15 juillet 2017

Live in San Francisco

Live in San Francisco
Giulia Valle Trio
Marco Mezquida (p), Giulia Valle (b) et David Xirgu (d).
Discmedi Blau – B-20446-16
Sortie en avril 2016

Voici près de vingt ans que la contrebassiste catalane d’origine italienne Giulia Valle se produit un peu partout dans le monde. En 2004, elle enregistre son premier disque en leader, Colorista, chez Fresh Sound New Talent, avec son Giulia Valle Group. C’est également avec ce quintet que Valle enregistre Danza Imprevista (2007), Berenice (2010) et Live (2012), toujours chez FSNT. Avec deux musiciens de son Group, le pianiste Marco Mezquida et le batteur David Xirgu, sortis, comme elle, de la célèbre Escola Superior de Música de Catalunya (ESMUC), elle forme un trio, qui publie Enchanted House en 2008 (FSNT). En parallèle, Valle a monté le septuor Líbera, qui mêle des influences de tous horizons, de la techno à la rumba...

En 2011, lors d’un concert de son quintet à Barcelone, les directeurs artistiques Jeff Levenson (Blue Note) et Randall Kline (San Francisco Jazz Center) repère Valle et l’invitent à venir jouer aux Etats-Unis. Mais c’est en 2015, lors d’une tournée avec son trio, que Valle décide d’enregistrer le concert au SFJC : ce sera leur deuxième opus, Live in San Francisco. Le disque sort sur le label indépendant catalan Discmedi Blau, peu connu de ce côté des Pyrénées, mais aux collections pour le moins prolifiques (plus de cinq mille références) et éclectiques (de la Habanera au New Age, en passant par le classique, le jazz, les musiques de films, le reggae, la samba, la pop, le rock…). Une mention pour l’illustration stylée de la pochette du disque, signée Quim Marín, avec un graphisme contemporain soigné, sur fond de photo en noir et blanc.

Valle signe sept des huit morceaux et Mezquida propose « Joya ». « Reguetown » annonce la couleur : rythmique légère, mais touffue, lignes de basse souples et entraînantes, jeu simultané au piano et à l’orgue électrique, changements d’ambiances au grès des interactions… Avec sa mélodie chaloupée qui débouche sur un développement dans une veine musique classique, avant de partir dans du folk, « Opening » confirme la versatilité des morceaux. « Llueve » et « Captain Courage » se situent davantage dans un intimisme  élégant, qui montre que le free n’est pas forcément rageur. Dans une même lignée, calme, « Joya » se développe comme un hymne au lyrisme grave. Musique espagnole, free et blues marquent « Break A Loop 2.0 » de leurs sceaux. « Lucy-Lú » s’apparente à une tournerie folklorique vive, presqu’irlandaise… La « Chacarera Búlgara » fusionne une danse traditionnelle argentine et la tradition bulgare dans un morceau chatoyant.

Mezquida maîtrise son répertoire classique (« Captain Courage »), joue le blues avec autorité (« Joya »), s’aventure en territoires funk (« Lucy-Lú »), sait se montrer intimiste (« Llueve »), fait des incursions convaincantes dans le folk, à la manière de Keith Jarrett (« Opening »), et insère volontiers des envolées free dans son discours (« Break A Loop 2.0 »). Valle passe d’un balancement mélodieux (« Opening ») à un riff percutant (« Chacarera Búlgara ») et s’appuie sur toutes les techniques (« Break A Loop 2.0 ») – roulements, doublements, slap, shuffle, walking, multi-cordes… Mélodieuse, elle expose souvent les thèmes à l’unisson avec le piano (« Captain Courage ») et taquine volontiers les aigus (« Opening »), tout en conservant une sonorité ronde et boisée (« Joya »). Le drumming de Xirgu est un mélange de luxuriance (« opening ») et de légèreté (« Reguetown »). Constamment sur la brèche (« Chacarera Búlgara »), le batteur se montre tantôt dansant et expressif (« Lucy-Lú »), tantôt d’une subtilité élégante (« Llueve »), et maintient toujours ses compères sous pression (« Break A Loop 2.0 »).

Live in San Francisco est un disque attachant car Valle, Mezquida et Xirgu jouent une musique sincère et libre, fidèle reflet de leur personnalité.

Liste des morceaux

01.  « Reguetown » (7:17).
02.  « Opening » (9:57).
03.  « Break a Loop 2.0  » (8:17).
04.  « Llueve » (6:11).
05.  « Lucy-Lú » (5:09).
06.  « Capitan Courage » (6:08).
07.  « Chacarera Búlgara » (9:43).
08.  « Joya », Mezquida (4:52).

Toutes les compositions sont signées Valle sauf indication contraire.

14 juillet 2017

Gant de velours et main de fer à La Dynamo

Après avoir été en résidence au Carreau du Temple, la Fabric de l’ONJ s’installe à la Dynamo à partir de janvier 2017. Le 13 juin La Dynamo accueille deux projets aux antipodes : le Daniel Erdmann’s Velvet Revolution, trio acoustique à l’instrumentation originale – saxophone, violon et vibraphone – et Kolkhöse Printanium de Paul Brousseau, quintet électrique classique – saxophone, guitare, claviers, basse et batterie.

Comme Sons d’hiver, son cousin du Val-de-Marne, Banlieues Bleuees est née de la volonté des communes de la Seine-Saint-Denis de proposer un fetival de jazz. La première édition a lieu en 1984. C’est en 1990 que sont lancées les Actions Musicales, projets développés par des musiciens avec des écoles, des danseurs, des comédiens, des musiciens amateurs... En 2006, Banlieues Bleues s’installe à la Dynamo et propose désormais des concerts tout au long de l’année. Située dans le quartier des Quatre-Chemins, à Pantin, la salle, moderne, a été construite dans une ancienne fabrique de sacs de toile de jute. 

Ambiance décontractée dans la cafétéria avant le concert : spetateurs et musiciens devisent devant une bière et un sandwitch (tbc). Toujours assidu, Olivier Benoît est venu écouter les projets des musiciens de l’ONJ. Hasse Poulsen et Edward Perraud sont là aussi, solidaires avec leur ami de Das Kapital, Erdmann.


Daniel Erdmann’s Velvet Revolution

La soirée commence par le concert de Velvet Revolution. Outre Erdmann au saxophone ténor, Théo Ceccaldi (membre de l’ONJ) est donc au violon et Jim Hart au vibraphone. Leur premier disque, A Short Moment of Zero G, est sorti en octobre 2026 chez BMC. Le nom du trio d’Erdmann est évidemment un hommage à la Révolution de velours, qui mit fin au régime communiste tchécoslovaque en 1989.


Les six morceaux au programme sont signés Erdmann et tirés de A Short Moment of Zero G. A noter, « Quand j’étais petit je rêvais d’être pauvre », un clin d’œil aux Contes de Rose Manivelle en trio avec Vincent Courtois et le musicien-griot-poète André Ze Jam Afane.

Décollage spatial avec « A Short Moment of Zero G » : Hart frotte les lamelles de son vibraphone avec des archets tandis que Ceccaldi et Erdmann chatouillent les aigus de leur instrument. Le trio change ensuite de registre avec un riff en pizzicato du violon et des nappes de sons du vibraphone, pendant que le ténor joue une mélodie torturée, aux accents mélancoliques. Les interactions élégantes du trio, ponctuées de boucles et d’envolées free, rappellent la musique de chambre contemporaine. Après un solo a capella tendu du ténor, le violon entre dans « I See A Strange Light » pour un dialogue moderne à base de traits dissonants, notes tenues, glissandos, rubatos… et, toujours, cet entrelacs subtil des voix. Le thème, exposé à l’unisson, n’est pas sans évoquer Ornette Coleman. Hart fixe des pinces et des bouts de papier sur les lamelles de son vibraphone pour jouer sur les sonorités tandis qu’Erdmann et Ceccaldi assurent un continuum sinueux en arrière-plan. Les échanges bruitistes heurtés de « Still A Rat » ramènent à une ambiance contemporaine, puis le morceau débouche sur une cavalcade entraînante, dynamisée par l’apport des techniques de jeu étendues. Des accents bluesy accueillent « Quand j’étais petit je rêvais d’être pauvre », mais le développement penche davantage vers des motifs hypnotiques dans une veine contemporaine. Ceccaldi s’en donne à cœur joie dans l’introduction des « [Les] frigos » : bourdonnements, multi-cordes, pizzicatos rythmiques, phrases nerveuses, grincements… Autant de contrastes avec la mélodie nostalgique, reprise par le ténor, imposant, et le vibraphone emphatique. Le concert s’achève sur « Infinity Kicks In ». Ceccaldi joue un riff endiablé en pinçant et frottant les cordes ; pendant tout le concert il a souvent utilisé son violon comme une guitare. Tantôt Hart se joint aux motifs du violon, tantôt il s’envole dans des longues phrases sinueuses. Quant à Erdmann, son discours passe du registre medium-grave à l’aigu avec une montée en tension progressive.


La musique du Velvet Revolution d’Erdmann est tout à fait convaincante : des sonorités insolites, des dialogues expressifs, des rythmes soutenus et une inventivité jamais prise à défaut. Bravo !




Kolkhöse Printanium

Brousseau forme Kolkhöze Printanium en 2007, avec Hugues Mayot aux saxophones, Maxime Delpierre à la guitare, Jean-Philippe Morel à la basse et Philippe Gleizes à la batterie. Leur premier opus, Kolkhoznitsa Vol. 1, sort la même année.

La politique s’invite au concert : le set commence par un extrait du discours prononcé par Emmanuel Macron le 7 janvier 2017 à Clermont-Ferrand – « Penser printemps », inspiré par un texte d’Alain, de 1935 – avec, en toile de fonds, un son de cloche de synthèse. Le développement de « Titan » est tranquille, dans une ambiance fusion, accentuée par les claviers. Dans « Allende en la ONU », après le discours, la rythmique s’emballe et installe un climat dense et lourd : Gleizes cogne sur sa batterie et Morel martèle sa basse. Le maelstrom sonore s’accentue encore avec « Our Face At ‘The Motown’ ». A l’inverse de Velvet Revolution, qui mise tout sur la lisibilité des échanges, Kolkhöse Printanium parie sur un magma sonore qui tient autant de la musique concrète que du rock alternatif. « Sans le savoir » commence encore par un discours, puis Delpierre enchaîne une ritournelle sur des boucles rythmiques touffues, pendant que Mayot joue une mélodie décalée. Démarrage tellurique pour « Ssen Soupape » : la batterie et la basse occupent le premier rang, la guitare peine à se faire entendre, les claviers et saxophone paraissent lointains. Après une succession de bruits industriels et de voix off, proches de la musique concrète, « Exhausteur » déroule une mélodie plus calme, sur un accompagnement binaire lent. Nouveaux bruits mécaniques d’atelier pour l’avant-dernier morceau, qui servent de décors aux boucles de la guitare et aux vrombissements des claviers. La batterie et la basse renforcent encore le côté hypnotique, tandis que le saxophone pousse des cris, avant un final mélodieux. La soirée s’achève dans une atmosphère de science-fiction, avec des nappes de sons aériennes, des phrases mélodiques distantes et une rythmique en suspension.

Kolkhöse Printanium vrombit dans un univers brutal, alimenté par une section rythmique violente, des effets bruitistes tonitruants, des claviers bourdonnants… une sorte de free rock alternatif puissant.

30 juin 2017

Horizons au Café de la danse

David Enhco présente Horizons le 31 mai au Café de la Danse. La salle est pleine pour accueillir le troisième disque du quartet, après La horde (2013) et Layers (2014), toujours édité chez Nome, label cofondé par Enhco. Le concert est enregistré pour Jazzlive, l’émission de Jean-Charles Doukhan.

A côté de son duo avec son frère Thomas, de son trio avec sa mère, Caroline Casadesus, et son frère, et de The Amazing Keystone Big Band, Enhco a également formé un quartet en compagnie de Roberto Negro au piano, Gautier Garrigue à la contrebasse et Florent Nisse à la batterie.


Horizons a été enregistré à La Buissonne. Au répertoire, six morceaux composés par Negro ou Enhco, deux morceaux par Nisse, un par Garrigue et deux improvisations collectives. Le concert reprend les morceaux du disque dans le désordre, avec, parfois, un interlude improvisé pour les enchaîner.

Sur « From The Horizon », une section rythmique mélodramatique accueille les envolées virtuoses et lyriques de la trompette. Le fantastique saut en parachute (39 376 mètres) de Felix Baumgartner, le 14 octobre 2012 (battu deux ans plus tard, en toute discrétion, par Alan Eustace, un dirigeant de Google de cinquante-sept ans…), est évoqué dans « Felix B », morceau élégant et mélodieux, sans facilité. Sous les doigts de Negro, la musique contemporaine fait des incursions dans « Silver Lining », portée par une contrebasse et une batterie subtiles, et un solo a capella raffiné de la trompette. Ambiance néo bop pour « L’inconnu et le couple d’amoureux » : ’running bass’ et chabada véloces accompagnent des échanges énergiques entre le piano et la trompette. « Interspiratio » penche davantage vers un minimalisme – la ligne de basse et les cymbales de la batterie – aux contours impressionnistes par les dialogues entre le piano et la trompette. Une rythmique souple met en relief « Sentinelle », d’abord exposé par le piano avec tact, puis développé collectivement à grand renfort de contrepoints et d’interactions, tout en gardant un swing vigoureux. Après une improvisation qui fusionne musique contemporaine et jazz, le quartet attaque « Likasi ». Enhco explique que Negro voulait intituler son morceau « Petit Panda », mais que Wikipedia lui a révélé que Panda est un quartier de Likasi, ville du Katanga, au Zaïre (n’en déplaise à ceux qui préfèrent RDC) : une mélodie délicate soulignée par les bruissements de la batterie, l’unisson velouté de la contrebasse et la trompette dans une veine sombre. Suit une mélodie mélancolique énoncée à l’unisson par Enhco et Garrigue, « Questions Come Next », déroulée ensuite avec des contre-chants, puis un emballement rythmique qui débouche sur un fourmillement mélodique tendu. En bis, le quartet joue « L’éclat disparu », tout en douceur et mélancolie.


Le David Enhco Quartet s’inscrit dans une lignée néo bop moderne, libérée de tous stéréotypes, et Horizons reflète parfaitement la connivence d’un groupe qui se connait sur le bout des doigts.


Le disque

Horizons
David Enhco
David Enhco (tp), Roberto Negro (p), Florent Nisse (b) et Gautier Garrigue (d).
Nome – Nome 008
Sortie le 31 mai 2017




Liste des morceaux

01.  « Sentinelle », Enhco (2:26).
02.  « Felix B. », Negro (3:51).
03.  « L’éclat disparu », Garrigue (4:21).
04.  « L’inconnu et le couple d’amoureux », Negro (2:20).
05.  « From The Horizon », Enhco (4:26).
06.  « Interlude I », collectif (1:48).
07.  « Interspiratio », Nisse (5:16).
08.  « Interlude II », collectif (1:30).
09.  « Likasi », Negro (5:09).
10.  « Silver Lining », Enhco (3:11).
11.  « Questions Come Next », Nisse (10:22).

24 juin 2017

L’atelier du plateau à l’heure de Polichinelle

Mardi 30 mai à vingt heures, Pulcinella envahit L’atelier du plateau pour présenter son nouveau disque : ¾ d’once. Ce cinquième opus, après Clou d’estrade (Yolk – 2007), Panthers’ Play (BMC – 2009), Travesti (Yellow Bird – 2011) et L’empereur (Les Productions du Vendredi – 2016), sort sur le label hongrois BMC le 26 mai.



Créé en 2004 à Toulouse, Pulcinella est un quartet avec Ferdinand Doumerc au saxophone alto ou ténor et à la flûte, Florian Demonsant à l’accordéon, Jean-Marc Serpin à la contrebasse et Pierre Pollet à la batterie. Doumerc signe sept des huit morceaux de ¾ d’once et c’est Demonsant qui composé le potache « TPDC ». Pulcinella a également demandé à Sylvain Rifflet de participer aux arrangements. Quant au disque, il a été enregistré dans le BMC’s Concert Hall, à Budapest.

Le concert reprend dans le désordre sept thèmes de ¾ d’once, plus une composition récente, « La sieste », et, en bis, « La tarentelle de Pulcinella », clin d’œil à la tarentelle du ballet Pulcinella, composé par Igor Stravinsky en 1919. C’est le directeur des lieux, Matthieu Malgrange, qui introduit le concert en rappelant qu’il y a douze ans, L’atelier du plateau n’avait pas voulu faire jouer Pulcinella… mais que les choses ont bien changé !  Pendant la descente de la mezzanine par l‘escalier escarpé et sans rambarde, les musiciens s’amusent à se coller le mur comme s’ils avaient le vertige… En réponse à Malgrange, Demonsant annonce que cela fait douze ans que Pulcinella se prépare pour ce concert ! Le ton de la soirée est donné : humour et bonne humeur sont de rigueur. Et peu avant la fin du set, le quartet fait même circuler un livre d’or dans le public…

Pulcinella démarre avec « La fille de l’ombre », morceau rythmique et minimaliste dans lequel chaque musicien intercale ses notes entre celles des autres. Après les legato de l’archet et de l’accordéon sur les sonnailles de la batterie, Demonsant joue un riff entraînant, soutenu par les shuffle puissants de Serpin et Pollet, pendant que Doumerc développe « Elle aimait l’été » dans un esprit festif. La structure de la plupart des morceaux s’appuie sur des changements de climat intempestifs : la tournerie de « TPDC » navigue d’abord entre moyen-âge et folklore, d’autant plus quand la flûte rejoint l’accordéon, la batterie et la contrebasse installent ensuite un rythme mi fandango, mi Europe centrale, avant de terminer par un unisson binaire. Même constatation avec « Les paris sont ouverts » qui rebondit de roulements furieux en bruitages colorés, d’un solo de « timbales » majestueux à un passage de french cancan bouffon, de cliquetis serrés à un rock endiablé… Sur un discours fluide et sinueux parsemé de touches bluesy, Doumerc laisse son saxophone faire « La sieste », mais là encore, Pulcinella ne résiste pas à interrompre le discours solennel du saxophone pour s’engager dans une course-poursuite aux accents funky, à laquelle ils mettent fin avec une ronde nostalgique, exposée par l’accordéon. « Melchizedec », une bonbonne de trente litre, comme le rappelle Doumerc, est une danse saccadée ponctuée par les tic-tacs astucieux de Pollet. Les boucles aigües et les grincements de « Mélatonine », dans un style musique répétitive, la comptine jouée par la flûte et le carillon, le slow binaire… tout évoque l’hormone du sommeil, même si le final flirte plutôt avec le rock progressif. « ¾ d’once » décrit les vingt-et-un grammes d’âme qui se libèrent lorsqu’une personne meure… enfin, selon la théorie que Duncan MacDougall a énoncée en 1907 ! Normal donc que le morceau tremble, soit grave et mystérieux… Pour terminer le concert, le quartet joue la « Tarentelle de Pulcinella », un morceau vif et entraînant, qui juxtapose de multiples tableaux, aussi divers qu’une tarentelle, des contrepoints virtuoses, une valse, du free…  


Pulcinella mérite son nom à plus d’un titre : le quartet joue sérieusement sans se prendre au sérieux, manie l’humour musical avec dextérité, construit une musique substantielle à partir de danses légères et chacun de ses morceaux raconte une histoire... La musique de Pulcinella foisonne tellement, que ¾ d’once peut s’écouter à satiété.



Le disque


¾ d’once
Pulcinella
Ferdinand Doumerc (ts, fl), Florian Demonsant (acc), Jean-Marc Serpin (b) et Pierre Pollet (d).
BMC – CD 248
Sortie le 26 mai 2017






Liste des morceaux

01.  « TPDC », Demonsant (5:15).
02.  « Elle aimait l’été » (8:49).
03.  « Melchizedec » (6:13).
04.  « ¾ d’once » (6:24).
05.  «  Devant ta porte » (5:37).
06.  « Les paris sont ouverts » (7:07).
07.  « Mélatonine » (5:36).
08.  « La fille de l’ombre » (3:51).


Toutes les compositions sont signées Doumerc, sauf indication contraire.

18 juin 2017

Vibrations et mélancolie au Sunset…

Le 26 mai 2017, le trompettiste Yoann Loustalot se produit au Sunset pour présenter Atrabile, nouveau disque du trio Aérophone qui sort chez Bruit Chic.

Depuis Primavera (Elabeth – 2007), Loustalot a sorti sept albums avec ses différents groupes : YO5 (Petit Label – 2008) et Derniers Reflets (FSNT – 2012) en quartet, Aérophone (FSNT – 2009), Flyn’With (Bruit Chic – 2013) et Atrabile (Bruit Chic – 2017) avec le trio Aérophone, Lucky Dog (FSNT – 2014) avec le quartet éponyme, et Pièces en forme de flocons (Bruit Chic – 2015) en trio.

Aérophone, c’est Blaise Chevallier à la contrebasse et Frédéric Pasqua à la batterie. Pour le projet Atrabile (« bile noire à laquelle on attribuait autrefois la mélancolie »…), le trio invite le tromboniste Glenn Ferris. Le concert reprend des titres du disque, tous signés Loustalot, à l’exception de deux morceaux entièrement improvisés (« Aspiration » et « Inspiration »).

Le Sunset est quasiment plein. Après quelques réglages de micro sur le trombone de Ferris, le quartet part dans une improvisation collective et développe une ambiance mystérieuse sur fonds d’arco. Cette atmosphère majestueuse, un brin mélancolique, se retrouve dans « Atrabile », « Ancient Empire » et « Doloroso » : la batterie se fait emphatique et la contrebasse devient minimaliste, tandis que le trombone et la trompette (ou le bugle) croisent leurs phrases dans d’élégants contrepoints, mis en relief par leur sonorité ronde et velouté. Sur disque, les deux improvisations, « Aspiration » et « Inspiration », flirtent avec un free expressionniste qui s’appuie sur des effets de souffles, de voix, de sourdine… Avec leurs dissonances mélodieuses et leurs rythmiques touffues, La première partie de « Spongious » et la
« Spontaneous Suite » penchent davantage du côté d’Ornette Coleman. Pourtant c’est « Sornette » qui est un hommage à Coleman. Mais ce morceau, composé le 11 juin 2015, jour de la disparition du saxophoniste, comme « Moustal » et « Pousse-pousse », s’inscrit plutôt dans une lignée hard-bop : thème énoncé à l’unisson sur une rythmique à base de walking et de chabada, souvent ultra-rapides, stop-chorus, solos véloces... Pasqua joue compact et entretient le feu du swing ! La sonorité grave et puissante, les lignes dynamiques  et le jeu rythmique de Chevallier se marient parfaitement avec la batterie. Le lyrisme au parfum bluesy de Ferris et sa finesse mélodique vont comme un gant à la musique d’Aérophone. Agile et chantant, Loustalot navigue dans les eaux d’un néo bop marqué par la sensibilité de la musique classique française du début XXe.

Avec Atrabile, Loustalot poursuit opiniâtrement son chemin, fait de mélodies souvent nostalgiques, de rythmes énergiques à tendance bop, de dissonances subtiles et de sonorités franches.

Le disque

Atrabile
Aérophone
Yoann Loustalot (tp bg), Blaise Chevallier (b) et Frédéric Pasqua (d), avec Glenn Ferris (tb)
Bruit Chic – BC0082674
Sortie en mai 2017




Liste des morceaux

01. « Atrabile » (3:51).
02. « Spongious » (6:23).
03. « Moustal » (7:13).
04. « Sornette » (1:50).
05. « Ancient Empire » (5:05).
06. « Pousse-pousse » (4:39).
07. « Aspiration », collectif (3:38).
08. « Doloroso » (6:17).
09. « Spontaneous Suite » (7:38).
10. « Inspiration », collectif (3:28).

10 juin 2017

A la découverte de Dominique Fonfrède…

Comédienne et musicienne, Dominique Fonfrède s’est illustrée dans le trio Pied de Poule et s’implique dans tout projet qui repousse les limites du conventionnel. En compagnie de la pianiste Françoise Toullec, elle vient de sortir Dramaticules : une belle occasion de partir à sa découverte…


La musique

J’ai découvert le jazz quand j’étais enfant : ma grande sœur avait des disques de Django Reinhardt, Ray Charles... Plus tard, comme comédienne, je me suis intéressée au théâtre musical, qui m’a permis de rencontrer plein de musiciens de jazz. Cela dit, j’ai toujours chanté et imité les sons que j’entendais.

En 1981 nous avons monté le trio Pied de Poule, avec Michèle Buirette à l’accordéon et Geneviève Cabannes à la contrebasse. C’est alors que je me suis plongée dans l’écriture musicale, l’improvisation, l’écriture de textes, l’utilisation de la voix d’une manière un peu expérimentale… Nous avons pas mal tourné et enregistré pendant douze ans.

Par la suite j’ai fait plein de rencontres et collaboré avec de nombreux musiciens : Annick Nozati, Bernard Vitet, Anne Ballester, François Tusques, Jean-Jacques Birgé, Carlos Zingaro, Jean-Fançois Vrod, Jean Bolcato, Alex Grillo, Mimi Lorenzini, Carol Robinson, Gérard Siracusa, François Cotinaud, Didier Petit...

Mais mes deux influences principales restent Georges Aperghis et Nozati.



Deux clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Le jazz permet que tous les instruments soient permis, tous les rythmes, les mélanges d’influences, les densités, les lieux d’écoute, les publics… Le jazz parle à la tête et au corps !

Comment découvrir le jazz ? Il faut être curieux et prêt à le trouver là où on ne l’attend pas forcément…


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un doryphore parce que j’aime les pommes de terre, les tomates et les aubergines,
Si j’étais une fleur, je serais une tulipe,
Si j’étais un fruit, je serais un citron,
Si j’étais une boisson, je serais une Suze,
Si j’étais une lettre, je serais Ç,
Si j’étais un mot, je serais tube,
Si j’étais un chiffre, je serais 367… Je trouve ça beau à regarder !
Si j’étais une couleur, je serais rouge,
Si j’étais une note, je serais mi bémol,


Les bonheurs et regrets musicaux

La plupart des projets que j’ai réalisés sont des créations. Je les revendique et j’en suis fière ! Il y a de la recherche, du travail de collaboration et de grandes joies… C’est avec Pied de Poule que j’ai le plus tourné et bien « gagné ma vie ».

En revanche je regrette de ne pas avoir réussi à vendre plus de cinq fois un spectacle musical exceptionnel – et il n’y a pas que moi qui le dis ! – qui s’appelle Ce que j’aurais aimé le plus au monde.


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Am I Blue de Ray Charles, Kulu Sé Mama de John Coltrane, Focus de Stan Getz… Que du vieux ! Je pense à eux parce que je les adore mais je ne les écoute jamais.

Quels loisirs ? Un enregistreur pour enregistrer ce qui me passe par la tête… C’est souvent très drôle mais ça disparait vite !


Les projets

Je veux développer le duo Karla Vox, avec Laurence Bouckaert au karlax et m’associer avec d’autres musiciens électroacousticiens.


Trois vœux…

1. Que les programmateurs pensent moins à la place du public… Moi j’adore, mais ça va être difficile pour mon public !

2. Que ces foutues élections présidentielles 2017 ne rendent pas la vie encore plus difficile à la culture. 

3. Que Dramaticules tourne ! Que nous soyons invitées dans les festivals en France, à Berlin, en Suisse, en Belgique, au Japon, aux US...

4 juin 2017

Un Label Bleu salutaire…



En 1986, Michel Orier crée Label Bleu, filiale de la Maison de la Culture d’Amiens – MCA pour les intimes. D’abord exclusivement dédié au jazz le label élargit son catalogue aux musiques du monde en 1992 avec la collection Indigo. En 2000 Orier cède les rênes à Pierre Walfisz, qui monte notamment Bleu Electric, label consacré aux musiques électroniques. Mais, en 2007, après moult déboires financiers, la MCA doit mettre le label en sommeil pendant quelques années. Sous la houlette de Benoît Delaquaize, le label est reparti de plus bel, à raison de quatre à cinq disques par an, du festival Tendance Jazz, du Studio Gil Evans, d’un partenariat avec L’Autre distribution…

C’est l’occasion de revenir sur quelques disques qui reflètent l’ouverture d’esprit et la diversité de Label Bleu : afro — groove avec Tankadi de Mamadou Barry, jazz expérimental avec Kind of Red de Das Kapital, neo bop funky avec Montagnes russes de Daniel Zimmermann, jazz flamenco avec For Paco de Louis Winsberg, free orchestral avec Sons Of Love de Thomas de Pourquery et jazz moderne avec 1986 – 2016: 30 ans – Concert anniversaire d’Henri Texier.




Tankadi - Mamadou Barry & Afro Groove Gang

Tankadi
Mamadou Barry & Afro Groove Gang
Ibrahima « Rizo » Bongoura (voc), Mamadou Barry (as, ts, ss, fl), Mamady Diabaté (g), Malick Condé (g), Mohamed Kouyaté (b), Lamine Condé (perc), Emile Biayenda (perc) et Ansoumane Kaloga (d)
Label Bleu – LBLC 2605
Sortie en juin 2016

Un peu plus de dix ans après Niyo, Mamadou Barry revient sur disque avec Tankadi, qui sort chez Label Bleu en juin 2016. Le musicien guinéen joue avec son Afro Groove Gang onze morceaux, souvent inspirés de chants traditionnels, mais revus par Barry et sa formation, plus « Afro Blues », signé Mongo Santamaria.

Fils d’un batteur accordéoniste guinéen, Barry commence les percussions et le saxophone en autodidacte, puis devient instituteur. Mais la passion de la musique reprend le dessus et il se forme auprès du clarinettiste martiniquais Honoré Copé, avant de devenir tour à tour chef des orchestres Kaloum Star, Gombo Jazz, les Amazones de Guinée… et l’Afro Groove Gang.

Une guitare rythmique, deux percussionnistes et un batteur : la moitié du combo est dédiée aux rythmes… Tankadi sera dansant ou ne sera pas ! Des riffs répétitifs, superposés, et d’une régularité imperturbable, forment une polyrythmie qui évoque ici des motifs mandingues (« Saramaya »), là du highlife (« Tankadi »), mais aussi du funk (« Soumbara »), de l’afro-beat (« Gonga »), du reggae (« Kankalabé »), voire du rock’n roll (final de « Djérélélé »)… Bongoura est un chanteur mélodieux (« Mousso Kelen »), qui joue avec les modulations (« Café café ») et s’appuie sur le répons des chœurs (« Gonga »). Quant à Barry, c’est un saxophoniste – et flûtiste – lyrique (« Mousso Kelen »), expressif (« Félenko ») et avec une mise en place rythmique particulièrement entraînante (« African Groove »).

Tankadi est un album dansant efficace : Barry propose de la musique africaine parfumée au jazz, à moins que ce ne soit l’inverse…

Montagnes russes - Daniel Zimmermann

Montagnes russes
Daniel Zimmermann
Daniel Zimmerman (tb), Pierre Durand (g), Jérôme Regard (b) et Julien Charlet (d)
Label Bleu – LBLC 6722
Sortie en octobre 2016

Spice’Bones, DPZ, Le sacre du tympan, Supersonic, Ping Machine, Surnatural Orchestra… Daniel Zimmermann promène son trombone dans de nombreuses formations. Après Bone Machine (2013), Montagnes russes est son deuxième disque en leader.

Jérôme Regard et Julien Charlet composent toujours la section rythmique, mais c’est Pierre Durand qui est à la guitare électrique, au lieu de Maxime Fougères. Zimmermann a composé les onze morceaux.

Entre Charlet et Regard, il fallait s’y attendre, Montagnes russes s’appuie sur une section rythmique imposante (« Mamelles »), avec une batterie puissante (« dans le nu de la vie ») et des lignes de basse sourdes (« Mr. Squale »),  le plus souvent dans une veine funky (« Mountain Girl ») et soul (« Come on Baby »), mais aussi binaire en mode slow (« Montagnes russes ») ou encore hard bop, avec son chabada et sa walking (« Vieux beau »). Toujours expressif à souhait, Durand apporte une bonne dose de blues, tout droit sorti du bayou (« Mountain Girl »), prend un solo lyrique, digne d’un guitar hero (« Come On Baby »), part dans un chorus déjanté servi par une guitare saturée (« Mamelles ») ou, à l’inverse, avec sa guitare acoustique, plante un décor folk évocateur d’une musique de western (« Believe »). Quant au trombone de Zimmermann, si sa sonorité ronde et soyeuse met les mélodies en relief (« Au temps ôtant ») et son phrasé sinueux amène de la majesté (« Tiens aujourd’hui il ne fait pas beau »), les glissandos gouailleurs (« Mr. Squale » ), les riffs funky (« Mountain Girl ») et les effets de souffles, de cris, de pleurs… (« Dans le nu de la vie ») révèlent un caractère bien trempé.

Montagnes russes porte bien son titre : la musique monte et descend dans une ambiance festive et attrayante, portée par quatre musiciens qui mettent du cœur à l’ouvrage.

Kind of Red - Das Kapital

Kind of Red
Das Kapital
Daniel Erdmann (ts), Hasse Poulsen (g) et Edward Perraud (d)
Label Bleu – LBLC 6721
Sortie en novembre 2016

Daniel Erdmann, Hasse Poulsen et Edward Perraud ont formé Das Kapital en 2002. Le trio compte cinq disques à son actif. Dans Kind of Red, publié en 2016  chez Label Bleu, ils s’écartent du répertoire d’Hanns Eisler pour interpréter leurs propres compositions. Poulsen signe quatre morceaux, Perraud, trois, et Erdmann, deux.

Kind of Red s’ouvre sur un thème aux consonances folks, « Webstern », accentué par les accords rythmiques de la guitare acoustique, une batterie légère et un ténor qui commence sur un mode relax et chaleureux, puis décolle peu à peu vers un free soft. Le morceau termine en apothéose sur un chorus dans une veine rock folk, que The Eagles n’auraient pas renié. Sous le saxophone soprano d’Erdmann, « Claudia’s Choice » s’étire, portée par les nappes aériennes de Poulsen et les bruissements de Perraud. Toujours plein d’humour, le trio emmène d’abord « Iris » sur les pas d’Ennio Moriconne, avant que la guitare électrique ne parte dans un chorus métallique. Les accords d’outre-tombe de la guitare et le thème heurté que le soprano, lointain, expose à l’unisson avec la batterie, donnent une allure de science-fiction à « Macht Nix, In Der Mitte Ist Noch Platz ». Après un démarrage foisonnant, « Just Like That » revient à des fondamentaux hard bops à la sauce moderne, avec la walking de Poulsen, le jeu touffu de Perraud et les pirouettes véloces du ténor d’Erdmann, bientôt suivies par celles de la guitare, puis de la batterie. « Jenseits Von Gut Un Böse » passe d’une atmosphère moderne et tendue à une ambiance folk, presque gipsy : clin d’œil amusant au Par-delà bien et mal de Friedrich Nietzsche… Dans le même esprit que « Claudia’s Choice », « How Long, So Low » se déroule lentement, en suspension, avec une batterie minimaliste. Le contraste avec « Au fond des yeux », dédié au photographe Jacques Henri Lartigue (Perraud joint le reflex aux baguettes), est d’autant plus saisissant que la guitare électrique de Poulsen déchire l’espace, sur un ténor shouter et une batterie foisonnante. Avec « Claudia’s Choice » et « How Long, So Low », « Nothing Will Ever Be Enough » pourrait être le troisième mouvement d’une suite dépressive…  

Les trios saxophone – guitare – batterie ne courent pas les rues et Erdmann – Poulsen – Perraud n’ont pas leurs notes dans leurs poches ! Das Kapital manifeste toujours autant de verve : Kind of Red est vif et réjouissant.

For Paco - Louis Winsberg Jaleo

For Paco
Louis Winsberg Jaleo
Louis Winsberg (g), Sabrina Romero (cajon, voc), Cédric Baud (g), Jean-Christophe Maillard (b) et Stéphane Edouard (perc), avec Alfio Origlio (p), José Montealegre (voc), Jean-Luc Di Fraya (Voc), El Piculare (voc), Jorge Pardo (fl), Nantha Kumar (perc), Miguel Sanchez (cajon, perc), Leila Negrau (Kayamb), Veya Santiago (voc), Vicente Abardonado, José King, David Paniagua, Pol Vaquer et Sergio Aranda (palmas y jaleo)
Label Bleu – LBLC 2607
Sortie en novembre 2016

Louis Winsberg évolue d’abord dans la sphère des Gypsy King, puis, en 1984, avec Jean-Pierre Como et Paco Sery, il crée Sixun. En parallèle, le guitariste forme le quintet La Danse du Vent, joue avec Marc Berthoumieux, Claude Nougaro, Dee Dee Bridgewater, Maurane… En 2000, Winsberg monte Jaleo, entre jazz et flamenco. Jaleo, leur premier opus, sort en 2001, suivi du Bal des Suds, en 2003.

Pour For Paco, publié par Label Bleu en novembre 2016, Jaleo est composé de la chanteuse, percussionniste et danseuse flamenca Sabrina Romero, Cédric Baud à la guitare, mandoline, sitar, saz… Jean-Christophe Maillard à la guitare, saz, voix… et Stéphane Edouard aux percussions. Winsberg convie de nombreux invités à l’instar du pianiste Alfio Origlio, le chanteur José Montealegre, les percussionnistes Nantha Kumar et Miguel Sanchez etc.

Comme l’indique clairement le titre, For Paco est un hommage à Paco de Lucía, « qui a su ouvrir le monde du flamenco au jazz et à l’improvisation, et mener son art à un niveau de pureté et de puissance très rare » (Winsberg). Winsberg a composé dix des onze morceaux et Maillard propose « Qué más ». C’est – évidemment – Gérard de Haro qui est derrière les manettes de l’enregistrement. Winsberg a également demandé à Pierre Bertrand, autre méditerranéen patenté (écoutez Caja Negra), d'arranger quelques morceaux. Enfin, les jolis collages de la pochette sont signés Paloma Winsberg.

Dans le flamenco, le jaleo correspond aux encouragements vocaux ou rythmiques lancés par les musiciens au soliste. For Paco fusionne des ingrédients jazz avec de la musique andalouse : mélodies aux accents orientaux (« Bulerhimalaya »), voix gutturales (« For Paco »), frappes de mains (« Que Más »), rythmes composés (« El Pescador ») et traits virtuoses (« Paloma »)… Si la musique gipsy n’est jamais très loin (« Podemos »), For Paco passe par des moments purement flamenco (« Viva Jerez »), des mélodies accrocheuses (« Sentimiento »), des hymnes lyriques (« Libertad »), des morceaux dansants («  Qué más »), mais aussi un savoureux duo spakr – mandoline sur fond discret de cajon (« Salsita »).

For Paco rapproche encore un peu plus Winsberg de « sa Méditerranée », une fusion de mélodies chamarrées et de rythmes bigarrés, ouverte sur des cultures bariolées…

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