer tranquillement…

Une anecdote autour du jazz ? J’ai parlé une fois à Henderson. J’avais vingt-et-un ans. Il m’a demandé ce que je faisais et je lui ai dit : « j’étudie le saxophone ». Il m’a répondu : « ça par exemple ! Moi aussi ! ».


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un papillon,
Si j’étais une fleur, je serais un ibiscus,
Si j’étais un fruit, je serais une cerise,
Si j’étais une boisson, je serais un Palette rouge,
Si j’étais un plat, je serais un beignet de fleur de courgette,
Si j’étais une lettre, je serais A,
Si j’étais un mot, je serais passion,
Si j’étais un chiffre, je serais 5,
Si j’étais une couleur, je serais bleu,
Si j’étais une note, je serais Mi bémol.


Les bonheurs et regrets musicaux

Madre, un opéra chorégraphique flamenco écrit pour Sharon Sultan, et mon dernier album en date, Joy, sont, pour moi, deux réussites.

Je regrette de ne pas avoir eu le temps d’inviter Henderson avant sa mort, pour jouer  avec le Paris Jazz Big Band.



Sur l’île déserte…

Quels disques ? Le Concerto en sol de Ravel, le Concerto pour orchestre de Bartók, Les concertos pour violon et pour pianos de Prokofiev, le Clavier bien tempéré de Bach par Glenn Gould, les sonates et partitas pour violon de Bach, les suites pour violoncelle de Bach, L’oiseau de feu d’Igor Stravinsky, mais aussi Nina Simone, Ella Fitzgerald avec des Big Band… Il vaut mieux s’arrêter là : c’est compliqué de ne pas déménager ma discothèque…

Quels livres ?  Platon, Le Nombre d’Or de Matila Ghyka et Denis Diderot.

Quels films ? Spartacus, La vie est belle, Star Wars et Mission.

Quelles peintures ? Je n’ai pas les moyens d’avoir des œuvres à emporter sur l’île, mais j’adore Johannes Vermeer, Le Caravage, Vincent Van Gogh, Francisco de Zurbarán, Pablo Picasso, Heni Matisse, Joan Miró et Marc Chagall.

Quels loisirs ? La marche, la nage, les visites, le vélo, la moto…


Les projets

Je veux développer Caja Negra en formation habituelle – dix musiciens – mais aussi en quintet, avec des cordes et en Big Band. En 2017 et 2018, j’ai également un projet avec une grande formation et un disque en effectif très réduit. Sinon je voudrais enregistrer un concerto que j’ai composé pour saxophone et orchestre symphonique…


Trois vœux…

1. Plus de fraternité.

2. Plus de culture.

3. Plus de tolérance.