24 décembre 2017

Mélodies romanesques au Triton…

Le 30 novembre 2017 est frisquet : la neige tombe sur Le Triton pendant les deux sets de la soirée consacrée à Aldo Romano. Un manteau de quelques centimètres recouvre bientôt Les Lilas... Ecrin de choix pour la musique du plus parisien des batteurs italiens.

A l’occasion de la sortie de Mélodies en noir & blanc sur le label maison, Le Triton consacre une soirée à Romano. Le batteur présente deux trios aux esthétiques différentes : l’un propose une musique plutôt encadrée tandis que l’autre s’inscrit dans une lignée free. Le premier trio – Mélodies en noir et blanc – se compose du pianiste Dino Rubino et du contrebassiste Michel Benita. Quant au deuxième – Liberi Sumus –, il est constitué de Vincent Lê Quang au saxophone et Henri Texier à la contrebasse.


Mélodies en noir & blanc

« Cela pourrait être le titre d’un polar des années 50. Un peu de nostalgie du temps de ma jeunesse, bien sûr », c’est ainsi que Romano présente son disque.

Les dix morceaux sont courts : la durée d’une chanson, format qu’affectionne Romano. Le répertoire est composé de neufs thèmes signés Romano et de « Il voyage en solitaire », chanson de Gérard Manset sortie en 1975. Les neuf autres titres s’articulent autour de cinq reprises et de quatre inédits, tous signés Romano : « On John’s Guitar » (Prosodie – 1995), « Song for Elis » (Corners – 2000), « Dreams And Waters » (éponyme – 1991) et « Inner Smile » (Intervista – 1997) pour les titres déjà enregistrés ; « Lontano », « Rosario », « L.A. 58 », « Webb » et « Favela » pour les nouvelles compositions, sur disque.


Pendant le concert le trio joue quatre morceaux de Mélodies en noir & blanc et reprend « Il Piacere » et « Il camino », deux titres phares de Romano, sortis la première fois en 1979 sur Il Piacere. En bis, Romano chante le tube de Bruno Martino et Bruno Brighetti, « Estate », créé en 1960, et qu’il a déjà enregistré pour Chante, en 2006.


Les mélodies sont aux petits oignons (« Favela », « Lontano »…), comme toujours avec Romano et, côté rythmes, le set est plutôt paisible : le trio passe d’une ballade (« Dreams And Waters ») à un chabada - walking be-bop (« L.A. 58 »), avec des incursions dans le funk (« Il Piacere »). Même si sa condition physique ne lui permet plus les pirouettes de sa jeunesse, notamment avec la charleston, Romano garde une écoute mélodique hors pair (« Lontano »), un touché subtil (« Dreams And Waters ») et un charisme intact (« Il piacere »). Benita joue dans Palatino depuis les années quatre-vingts dix… Rien d’étonnant à ce que la connivence avec Romano soir évidente : chorus chantants (« Lontano », « Dreams and Waters »), lignes tantôt souples et légères (« Lontano »), tantôt graves et fermes (« L.A. 58 »), et une imagination fertile (« Il camino »). Rubino est aussi à l’aise dans des phrasés bop (« L.A. 58 ») que dans des ambiances nostalgiques (« Favela »), folk (« Il piacere »), romantiques (« Dreams and Waters »), voire des ballades aux nuances orientales (« Lontano »).


Ce premier set est dans la lignée de la musique du quartet Palatino, avec des thèmes envoutants et des développements mélodieux, portés par une rythmique élégante.

Le disque



Mélodies en noir & blanc
Aldo Romano
Dino Rubino (p), Michel Benita (b) et Aldo Romano (d)
Le Triton – TRI17539
Sortie le 22 septembre 2017






Liste des morceaux

01.  « Lontano » (4:26).
02.  « Rosario » (3:19).          
03. « L.A. 58 » (4:06).
04. « Song for Elis » (4:25).              
05. « Webb » (3:17). 
06. « On John's Guitar » (4:57).                   
07. « Favela » (2:19).
08. « Dreams and Waters » (5:30).              
09. « Inner Smile » (3:17).                
10. « Il voyage en solitaire », Manset (4:10).                      

Toutes les compositions sont signées Romano, sauf indication contraire.


Liberi Sumus

Entendu lors d’une jam session en 2014, Lê Quang redonne envie à Romano de jouer free. Il organise donc un concert au Triton avec Texier dans un format complètement libre, sans partition. De cette séance d’improvisation totale sort Liberi Sumus, en 2016, toujours publié sur le label du Triton.

C’est la troisième fois que le trio se produit ensemble et Romano de l’introduire : « nous partons à l’aventure sur l’Amazone, sur une île ou dans un cosmos improbable… Liberi Sumus… Nous sommes libres… ». Lê Quang, Texier et Romano jouent trois morceaux ou, pour être exact, s’arrêtent entre trois séquences d’improvisation.


Dès les premières mesures, une succession de sauts d’intervalles entrecoupés de motifs de basse soulignés par les pêches de la batterie, la musique est évidente : les spectateurs ont affaire à trois orfèvres en sons aux aguets, à la recherche de l’inouï. Le ténor, velouté, la contrebasse, boisée et la batterie, subtile, échangent des propos intenses. Pendant que Lê Quang rebondit d’intervalle en intervalle, Romano alterne chabada, roulements et pêches, tandis que Texier répond par une walking ou des motifs tout en souplesse. Le chorus particulièrement mélodieux de la contrebasse est un cas d’école qui débouche sur un trilogue passionnant, avec un solo « tribal » de la batterie sur les peaux, soutenu par les pédales de la contrebasse et du ténor. S’ensuit un final entre fulgurances néo-bop et dérapages free contrôlés d’une densité haletante.

Dans le deuxième échange, après un foisonnement rythmique, Romano installe une cadence régulière sur les cymbales, appuyée par un ostinato de la contrebasse. Sur cette rythmique carrée, le ténor expose un motif dans un esprit coltranien avec moult variations à base de boucles, traits supersoniques, volutes… C’est Texier qui conclut avec un chorus grave et plein de swing.

La troisième discussion s’engage sur un sujet bruitiste free : frappes éparses sur les cymbales, notes isolées de la contrebasse et soprano fragile et lointain. Technique étendue – le pavillon du soprano à moitié bouché sur la jambe repliée de Lê Quang – splashs violents sur les cymbales et double-cordes qui grondent… l’introduction est expressive ! Texier et Romano se lancent ensuite dans un accompagnement bluesy et Lê Quang étire la mélodie avec une pointe de mélancolie.

La liberté est éblouissante !

En bis Romano demande au premier trio de les rejoindre et Rubino passe au bugle. Le quintet démarre abruptement dans une atmosphère touffue de batterie qui en met partout, des soufflants qui fourmillent et des deux contrebasses qui marient leurs lignes puissantes… Comme un retour au bon vieux free des années soixante-dix ! Romano bifurque ensuite vers un rythme régulier, pendant que Texier et Benita jouent des lignes groovy, sur lesquels Lê Quang et Rubino, nonchalamment allongé dans un fauteuil, exposent « Tompkins Square », qui se développe dans un climat hard-bop, prolongé par un second rappel du même acabit.

Un double-concert captivant qui permet d’apprécier deux facettes de Romano, finalement assez proches l‘une de l’autre : le romantisme et la liberté…

21 décembre 2017

Body and Blues au Studio de l’Ermitage…

Après Folklores imaginaires en 2005, Espaces croisés en 2009 et Nomade sonore en 2015, le saxophoniste Eric Séva sort Body and Blues en octobre 2017 sur le label qu’il a créé, les Z’arts de Garonne. Le 28 novembre 2017, il présente son disque au Studio de l’Ermitage.

Marqué par King Curtis dans sa jeunesse, Séva a toujours été attiré par « la musique source de toutes les musiques improvisées, le blues ». En 2013, dans le cadre du festival Jazz & Garonne qu’il organise à Marmande, le saxophoniste demande à Sebastian Danchin de présenter une histoire du blues, illustrée par le chanteur canadien Harrison Kennedy. De cette rencontre est née l’idée de Body and Blues.

Pour interpréter son blues, Séva forme un quartet avec Manu Galvin aux guitares, Christophe Cravero aux claviers et au violon alto, Christophe Wallemme à la basse et à la contrebasse, et Stéphane Huchard aux percussions. En janvier 2017, ils entrent en studio pour enregistrer Body and Blues. Kennedy chante trois titres, le poème de Nougaro est confié à Michael Robinson. Sur deux morceaux Séva invite également l’accordéoniste Régis Gizavo. Body and Blues est dédié à Gizavo qui a disparu brutalement en juillet 2017, avant même la sortie du disque.

Séva signe dix titres et Kennedy deux. La direction artistique du disque a été confiée à Danchin et l’enregistrement à Ludovic Lanen. Le concert reprend tous les morceaux de Body and Blues avec, en deuxième bis, la version de « If You Go » mise en parole par Kennedy.


Pour commencer : les bals populaires avec l’orchestre familial, une formation classique à l’Ecole Normale de Musique de Paris et Dave Liebman… Pour continuer : d’un côté l’ONJ, Michel Marre, Khalil Chahine, Didier Lockwood, Daniel Yvinek… et, de l’autre, Michel Sardou, Zaz, Lara Fabian, Pascal Obispo, les Rita Mitsouko… Séva vit la musique. La mélodie facile (« Bivouac »), un lyrisme à fleur de peau (« Miniscropique Blues »), des envolées épicées (« Body and Blues »), des développements énergiques (« Trains clandestins »), une pédale wahwah  expressive (« Red Hat »)… : le saxophoniste marie avec succès tradition blues et modernisme.


Partenaire de Jean-Jacques Milteau, mais aussi de Jane Birkin, Maxime Le Forestier, Renaud… Galvin est également un homme de radio avec, notamment, son émission Mi La Ré Sol Si Mi sur TSF Jazz. Le blues sans guitare, c’est des frites sans sel… Ses unissons, accords et autres contrepoints mettent en relief les propos bluesy de ses compères, avec une touche d’humour bienvenue (la citation du Boléro de Maurice Ravel dans « A Gogo »). En solo, il s’illustre dans une veine de guitar hero (« Bivouac ») ou de rockeur bluesy (« Red Hat »). Dans « Le village d’Aohya », Galvin joue de la guitare acoustique dans un esprit entre folk et musique du monde.


Cravero apprend le violon alto, le piano et la batterie aux conservatoires de Marseille, puis de Saint-Maur des Fossés. Comme la plupart de ses comparses il accompagne aussi bien des chanteurs – Birkin, Thomas Fersen, Sanseverino… – que des musiciens de jazz – Billy CobhamRomane, Didier Lockwood… Au piano, comme aux claviers, les accords et phrases mélodiques de Cravero soulignent avec tact les propos des solistes (« Miniscropique Blues ») ou accentuent l’ambiance des morceaux (emphase dans « Monsieur Slide », foisonnement dans « Trains clandestins »).


Avec Pierre de Bethmann et Benjamin Henocq, Wallemme monte Prysm en 1994. Le trio laisse une empreinte durable dans le panorama du jazz hexagonal. Formé à l’école des clubs, le contrebassiste est aussi bien aux côtés de Louis Winsberg, Daniel Mille, Stefano Di Battista… que Maxime Leforestier, Françoise Hardy, James Taylor… Entre un riff sourd (« Monsieur Slide ») ou un leitmotiv grave (« A Gogo ») et une ligne entraînante (« Trains clandestins »), le bassiste prend des solos imposants et vifs (« Body and Blues ») ou mélodieux, rapides et souples (« Bivouac »).


Passé par l’école de batterie Dante Agostini, Huchard a joué avec pléthore de musiciens d’esthétique complétement différente : du Big Band Lumière de Laurent Cugny à Stochelo Rosenberg, en passant par l’ONJ, François Jeanneau, Andy Emler, Marc Berthoumieux… Des rythmes funky (« Monsieur Slide »), rock’n roll (« Red Hat »), slow (« Bivouac »), groovy (« Trains clandestins »)… Huchard sait s’y prendre pour insuffler des motifs entraînants et ses chorus sont pour le moins survoltés (frappes mates et serrées dans « A Gogo » et roulements ultra-rapides dans « Trains clandestins »).


Dans les années soixante-dix Kennedy s’est fait un nom au sein du groupe soul Chairmen of the Board. Après s’être éloigné de la musique pendant quelques décennies, Kennedy est revenu au blues en 2003, avec Sweet Taste. Dans « No Monopoly On Hurt », co-écrit avec Danchin, les intonations bluesy expressives de Kennedy font des merveilles. Outre l’harmonica typé de Kennedy, l’ensemble du morceau respire le blues : le répons du soprano, le contrechant de la guitare qui souligne la voix et la ligne marquée de la section rythmique. « Jolie Marie Angélique » est une chanson plus triste : cette esclave africaine importée du Portugal fût brûlée vive à Montréal en 1734. Elle n’avait que vingt-quatre ans. Séva passe au sopranino. Son duo avec le banjo et le chant de Kennedy sont émouvants. Dans « If You Go » tout est fait pour danser : rythmique funky puissante, baryton chauffeur et chant explosif !


Originaire de Chicago, mais installé à Paris, Robinson passe de Milteau à Etienne Daho, sans oublier Bob Sinclair ou Angélique Kidjo… Après que Séva ait récité respectueusement « Ici », un poème de Claude Nougaro, Robinson le chante dans « Blues Diaphane », en duo avec le soprano. Un morceau tranquille servi par la voix souple et gracieuse de Robinson.

Body and Blues porte bien son titre : Séva et sa troupe se donnent corps et (vague à l’) âme à leur musique. Un disque et un concert dans lesquels la vitalité et le blues cohabitent… comme dans la vraie vie.

Le disque

Body And Blues
Eric Séva
Éric Séva (bs, ss, sopranino), Manu Galvin (g), Christophe Cravero (p, kbd, alto), Christophe Wallemme (b) et Stéphane Huchard (perc), avec Régis Gizavo (acc), Harrison Kennedy (voc, bj, mandolin) et Michael Robinson (voc).
Les Z’Arts de Garonne – ESBB6412
Sortie en octobre 2017



Liste des morceaux

01.  « Monsieur Slide » (4:21).
02.  « Miniscropique Blues » (4:25).             
03.  « No Monopoly on Hurt », Kennedy & Danchin (5:44).
04.  « Body and Blues » (4:43).
05.  « A Gogo » (3:51).
06. « Trains clandestins » (6:47).                 
07. « If You Go » (3:24).        
08. « Blues diaphane », Séva & Nougaro (3:46).
09. « Bivouac » (6:36).
10. « Jolie Marie-Angélique », Kennedy (4:03).
11. « Red Hat » (5:35).
12. « Le village d'Aoyha » (4:36).


Toutes les compositions sont signées Séva, sauf indication contraire.

16 décembre 2017

Images pour orchestre au Triton…

Après Fiesta Nocturna, La fête à Bobby et Lagrima Latina, Jean-Marie Machado crée Pictures For Orchestra pour son orchestre Danzas les 1er, 2 et 3 décembre 2016, au Centre des bords de Marne du Perreux-sur-Marne. C’est cet univers musical que Machado propose dans la petite salle du Triton, les 24 et 25 novembre 2017.

Pictures For Orchestra s’articule autour du noyau dur de Danzas – Didier Ithursarry à l’accordéon, Jean-Charles Richard aux saxophones et François Thuillier au tuba – auquel s’ajoutent Joce Mienniel et ses flûtes, Elodie Pasquier et ses clarinettes, Cécile Grenier et Séverine Morfin au violon alto et Guillaume Martigné au violoncelle. Pour la soirée au Triton, Stéphane Guillaume remplace Mienniel, en concert avec Tilt, et Jean-François Baez prend la place d’Ithursarry, en résidence avec l’Organik Orkeztra.

Machado présente Pictures For Orchestra comme une suite de neufs « Free Wheels » (‘roues libres’) écrites pour chacun des musiciens de Danzas et de quatre morceaux inspirés de compositions signées John Coltrane (« Naima »), Astor Piazzolla (« Vuelvo al Sur »), Robert Schumann (la valse n° 4 des feuillets d’album, opus 124) et King Crimson (« I Talk To The Wind »).


C’est sur une version très libre de « Naima », dédiée à Dave Liebman, que débute le concert. L’écriture de Machado est dense et s’appuie sur une superposition habile des plans sonores : le piano et le tuba donnent l’impulsion, la flûte, la clarinette et le saxophone dialoguent avec l’accordéon, tandis que le trio à cordes joue des contrechants subtils. Dans la première « Free Wheel », l’accordéon de Baez s’envole dans un style « folklorique de chambre », parsemé de traits orientaux lancés par les deux altos et le violoncelle.

Au milieu des crépitements du piano, des pizzicatos et des accords rubatos de l’accordéon, Morfin développe sa « Free Wheel », dans une ambiance majestueuse. Thuillier fait groover son tuba dans un foisonnement de voix, rythmé par les riffs du piano, accentué par l’accordéon et repris par les soufflants. Dédicacé à Andy Elmer, « I Talk To The Wind » met en scène, avec une intensité élégante, les timbres des différents instruments. Des touches folks, jouées par la flûte et le piano, viennent s’insérer au milieu des nappes de sons.


Avant de partir dans un développement grave et sombre, presque mélancolique, Martigné introduit sa ‘roue libre’ par des questions – réponses avec Machado, entre piano et grelots... Richard prend la suite au saxophone soprano : son chorus mélodieusement libre débouche sur un duo de musique de chambre avec le piano, dans un esprit tout à fait contemporain. Pasquier commence sa « Free Wheel » dans une veine minimaliste avec des jeux de souffles, puis sa clarinette part dans un duo animé avec le soprano sur fond de cordes en pizzicato, avant que l’orchestre ne revienne à ses constructions en strates sonores.

Quand vient son tour, Machado laisse libre-court à son lyrisme : un ostinato dans les cordes du piano et des phrases colorées sur le clavier, bientôt renforcées par l’accordéon et les archets. Avec son alto, Grenier poursuit dans la même voie, d’abord a capella, puis avec le piano en contrepoint, dans un mouvement qui pourrait être une bande originale de film.


« Vuelvo Al Sur » est joué à la mémoire de Nana Vasconcelos, disparu le 9 mars 2016. Danzas sublime la partition de Piazzolla, avec le baryton et le tuba qui maintiennent la pression, pendant que l’accordéon et les autres instruments croisent leurs voix pour mettre en relief le caractère nostalgique du thème. Dans sa « Free Wheel », Guillaume passe d’une atmosphère rythmique aux accents latinos à une danse médiévale énergique : tourneries des soufflants soutenues par l’ostinato du piano, les cordes en pizzicato et le bourdon de l’accordéon.

Le concert se conclut par Schumann, en souvenir de Catherine Collard, avec qui Machado a travaillé. Sur une progression mesurée, le violoncelle, la clarinette, le piano et le tuba mettent leurs sonorités au service du romantisme.

Danzas propose une musique métisse avec de l’ADN jazz, évidemment, classique, bien sûr, mais aussi latine, folk, pop, du monde… Tout cela avec une cohérence sans faille et un équilibre phénoménal : les mélodies coulent de source, les tessitures se marient à merveille et les rythmes tombent pile-poil. Dans Pictures For Orchestra Les voix jouent toutes un rôle nécessaire et suffisant… En un mot : passionnant !

9 décembre 2017

Les soleils et l’Igloo…

L’actualité française du label belge Igloo Records est touffue : Be.Jazz, Jazzycolors et, maintenant, le Sunside et le Sunset… Le 23 novembre 2017, Rémi Planchenault et son équipe programment un double concert, l’occasion de célébrer des sorties de disques : le quartet d’Igor Gehenot propose Delta au Sunside, suivi du trio de Jean-Paul Estiévenart qui présente Behind The Darkness au Sunset.


Delta au Sunside

Gehenot est de retour avec un nouveau trio : après Road Story en 2012, avec Sam Gerstmans et Teun Verbruggen, puis Motion, en 2014, en compagnie de Philippe Aerts et Verbruggen, Delta rassemble le contrebassiste suédois Viktor Nyberg et le batteur luxembourgeois Jérôme Klein. Une fois n’est pas coutume, le trio s’est transformé en quartet avec l’arrivée d’Alex Tassel, au bugle.

Pour le concert du Sunside, Antoine Pierre remplace Klein et le répertoire reprend sept des neuf morceaux du disque plus « The Theme », standard composé par Kenny Dorham pour  les Jazz Messenges d’Art Blakey (At The Cafe Bohemia, Vol. 1 – 1955).


Les mélodies de Gehenot sont chantantes (« Moni ») et souvent construites sur le format de thème-riff simple et efficace (« Sleepness Night », « Step 2 »). Le quartet alterne morceaux vifs (« Starter Pack », signés Klein) et ballades (« Johanna », de Tassel), traités dans un esprit néo-bop (« The Theme »). Gehenot fait le choix d’une sonorité acoustique, avec seulement quelques rares effets du bugle. Le piano passe d’un jeu minimaliste (« Sleepness Night »), pimenté de traits poétiques (« Abysses »),  à des envolées bop (« Starter Pack ») aux nuances funky (« Step 2 »), sans oublier des ballades mélodieuses (« Johanna »). Nyberg soutient le quartet avec des motifs sourds (« Starter Pack »), des lignes simples et efficaces (« Sleepness Night »), des riffs imperturbables (« Moni »), des walking classiques (« The Theme ») qui vire à la running (« Step 2 »). La fougue de Pierre ne se dément pas (le solo de « Step 2 ») et ses frappes denses (« Sleepness Night »), mais d’une puissance toujours subtile (« Starter Pack »), laissent place à des chabadas exemplaires (« The Theme ») ou des bruissements délicats (« Johanna »). Tassel se joint au piano pour exposer les thèmes à l’unisson dans un pur style hard-bop (« Step 2 »), aligne des phrases virtuoses (l’introduction a capella de « The Theme »),  dialogue avec verve (« Starter Pack ») et joue de sa sonorité, mélange de velouté et de brillance, pour sublimer les ballades (« Johanna ») ou mettre une pointe de gravité dans les morceaux plus solennels (« Abysses »).

Avec Delta, Gehenot reste dans le sillon tracé par Road Story et Motion : un néo-bop vivifiant, assaisonné d’une touche lyrique…

Le disque




Delta
Igor Gehenot Quartet
Igor Gehenot (p), Viktor Nyberg (b) et Jérôme Klein (d), avec Alex Tassel (bugle).
Igloo Records – IGL280
Sortie en Février 2017




Liste des morceaux

01.  « Intro » (1:47).
02.  « December 15 » (2:42).
03.  « Moni » (5:46).
04.  « Sleepless Night » (4:56).
05.  « Step 2 » (6:06).
06.  « Abysses » (8:15).
07.  « Starter Pack », Klein (5:37).
08.  « Johanna », Tassel (6:16).
09.  « Drop by » (4:59).

Tous les morceaux sont signés Gehenot, sauf indication contraire.



Behind The Darkness au Sunset

Le deuxième concert se déroule au Sunset. Estiévenart se produit avec son trio habituel, constitué de Gertsmans et Pierre, qui enchaîne les sets... Les trois musiciens jouent ensemble depuis 2013 (Wanted) et leur connivence est évidente.

Le programme du premier set de la soirée mélange des morceaux du disque – « Moa », « Lost End », signé Pierre –, des compositions tirées de Wanted – « SD », « Les Doms » – et « Resolution », le deuxième mouvement de A Love Supreme. Le trio avait invité le saxophoniste alto Perico Sambeat pour quelques titres de Wanted, pour Behind The Darkness, le trio passe au saxophone ténor, avec Steven Delannoye pour un titre.


Les trios trompette – contrebasse – batterie ne sont pas légions ! Mais ce n’est pas suffisant pour faire reculer Estiévenart… Une maitrise parfaite du son, ni trop mou, ni trop claironnant, le trompettiste joue avec une aisance confondante : phrasé limpide et développements énergiques dans un esprit néo-bop  (« Resolution »), déroulés virtuoses (« Les Doms »), volutes mélodieuses (« Lost End ») ou jeu intimiste et raffiné (« MOA »).  La puissance de Gertsmans se marie à merveille au jeu touffu de Pierre et soutient efficacement le discours d’Estiévenart, avec des lignes rapides (« Lost End »), des walking appuyées (« Resolution ») et des lignes puissantes et dansantes (« MOA »). Quant à Pierre, toujours aussi présent, il passe d’un foisonnement dense, ponctué de touches d’humour (« Resolution »), à un frémissement délicat (« MOA ») ou un jeu percussif habile (« Lost End »).

Avec Behind The Darkness Estiévenart confirme qu’il a trouvé son langage, moderne et tendu, et son trio l’a bien appris : leurs conversations captivent l’auditeur de bout en bout.

Le disque



Behind The Darkness
Jean-Paul Estiévenart
Jean-Paul Estiévenart (tp), Sam Gerstmans (b) et Antoine Pierre (d)
Igloo Records – IGL276
Sortie en novembre 2016





Liste des morceaux

01.  « Blade Runner » (5:07).
02.  « Mixed Feelings » (6:55).
03.  « Simple Minds » (5:14).
04.  « Equilibre » (2:10).
05.  « Quadruplets » (0:25).
06.  « Lost end », Pierre (5:27).
07.  « MOA » (8:05).
08.  « Fenêtre » (0:26).
09.  « Asphalt » (5:33).
10.  « Deep Heart » (5:36).
11.  « Behind The Darkness » (2:45).
12.  « Cafe Yuka » (0:33).
13.  « Miyako », Wayne Shorter (3:39).

Tous les morceaux sont signés Estiévenart, sauf indication contraire.

2 décembre 2017

A la découverte d’Armel Dupas…

Armel Dupas est un pianiste qui a soif de notes : depuis le début des années deux-mille il a joué, entre autres, avec Fionat Monbet, Sandra Nkaké, Lisa Cat-Berro, les Sky Dancers d’Henri Texier… Côté disques, Dupas a sorti Upriver en 2015 et A Night Walk en 2017. Un pianiste déterminé à découvrir…


La musique

Il y avait un piano à la maison. Quand David, mon demi-frère, venait le weekend et jouait, j’étais fasciné. C'est d'ailleurs toujours sur ce piano que j'enregistre mes disques… Quant au jazz : mon père écoute Jazz à FIP depuis près de trente-cinq ans... Je pense donc que j'en écoutais déjà dans le ventre de ma mère !

Concernant mon parcours musical, ça dépend sous quel angle on l’aborde. Au niveau des études, j’ai commencé par des cours particuliers de piano, puis une école de musique, avant de rejoindre le conservatoire de Nantes et d’intégrer le Conservatoire National de Musique et de Danse de Paris. Au niveau de l'évolution de mes goûts musicaux, je suis passé d’un jazz hard bop pur et dur à la folk, l'Indie rock et l'électro… Je n'écoute plus de jazz actuel et mes principales influences sont Miles Davis, Thomas Newman et Joni Mitchell.


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? … Un état d'être au monde.

Pourquoi la passion du jazz ? Le jazz n'est pas plus passionnant qu'une autre musique. Il se la raconte beaucoup… Mais c'est pour ça qu’il en éternelle mutation, qu’il absorbe tous les autres genres et… que l'on a du mal à le définir…

Où écouter du jazz ? Seul en voiture en traversant les Etats-Unis !

Comment découvrir le jazz ? Invitez un jazzman à dîner et vous verrez après...

Une anecdote autour du jazz ? Duke Ellington ne voyageait jamais avec son orchestre. Un jour, pendant une tournée, l'orchestre était en bus et lui en voiture, avec l'un de ses musiciens – peut-être son contrebassiste. Ils ont parcouru des milliers de kilomètres sans jamais parler….


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un aigle,
Si j’étais une fleur, je serais une paquerette,
Si j’étais un fruit, je serais une framboise,
Si j’étais une boisson, je serais de l'eau pétillante,
Si j’étais un plat, je serais un byriani aux légumes,
Si j’étais une lettre, je serais... à Elise,
Si j’étais un mot, je serais Amour de Dieu,
Si j’étais un chiffre, je serais 5,
Si j’étais une couleur, je serais bleu marine,
Si j’étais une note, je serais Fa#.



Les bonheurs et regrets musicaux

Avoir fait pleurer mes amis Patrick et Françoise à la première interprétation de l’une de mes dernières compositions, « La dernière valse » m’a rempli de bonheur… Je regrette de n'avoir pas su profiter plus tôt de ce que le monde musical a à m'offrir, d’avoir manqué de curiosité.


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Ella and Louis, Point of No Return de Franck Sinatra, Carrie & Lowell de Sufjan Stevens.

Quels livres ?  Les quatre accords toltèques de Miguel Ruiz et Conversations avec Dieu de Neale Donald Walsch.

Quels films ? Les noces rebelles et Retour vers le Futur.

Quelles peintures ? Aucune… Je ne suis pas branché peinture.

Quels loisirs ? Ableton Live…


Les projets

Je veux développer mes projets personnels et arrêter d'être un sideman... mais aussi trouver un autre business-model et… devenir chanteur !


Trois vœux…

1.    Faire de belles rencontres…

2.    Faire de beaux voyages…

3.    Et que les deux premiers vœux soient liés à de belles notes…


29 novembre 2017

L’Ermitage accueille Dadada…

Le 21 novembre 2017, une partie du petit monde du jazz s’est donnée rendez-vous au Studio de l’Ermitage pour célébrer la Saison 3 de Dadada : des musiciens, bien sûr, parmi lesquels Vincent Peirani, Théo Ceccaldi, Manu Codjia, Xavier Desandre Navarre… mais aussi des professionnels du secteur, à l’instar de l’ingénieur du son Philippe Teissier du Cros, l’attachée de presse Valérie Mauge, l’agent artistique Marion Piras, le directeur de Sons d’hiver Fabien Barontini, le photographe Bruno Charavet… et bien d’autres encore ! 


Après des études au Conservatoire à Rayonnement Régional de Chambéry et au Centre des Musiques Didier Lockwood, puis la formation du trio Buffle!, Roberto Negro prend part à la création du collectif Tricollectif en 2011. Suivent le quartet La Scala, avec les Valentin et Théo Ceccaldi et Adrien Chennebault, la pièce pour quintet à corde et voix, Loving Suite pour Birdy So, avec Elise Caron (2012). Le pianiste anime également le trio Garibaldi Plop, avec les frères Ceccaldi et Sylvain Darrifourcq, le quartet Kimono aux côtés de Christophe Monniot, Stéphane Decolly et Chennebault, les duos Danse de Salon, en compagnie de Théo Ceccaldi, et Les Métanuits, projet autour de la musique de György Ligeti, avec Emile Parisien. En 2016, il monte le trio Dadada avec Parisien et Michele Rabbia.

Enregistré dans le studio Gil Evans de la Maison de la Culture d’Amiens par Teissier du Cros, Saison 3 sort sur Label Bleu en octobre 2017. Les douze titres sont signés Negro. A l’image d’une série, il s’agit de courtes pièces (trois minutes trente en moyenne) qui se succèdent avec une grande cohérence d’ensemble. Pour le concert, le trio reprend des morceaux du disque, mais les développe davantage.


Dadada joue une musique d’équipe : pas de leader, mais des interactions permanentes et tendues, comme la course poursuite de « Bagatelle », les échanges déjantés de « Nano », les  va-et-vient de « Brimborion »… le tout dans un esprit musique de chambre contemporaine (« Rudi »). D’ailleurs les mélodies de Negro ont souvent un parfum de vingtième siècle (« Ceci est un meringué »). Volontiers minimaliste (« Gloria e la poetessa »), le pianiste parsème son discours de dissonances subtiles (« Rudi »), d’ostinatos (« Brimborion »), de pédales (« Sangu »), d’unissons (« Shampoo ») et dissocie efficacement ses deux mains (« Rudi »). La sonorité à la fois ronde, soyeuse et proche (« Brimborion ») du soprano de Parisien sert à merveille son discours impressionniste délicat (« Sangu »), parfois méditatif (« Gloria e la poetessa »), mais également ses envolées virevoltantes (« Bagatelle ») et free (« Brimborion »). Que ce soit avec un sachet en plastique (« Sangu »), des billes dans des coupelles (« Poucet »), des claquements de doigts, des chiffons sur les peaux, des gongs et autres clochettes (« Gloria e la poetessa »), Rabbia en met partout dans un feu d’artifice de rythmes. Il passe de frappes légères (« Rudi ») à un déchainement de coups brutaux (« Bagatelle »). Les effets électro qu’il distille, comme les nappes de son aigue dans « Gloria e la poetessa », s’insèrent parfaitement dans les propos du trio.


Suspens, accentué par la brièveté des morceaux, interplay d’une habileté redoutable, humour dans les dialogues… la Saison 3 de Dadada est captivante de bout en bout. Il n’y a plus qu’à espérer que les saisons 1, 2 et 4 sortent bientôt !

Le disque


Saison 3
Dadada
Emile Parisien (ss), Roberto Negro (p) et Michele Rabbia (d).
Label Bleu ‎– LBLC6725
Sortie en octobre 2017





Liste des morceaux

01. « Sangu » (3:25).
02. « Gloria E La Poetessa » (6:35).
03. « Bagatelle » (2:12).
04. « Shampoo » (3:37).
05. « Poucet » (2:49).
06. « Nano » (5:34).
07. « Ceci Est Une Merengue             » (4:04).
08. « The Vanishing Of Sally Queen » (2:07).
09. « Brimborion » (2:11).
10. « The Upside Down » (2:28).
11. « Rudi » (5:10).
12. « Behind The Scene » (1:58).

Tous les morceaux sont signés Negro.