30 octobre 2016

Bounce Trio

Diplômé du Conservatoire de Chambéry et de la New School University de New York, Matthieu Marthouret se met à l’orgue Hammond au début des années 2000 et commence à tourner et enregistrer (Playground et Upbeats) avec son Organ Quartet. En 2012, il forme le Bounce Trio en compagnie du saxophoniste et clarinettiste Toine Thys et du batteur Gautier Garrigue. Dans la foulée, Marthouret fonde le label We See Music Records, sur lequel sortent Small Streams... Big Rivers, en 2014, et Contrasts, en octobre 2016.


Contrasts
Bounce Trio
Toine Thys (ts, bcl), Matthieu Marthouret (org, kbd) et Gautier Garrigue (d), avec Serge Lazarevitch (g) et Nicolas Kummert (voc).
We See Music – WSMD003
Sortie en octobre 2016

Dans les deux disques du Bounce Trio, le répertoire se partage entre des morceaux de Marthouret, Thys ou cosignés, et des interprétations de thèmes fétiches de l’organiste : « The Guy’s In Love With You » de Burt Baccharach, « Tropicalia » de Beck Hansen et « Visions » de Stevie Wonder dans Small Streams… Big Rivers ; « Kind Folk » de Kenny Wheeler et Tiziana Simona  et « Shine On You Crazy Diamond » des Pink Floyd dans Contrasts

Marthouret dédie Contrasts à toutes les « victimes innocentes » ; « It Should Have Been A Normal Day » et « Innocent Victims » ont été écrits en hommage aux personnes assassinées en novembre 2015 et en janvier 2016. Le trio invite le guitariste Serge Lazarevith sur neuf des douze morceaux et la voix de Nicolas Kummert pour « Innocent Victims ».

Contrasts possède un groove contagieux (« Keepin It Quiet »), accentuée par la sonorité churchy de l’orgue Hammond (« Bounce One »). Marthouret joue des lignes de basse entraînantes (« Keepin It Quiet »), place des effets wawa vintage (« Bounce One ») ou des nappes électro aériennes (« Bounce Ten »), fait ronfler son orgue (« J .Z. ») et laisse beaucoup d’espace à Thys… Le trio passe d’un morceau hard bop énergique (« J.Z. ») au tube des Pink Floyd, de l’ambiance joyeuse des îles (« Kind Folk ») à un hymne solennel (« It Should Have Been A Normal Day »)… Un gros son plein au saxophone (« Bounce One »), une élégance précieuse à la clarinette basse (« Innocent Victims »), des phrases sinueuses au ténor (« Keepin It Quiet »), un sens mélodique affûté (« Keepin It Quiet ») et une mise en place précise (« J.Z. ») font de Thys un partenaire de choix. La batterie de Garrigue danse (« Keepin It Quiet »), foisonne (« Bounce One ») et swingue constamment (« J.Z »), tandis que son jeu percussif renforce l’atmosphère caribéenne de « Kind Folk ». Les contre-chants de Lazarevitch mettent en relief le discours de l’orgue (« Bounce One ») ou les vocalises de Kummert (« Innocent Victims ») et ses chorus étoffent la palette sonore du trio (« Kind Folk »).

Small Streams… Big Rivers
Bounce Trio
Toine Thys (ts, bcl), Matthieu Marthouret (org, kbd) et Gautier Garrigue (d).
We See Music – WSMD002
Sortie en septembre 2014

Small Streams… Big Rivers… est davantage marqué par le hard-bop : thèmes exposés à l’unisson (« Tropicalia »), walking de l’Hammond (« Bounce Four »), chabada de la batterie (« Joe »), structure thème – solo – thème… avec, toujours, une bonne dose de groove (« Years »), des dialogues soignés (« Six For bill ») et des mélodies réussies (« Bounce Neuf »).

Le trio porte bien son nom : la musique du Bounce Trio bondit d‘une mélodie à l’autre portée par un groove aux contours funky.

Experience - Nicolas Folmer & The Horny Tonky

Experience
Nicolas Folmer & The Horny Tonky
Nicolas Folmer (tp), Antoine Favennec (sax), Olivier Louvel (g), Laurent Coulondre (kbd), Julien Herné (b) et Damien Shmitt (d), avec Thomas Coeuriot (g) et Michel Casabianca (perc).
Cristal Records – CR 247
Sortie en octobre 2016

Du CNSMDP au Paris Jazz Big Band, de Claude Nougaro à Michel Portal, en passant par l’ONJ, NoJazz, René Urtreger, Lights, Michel Legrand, Bob Mintzer, Dee Dee BridgewaterNicolas Folmer est l’un des trompettistes les plus éclectiques de la scène du jazz.

En 2015, Folmer monte un sextet, The Horny Tonky, qui enregistre un disque éponyme dans la foulée. Les « excités du bastringue » (traduction approximative du néologisme « Horny Tonky »), c’est Antoine Favennec au saxophone, Olivier Louvel à la guitare, Laurent Coulondre aux claviers, Julien Herné à la basse et Damien Schmitt à la batterie.

Pour Experience, sorti en octobre 2016 chez Cristal Records, le guitariste Thomas Coeuriot et le percussionniste Michel Casabianca se joignent au sextet. Folmer signe les sept thèmes. Experience évoque inévitablement le trio de Jimi Hendrix et, de fait, Folmer revient à une formule électrique, mais s’aventure davantage dans les contrées funk que rock progressif.

La musique d’Experience bouge ! Ambiances rock soutenues par une rythmique binaire puissante (« Waddle »), atmosphères funky avec Fender Rhodes vintage (« Safari »), climats groovy à souhait, renforcés par le jeu soul de la guitare (« Pangea »), medley disco et funk sur des chœurs énergiques et des effets wawa foisonnants (« Take The DeLorean »), bal latin (« Freedom Nature »)… Mais aussi la sonorité de la Nouvelle-Orléans (« Waddle »), le minimalisme de Miles Davis (« Eagle Dream »), les aspects dramatiques et la trompette lointaine d’Enio Moriconne (« From Cirrus »), les mélodies cinématographiques (le contre-chant de la trompette et de l’orchestre dans « Freedom Nature »)…

Folmer s’y connait incontestablement pour faire danser ses Horny Tonky : Experience balance de la première à la dernière piste au son joyeux du funk.

24 octobre 2016

Dreamers – Sébastien Texier Quartet

Dreamers
Sébastien Texier Quartet
Sébastien Texier (as, cl, acl), Pierre Durand (g), Olivier Caudron (org) et Guillaume Dommartin (d)
Cristal Records – CR 240
Sortie en avril 2016

Voilà plus de vingt ans que Sébastien Texier écume les clubs, salles de concert et autres festivals. En 2003, il sort son premier disque, Chimères, en quintet avec Alain Vankenhove, Gueorgui Kornazov, Nicolas Mahieux et Jacques Mahieux. Suivent, en 2009, Don’t Forget You Are An Animal, avec Chaude Tchamitchian et Sean Carpio, puis, en 2013, Toxic Parasites, avec Vankenhove, Bruno Angelini, Frédéric Chiffoleau et Guillaume Dommartin. Pour Dreamers, publié en avril 2016 chez Crystal Records, Texier a constitué un quartet sans contrebasse, avec Pierre Durand à la guitare, Olivier Caudron à l’orgue et Dommartin à la batterie.

Tous les thèmes sont de Texier, sauf « Cape Code » signé Caudron. Comme l’indique le saxophoniste dans les notes de la pochette, « le fil de ces nouvelles compositions est le rêve » : la Nouvelle-Orléans (« Let’s Roll »), clin d’œil à Durand (Chapter 1 : Nola Improvisations), Ornette Coleman (« Dreaming With Ornette »), la solidarité (« Silent March »), l’amitié (« Friendship »), la douceur (« Smooth Skin »), l’équilibre (« Crest Waves »), les paysages (« Cape Cod »)…

Modernes (« Crest Waves »), tendues (« Friendship »), touchantes (« Silent March »), aériennes (« Dreamers »), tranquilles (« Smooth Skin »)… Texier peaufine ses mélodies, qui s‘inscrivent souvent dans un style néo-bop (« Let’s Roll »). Avec une belle sonorité qui rappelle Art Pepper (« Dreaming With Ornette »), Texier navigue dans les eaux d’un hard-bop tendu (« Friendship ») pimenté de dissonances (« Crest Waves »), mais il sait aussi jouer le blues (« Let’s Roll ») avec une mise en place parfaite (« Silent March ») et des ballades qui valsent joliment (« Cape Cod »). A l’aise et impliqué dans n’importe quelle situation, Durand met le son rock bluesy de sa guitare au service de « Let’s Roll », endosse le rôle du guitar hero à la Carlos Santana (« Silent March »), joue des lignes planantes dans « Dreamers », souligne subtilement le discours de l’alto (« Silent March »)… Le son churchy de l’orgue de Caudron renforce l’ambiance bluesy (« Let’s Roll »), ses nappes d’accords (« Cape Cod ») et autres ostinatos (« Dreamers ») mettent en relief les dialogues du saxophone ou de la clarinette et de la guitare. La majesté de l’orgue ajoute également de l’emphase à « Silent March », qui prend des allures de marche solennelle. Quant aux walking de la main gauche de Caudron (« Friendship »), elles se couplent aux chabada énergiques de Dommartin (« Crest Waves »). Marqué par le swing du bop, Dommartin possède un jeu varié : un drumming touffu (« Let’s Roll »), des bruissements subtils des balais (« Cape Cod »), des roulements furieux (« Friendship »), des cliquetis fébriles (« Dreaming With Ornette »)...  

Dans Dreamers Texier et son quartet continuent d’explorer avec cohérence un néo hard bop marqué par le free, une musique pleine de vitalité et de personnalité. 

20 octobre 2016

Promises à Sorano

La saison jazz 2016 –2017 de l’Espace Sorano démarre sur les chapeaux de roue. Le programme concocté par Vincent Bessiere est remarquable : des « légendes » comme Michel Portal, Ricardo Del Fra (le 3 décembre), Enrico Pieranunzi (le 18 mars),… côtoient des « étoiles montantes », à l’instar de Steve Lehman (le 5 novembre), Macha Gharibian (le 7 janvier), le Trio Fox (le 25 février)…

Le 12 octobre, Michel Portal se produit en trio dans l‘auditorium Jean-Pierre Miquel de Vincennes, devant une salle comble. Le trio Promises – « promesses d’inouï grâce à des musiciens qui ne se connaissent pas », comme le dit Bessiere – est composé du pianiste Kevin Hays et du batteur Jeff Ballard.

Avec une vingtaine de disques en leader et des collaborations régulières avec Chris Potter, Joshua Redman, Nicholas Payton, Al Foster, Brad Mehldau… Hays mérite largement d’être plus connu en France.  Quant à Ballard, si son aura a traversé l’Atlantique, c’est grâce, entre autres (il vit à Vincennes…), à son association aux groupes de Mehldau, Redman et Chick Corea, mais aussi à Ray Charles (trois ans !), Avishai Cohen, Ben Allison, Kurt Rensenwinkel… C’est d’ailleurs Ballard qui est l’initiateur du trio Promises. Après une répétition dans l’auditorium Miquel, en mai 2016, le trio s’est produit au festival Jazz à Saint-Germain des Prés. Le concert à Sorano est leur cinquième concert.


Ballard attaque d'emblée et en met partout, tandis que Portal et Hays le rejoignent avec des mouvements graves et mélodieux. L’écoute entre les trois est palpable : la clarinette virevolte sur les contrechants sinueux de la clarinette et le foisonnement de la batterie. Soudain l’ambiance tourne presque au folklore, avec un riff mélodique du soprano (qui s’envole bientôt vers les contrées free) sur une batterie qui installe un groove entraînant et un piano intense. Dans le deuxième morceau, enchaîné au premier, l’introduction profonde de Portal à la clarinette basse est relayée par Ballard dans un style « tribal » puissant, puis par Hays qui insuffle des touches bluesy au Fender Rhodes. Le soprano reste en arrière-plan et navigue entre free et mélodie, un peu dans la lignée de l’AACM. Ballard lance de nouveau le troisième morceau sur la grosse caisse et le morceau part illico dans un développement free, porté par le soprano de Portal, créatif à souhait, soutenu par un Hays qui alterne pédales et ostinatos. Ballard prend ensuite un chorus d’anthologie qui débouche sur une ballade binaire tranquille…


Avant d’entamer le quatrième morceau de la soirée, Portal prend la parole pour remercier le public d’être venu si nombreux : « ça fait plaisir ». L’artiste explique ensuite la démarche de ce trio qui n’a pas encore joué beaucoup ensemble. Chacun vient avec des partitions et le trio fonctionne sur une écoute mutuelle attentive, pour pouvoir jouer collectivement sur le même terrain… Comme à son habitude, Portal aime les rencontres musicales et se mettre en danger ! Il présente le thème suivant en expliquant qu’il l’a écrit deux jours auparavant, qu’il n’y a pas de mélodie et que c’est un jeu abstrait : « ça m’amuse beaucoup l’abstrait… En fait ça fait faire des choses qu’on ne pourrait pas faire dans un truc classique, dans le jazz évidemment ». Après un prélude sombre d’Hays, « Abstrait » s’envole dans une mosaïque de notes jouée par la clarinette basse et le piano, sur les cliquetis de la batterie. Le morceau se développe ensuite entre des cascades free de Portal et d’Hays et des stop-chorus broussailleux de Ballard. C’est court et amusant !


Décidément très en verve et communicatif, Portal revient sur « Abstrait » et introduit « Max mon amour » : « il y a beaucoup de notes, ça fait beaucoup de bruit, on le sait… En fait c’est pour sortir de certaines choses que je joue… On me dit, tu fais de la mélodie maintenant… Avant j’ai fait de la free music, mais bon, après je suis passé peut-être dans la mélodie… C’est comme si on n’avait pas le droit de faire ce qu’on veut… On me dit, t’es ringard si tu fais de la mélodie… Je vais jouer moderne… Alors si vous voulez je vais jouer beaucoup de notes… Je vais jouer comme autrefois… Ça m’est égal complètement… Donc là, « Abstrait » ça me plaît… Mais ce n’est pas pour toutes les oreilles, ça c’est certain ! Alors peut-être « Max mon amour » pour changer ». Je le joue souvent… ». Après un passage cristallin et des vibratos, le Fender Rhodes joue une pédale tandis que la batterie installe un rythme léger et entraînant. Dans ce décor, la clarinette en si bémol de Portal égrène une jolie mélodie entre fête foraine et nostalgie. Même s’il continue de swinguer, le trio ne peut s’empêcher de développer le thème dans une veine libre et nerveuse… Ballard enchaîne sans transition sur un solo de tablas énergique, bientôt relayé par la grosse caisse. La suite du solo, à base de roulements vifs ponctués par les martèlements sur la grosse caisse, monte en puissance et plante un décor dansant qui, visiblement, ravit Portal. Le soprano lance un thème rapide et vif dans un esprit pasodoble, fandango… encouragé par les palmadas d’Hays. Le morceau chauffe la salle qui redouble d’applaudissements et rappelle le trio.

Portal explique le choix du bis : « j’aime bien jouer des thèmes que j’ai joué à la clarinette basse à Minneapolis… Un thème qui s’appelle « Judy Garland »… Qui n’a rien à voir vraiment avec Judy Garland, je ne crois pas… Mais je ne savais pas qu’elle était née là-bas… Je suis rentré dans un restaurant, il y avait sa photo en grand… Je dis « Tiens ! Judy Garland » et on me dit « Oui elle est née ici ». Oui, d’accord, bon… Et voilà… Je vais le jouer parce que c’est très sympa… ». Avant d’exposer a capella ce superbe thème-riff qui figure sur l’album Minneapolis, sorti en 2001, avec Tony Hymas au piano, Sonny Thompson à la basse et Michael Bland à la batterie, Portal souffle doucement dans sa clarinette basse, comme un air tibétain. La batterie se met au diapason de la clarinette basse, tandis que le piano joue des lignes élégantes en contrepoint. Portal enlève ensuite son bec pour chanter dans le corps de la clarinette une complainte déchirante. La version du trio de « Judy Garland » possède un caractère dramatique qui, vu l’ovation, touche le public. Le deuxième rappel, présenté par Hays, n’est autre que « Sonny Room For Two » de Sonny Rollins, enregistré par le pianiste dans For Heaven’s Sake, disque sorti en 2005, avec Doug Weiss à la contrebasse et Bill Stewart à la batterie. Portal est repassé à la clarinette en si bémol et les trois musiciens donnent une interprétation du morceau dans un style néo-bop, somme toute plutôt classique. Jamais deux sans trois : pour le dernier rappel le trio joue un blues signé Hays. Le piano et la batterie jouent gras, sourds, lancinants… bien bluesy. Portal et sa clarinette basse, sans doute moins à l’aise dans cet idiome et peut-être légèrement fatigués après une heure trente de concert non-stop, glissent des traits discrets en contre-chant.


Le concert de Portal, Hays et Ballard est passionnant de la première à la dernière note. Il s’y passe toujours quelque chose : de l’inattendu, des dialogues savoureux, des mélodies attachantes, des rythmes entraînants, des embardées hardies… Vivement que Promises grave sa musique !


Pas facile de continuer sur une si belle lancée, mais comme Bessière a eu le flair de programmer l’octet de Steve Lehman le 5 novembre, il y a fort à parier que « les promesses d’inouï » ne font que commencer !



19 octobre 2016

A la découverte de… Stéphane Tsapis

Marqué par ses racines grecques, Stéphane Tsapis joue un jazz empreint de mélodies et de rythmes des Balkans. La sortie de Border Lines, en mars 2016, donne l’occasion de partir à la découverte de ce pianiste à cheval entre deux cultures…


La musique

J'ai eu de la chance : mon grand-père était un pianiste amateur très éclairé ! Mais il n'avait pas eu l'opportunité de pouvoir en faire son métier… Mon arrière-grand-père aussi me voyait tripoter les touches du piano du salon. Ils m’ont encouragé à me mettre au piano et conseillé à ma mère de trouver un professeur... Ce ne sont pas les pianistes qui manquent dans la famille de ma mère ! Mon oncle, Jean-Louis Haguenauer, est un immense soliste classique, spécialiste, entre autres, de Claude Debussy ; quand j’étais enfant, nous allions souvent l'écouter en concert...

J’avais autour de sept ans quand ma mère m'a offert une cassette avec les enregistrements solo de Thelonious Monk pour Columbia. Le choc ! Je l’ai écouté en boucle sur mon walkman. Et j'ai d’ailleurs longtemps cru que la manière de jouer de Monk était conventionnelle... J’ai appris dans les notes de pochettes quels étaient les musiciens qui l’avaient influencé et me suis procuré des disques de James P. Johnson et Fats Waller. Puis, de fil en aiguille, j’ai écouté d'autres pianistes : Erroll Garner, Bud Powell, Hank Jones, John Lewis, Mal Waldron, Randy Weston... Je suis devenu ce qu'on appelle un fanatique ! J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir la grande famille du jazz et des musiques afro-américaines…

Vers dix ans, après avoir pris des cours avec quelques professeurs particuliers, j'ai mis les pieds au conservatoire du quatorzième arrondissement de Paris : une professeure de solfège m'a traumatisé ! Et je n’ai plus voulu y retourner... D’ailleurs, pendant très longtemps j’ai détesté lire la musique : j'apprenais rapidement par cœur les morceaux et faisais semblant de lire la partition... En revanche j’aimais improviser et composer mes propres morceaux... Mon grand-père improvisait dès qu’un piano se trouvait à portée de doigts… La plupart du temps c’était sur des standards de jazz qu'il avait appris d'oreille. « Caravan », « Dinah » et « Mood Indigo » étaient ses morceaux de prédilections. Il m'a transmis sa passion ! Lors des fêtes de famille il nous arrivait même de faire des quatre mains endiablées… Mes parents m’ont parfaitement compris et j'ai continué le piano avec des professeurs merveilleux qui m'ont vite orienté vers le jazz. En dehors des pianistes déjà cités, mes influences se sont élargies : Louis Armstrong, mais aussi les Doors, les Beatles, Igor Stravinsky, Béla Bartók, Nino Rota, Boby Lapointe...

Après le baccalauréat et un stage de Jazz à Barcelonnette, j'ai décidé de me consacrer à la musique... La suite s’est enchaînée : Benjamin Moussay, des cours de jazz au conservatoire, des cours de classique à Gennevilliers avec Josette Morata… Ils m'ont donné le goût du travail et du geste musical. Et, en parallèle à mes études, je suis devenu professeur à mon tour…


 Stéphane Tsapis (c) Pierrick Guidou


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Une longue histoire passionnante... Asseyez-vous, mettez-vous à l'aise, nous allons passer un bon moment !

Pourquoi la passion du jazz ? Il permet d'explorer ce que nous avons au fond de nous-même : à la recherche d'un son original qui nous correspond… Et c'est cette leçon que je retiens du jazz : joue ce que toi seul peut jouer. Les étiquettes stylistiques ne sont que littérature...

Où écouter du jazz ? En live !... Dans un club, un squat, une belle salle de concert... Essayez de suivre vos groupes préférés et allez les écouter dans des lieux différents !

Comment découvrir le jazz ? Soyez curieux de toutes les musiques ! Inscrivez-vous dans une médiathèque et écoutez le plus de disques possibles…

Une anecdote autour du jazz ? Monk et Powell font un long voyage en train ensemble, ils ne se sont pas vus depuis des années. Ils n'échangent pas un seul mot. En se quittant, Monk – ou Bud – dit à l'autre : « ça m'a fait plaisir de discuter avec toi ! ».


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un koala car je trouve sa tête sympathique,
Si j’étais une fleur, je serais un fuchsia, pour ses petites lanternes rigolotes,
Si j’étais un fruit, je serais une pastèque parce que c'est délicieux et rafraichissant,
Si j’étais une boisson, je serais une bière extrêmement fraiche, devant un coucher de soleil, au milieu de la mer Egée !
Si j’étais un plat, je serais un agneau grillé avec des pommes de terre au four, sur fond de sauce au citron, le plat magique de mon papa,
Si j’étais une lettre, je serais T, pour le nombre de fois où j'ai dû épeler mon nom de famille...
Si j’étais un mot, je serais Aman !,  l’interjection utilisée dans la musique arabe, turque, grecque et plus, si affinité... Intraduisible...
Si j’étais un chiffre, je serais 5, un chiffre magique,
Si j’étais une couleur, je serais bleu canard ?...
Si j’étais une note, je serais celle qui est jouée ou chantée avec les tripes !


Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis heureux d'avoir écrit une pièce pour l'octuor de clarinettes de la garde républicaine : « Crna Gora ». Mais je garde aussi un souvenir ému de ma première composition, « Palme de verre », qu’Alain Vankenhove m’a permis d'arranger pour le big band de Bourg La Reine, dans lequel je tenais le poste de pianiste.

Quant à mon plus grand regret, c’est de ne pas être allé écouter Mal Waldron en concert, après la Master Class qu'il avait donné à l’université Paris VIII, en 2002 : il m'avait offert une place en coulisse, mais je n'y suis pas allé... Et il est mort quelques temps plus tard…



Sur l’île déserte…

Quels disques ? Solo Monk, Live At The Pershing d’Ahmad Jamal, le Porgy and Bess d’Oscar Peterson, l'intégrale des Beatles, la Far East Suite de Duke Ellington, le Porgy and Bess de Gil Evans et Miles Davis etc.

Quels livres ?  Toutes les enquêtes de l'inspecteur Salvo Montalbano par Andrea Camilleri, L'écume des jours de Boris Vian, Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, La liberté ou la mort de Nikos Kazantzaki, Les fleurs bleues de Raymond Queneau...

Quels films ? Vertigo, Fenêtre sur cour et La mort aux trousses d’Alfred Hitchcock, toute la filmographie post 1917 de Charlie Chaplin, Les aventures de Rabbi Jacob, Huit et demi, Amarcord et La dolce vita de Federico Fellini, Asterix et Cléopâtre, Princesse Mononoké, Beetlejuice

Quelles peintures ? Johannes Vermeer, Vincent Van Gogh, Claude Monet, Marcel Gotlib, Jean-Jacques Sempé, Joann Sfar et Jacques TardI.

Quels loisirs ? La musique !


Les projets

Le gros projet du moment : une adaptation de ma pièce symphonique composée pour le film de Chaplin, L’Emigrant, qui sera jouée le 24 novembre prochain par l'orchestre d'Athènes et un petit combo de jazz dans un camp de réfugié à Lavrio, en Grèce. Ce sera un ciné-concert live. Le 27 novembre, nous le rejouerons pour une soirée caritative au Megaro Mousikis d'Athènes. Je suis impatient d'être sur place !

Sinon, j’ai trois autres projets sur le feu : un spectacle, Le piano oriental, avec la dessinatrice Zeina Abirached, un nouveau disque en trio en gestation et l'envie grandissante de jouer en solo...


Trois vœux

1. La paix. 

2. L'amour. 

3. Le bonheur.


16 octobre 2016

Crystal Rain – Céline Bonacina Crystal Quartet

Crystal Rain
Céline Bonacina
Céline Bonacina (bs), Gwilym Simcock (p), Chris Jennings (b) et Asaf Sirkis (d, perc)
Cristal Records – CR 245
Sortie en mars 2016

Solo, duo, trio, quartet, quintet, sextet… Céline Bonacina promène son saxophone baryton dans toutes les directions ! Après Vue d’en haut, autoproduit et enregistré à La Réunion en 2005, la saxophoniste s’associe à Nguyen Lê et publie deux albums en trio chez Act : Way of Life, en 2010, et Open Heart, en 2013.

Changement de format et d’équipe pour Crystal Rain, qui sort en mars 2016 chez Crystal Records. Bonacina et le pianiste anglais Gwilym Simcock commencent à jouer ensemble en 2013, à l’occasion d’une carte blanche à l’Amphithéâtre de l’Opéra de Lyon. Après une tournée en Europe le quartet prend sa forme actuelle, avec le contrebassiste canadien Chris Jennings et le percussionniste israélien Asaf Sirkis. Si leur première a lieu à Hambourg, en 2014, c’est au Festival Europa Jazz du Mans, en mai 2015, que le Crystal Quartet est baptisé.

Bonacina signe ou cosigne huit des dix morceaux de Crystal Rain. Simcock et Jennings apportent chacun un titre. Bonacina équilibre les voix et n’accapare jamais la vedette. Bien au contraire, la saxophoniste instaure constamment des dialogues avec ses partenaires sous forme de contrepoints, d’unissons, de superpositions… (« On The Road »). La structure des morceaux est protéiforme, avec des alternances de passages tempétueux et d’accalmies (« Smiles For Serious People »), un peu comme dans une histoire (« Child’s Mood »). Les thèmes, mélodieux (« Smiles For Serious People »), sont empreints d’une certaine fragilité (« Crystal Rain ») et ressemblent parfois à des refrains de chansons (« Väntan » et ses côtés « Non, je ne regrette rien »). Sirkis assure une pulsation souple et dansante (« Two Sides ») et son jeu, même s’il est volontiers touffu (« Trails In The Sky »), laisse toujours de la place aux solistes. Le gros son boisé, les riffs rapides (« Cyclone »), l’archet élégant (« Crystal Rains »), les lignes profondes (« Väntan ») et les chorus inspirés (« Shanty ») de Jennings servent à merveille la musique de Bonacina. Simcock possède un jeu rythmique solide (« Crossing Flow »), des réminiscences bop (« Smiles For Serious People ») et un à propos notable : sobre (« Shanty »), dansant (« Child’s Mood »), folk (« Two Sides »), chantant (« Väntan »)… au grès des atmosphères. Quant à Bonacina, elle combine jeu straight (« On The Road »), technique étendue (touches dans « Cyclone », souffle dans « Crystal Rain »), passages contemporains (« Two sides ») et envolées libres (« Shanty »). Ses développements, sophistiqués, restent toujours accessibles (« Trails In The Sky »).

Le Crystal Quartet porte bien son nom : sa musique possède de multiples facettes, plus éclatantes les unes que les autres... 

14 octobre 2016

Border Lines – Stéphane Tsapis Trio

Border Lines
Stéphane Tsapis Trio
Stéphane Tsapis (p, kbd), Marc Buronfosse (b) et Arnaud Biscay (d), avec Arthur Simonini (v)
Cristal Records – CR 242
Sortie en mars 2016

Stéphane Tsapis compose pour le cinéma – Benjamin Travade, Elefterios Zcharopoulos…  –, donne des cours au CRR de Paris et développe ses groupes : le quintet Kaïmaki (un disque éponyme en 2008 et Mataroa en 2012), un duo avec le saxophoniste Maki Nakano (Musique pour quatre mains et une bouche en 2012) et son trio, avec Marc Buronfosse à la contrebasse et Arnaud Biscay à la batterie.

En 2014, le Stéphane Tsapis Trio sort Charlie et Edna sur le label japonais Cloud, puis, en mars 2016, Border Lines est publié par Cristal Records. Le trio invite le violoniste Arthur Simonini sur un morceau. Tsapis signe six des onze morceaux et interprète deux chants traditionnels macédonien et d’Asie mineure, « The Mountains See Us All » du joueur d’oud et leader de Night Ark, Ara Dinkjian, « To Praktorio / Kaigomai » du compositeur Stávros Xachárkos et « Nichtose choris feggari », un tube d’Apostolos Kaldaras.

Dans une atmosphère moyen-orientale (« The Mountains See Us All »), parfois nostalgique (« Border Blues »), empreinte d’un lyrisme à fleur de doigts (« Nichtose choris feggari », curieusement coupé après le thème ?), les mélodies des Balkans sont souvent émouvantes. Les rythmes entraînants (« Giorgitsa ») fusionnent jazz et rythmes composés (« Fièvres »), sans aller jusqu’à la frénésie des brass brand d’inspiration tsigane. A l’instar de Tigran Hamasyan ou, encore davantage, dans la lignée de Bojan Z, Tsapis assaisonne son jeu d’épices orientaux : ornementations, trilles, arabesques, trémolos, appoggiatures, mordants… Et, comme Bojan Z, il utilise également un orgue au son vintage (« To Praktorio / Kaigomai »). Avec son gros son boisé, Buronfosse soutient les développements du piano avec des lignes profondes (« Patrounino »), plutôt minimalistes (« Giorgitsa »), des motifs sourds intenses (« Goldman Sucks ») ou des unissons avec la main gauche du pianiste (« Fièvres »). Biscay foisonne subtilement (« Patrounino »), souligne avec emphase la mélodie (« Border Blues ») et maintient une pression constante (« Fièvres »). Avec ses pédales, ostinatos et autres rythmes composés, la main gauche puissante de Tsapis se mêle souvent à la section rythmique. Le trio interagit efficacement (« Patrounino ») grâce, notamment, à une mise en place soignée et une écoute attentive. Si la plupart des morceaux naviguent dans les eaux balkaniques («Giorgitsa »), des comptines (« Karaghiozis in Wonderland »), du rock (« Goldman Sucks »), du blues (« To Praktorio / Kaigomai »)… s’invitent aussi à la croisière.

Border Lines relie jazz et Balkans : la musique de Tsapis, qui circule en toute liberté entre les deux mondes, sans se soucier des frontières, réussit l’alliage du charme et de la créativité.


12 octobre 2016

Jazz Before Jazz – Mario Stantchev & Lionel Martin

Jazz Before Jazz
Mario Stantchev & Lionel Martin
Mario Stantchev (p) et Lionel Martin (sax)
Cristal Records – CR 238
Sortie en mars 2016

Installé à Lyon au début des années quatre-vingt, le pianiste, compositeur, arrangeur, chef d’orchestre, pédagogue… Mario Stantchev a créé le département jazz du Conservatoire à Rayonnement Régional de Lyon et multiplie les projets dans le jazz et la musique contemporaine. Pilier d’ImuZZic avec, entres autres, le trio Résistance et les ensembles New Dreams, le saxophoniste Lionel Martin joue aussi bien du free jazz que de la musique cubaine, en passant par l’ethiojazz, le rock punk…

Dans Jazz Before Jazz, sorti en mars 2016 chez Cristal Records, Stantchev et Martin explorent la musique de Louis Moreau Gottschalk. Ce pianiste mythique (1829 – 1869) est né à La Nouvelle Orléans, d’un père anglais et d’une mère créole d’origine haïtienne. Gottschalk étudie la musique à Paris et se lie d’amitié avec Camille Pleyel, Frédéric Chopin… Sa vie est une succession de voyages en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique du Sud. Virtuose marqué par la musique africaine et sud-américaine, ses compositions aux titres évocateurs – « Bailemos, Creole Dance », « Bamboula, danse des nègres », « Le bananier, chanson nègre », « Le banjo, fantaisie américaine, « Caprice-polka »… – annoncent le ragtime, voire le jazz.

Le duo interprète onze morceaux de Gottschalk et « Pour Louis Moreau », un hommage signé Stantchev qui ouvre l’album. Dans les notes de la pochette, les musiciens expliquent leur démarche pour chaque morceau. Ils mettent en regard les partitions originales et les leurs pour illustrer leur relecture. La jolie pochette, signée Valentine Dupont, décline la représentation géométrique d’un masque africain sur les différents volets, sous forme de gommette.

Les mélodies de Gottschalk choisies par Stantchev et Martin pour Jazz Before Jazz sont pour la plupart simples et entraînantes : marche (« Marche des Gibaros »), comptine (« La Savane »), sonnerie (« Incantation »), country (« Le Banjo »), ballades (« Séduction »), mais aussi des thèmes plus lyriques (« Manchega »), voire romantiques (« Souvenir de la Havane »). L’influence des musiques africaines, caribéennes et latines sur Gottschalk se ressent également dans les rythmes chaloupés de ses morceaux, bien accentués par Stantchev et Martin : rythmes syncopés (« Le Banjo »), accords latinos du piano (« Manchega »), ambiance calypso (« Bamboula (Danse nègre) »), boléro ou approchant (« Souvenir de la Havane »), touches bluesy (« Marche des Gibaros »), accents sud-américains (« Séduction (Souvenir de la Havane) »)… Stantchev passe du contemporain (« Pour Louis Moreau ») au vingtième siècle (« Romance cubaine »), sans oublier, évidemment, le jazz, avec des envolées bluesy (« Marche des Gibaros »), stride (« Souvenir de la Havane »), en walking (« Le Banjo »)… avec un swing qui ne se dément jamais (« Séduction »). Martin joue aussi bien straight (« Romance cubaine ») qu’étendu (« Marche des Gibaros »), mais son penchant pour le free revient au naturel (« Riot ») avec, pêle-mêle, John Coltrane, Ornette Coleman, Sonny Rollins, Gato Barbieri, l’AACM… comme influences, aussi bien au soprano (« Le Bananier ») qu’au ténor (« Riot »).

Stantchev et Martin mettent en évidence de manière magistrale le caractère précurseur de la musique de Gottschalk. Jazz Before Jazz est un disque palpitant qui fait parcourir l’histoire du jazz, du « vieux jazz » au contemporain, en passant par le free.

Lendemains prometteurs - Ligne Sud Trio

Lendemains prometteurs
Ligne Sud Trio
Christian Gaubert (p), Jannick Top (b) et André Céccarelli (d), avec Christophe Leloil (tp) et Thomas Savy (bcl, ss)
Cristal Records – CR 243
Sortie en février 2016

Christian Gaubert s’est longtemps illustré auprès des musiciens de variété, de Charles Aznavour à Michel Sardou, en passant par Gilbert Bécaud, Yves Duteil, Mireille Mathieu… et du cinéma, aux côtés de Claude Lelouch, Francis Lai, Mort Shuman… Gaubert est également un membre actif de la SACEM depuis la fin des années soixante. En 2013, il monte Ligne Sud Trio avec Jannick Top et André Céccarelli. Le trio sort un disque éponyme chez Cristal Records, avec Thomas Savy, invité sur quelques morceaux.

Lendemains prometteurs est le deuxième opus que Ligne Sud Trio publie chez Cristal Records, en février 2016. Outre Savy, qui joue sur trois morceaux, le trompettiste Christophe Leloil est également invité pour étoffer le trio sur quatre autres plages. Gaubert est l’auteur de toutes les compositions sauf « Green Dolphin Street », signé Bronislau Kaper.

Des mélodies soignées (« Mare Nostrum ») – la musique de film n’est pas loin – servis par un piano qui swingue (« Lendemains prometteurs »), une basse sourde et souple (« Valse indansable ») et une batterie dansante (« Comme un espoir ») : les Lendemains prometteurs plongent l’auditeur dans des rondes entraînantes (« Impression dominante »). La trompette (« Inspiration ethnique ») et le saxophone soprano (« Valse indansable ») apportent une touche néo-bop, renforcent le côté nonchalant des îles (la trompette dans « Green Dolphin Street ») ou soulignent l’élégance des thèmes (la clarinette basse dans « Mouvement obsédant »).

Dans Lendemains prometteurs, Ligne Sud Trio propose un néo-bop bercé aux rythmes chaloupés des îles et de la méditerranée.

3 octobre 2016

Standards & Avatars - David Chevallier

David Chevallier
David Chevallier (g), Sébastien Boisseau (b) et Christophe Lavergne (d)
Cristal Records – CR 233
Sortie en février 2015

Aussi à l’aise avec Carlo Gesualdo que John Coltrane ou Duke Ellington, David Chevallier abandonne sa guitare à douze cordes et son théorbe pour revenir à la guitare électrique et interpréter des standards. Chevallier a formé un trio avec Sébastien Boisseau à la contrebasse et Christophe Lavergne à la batterie. Ils ont étrenné leur répertoire à l’Europa Jazz Festival du Mans en 2013, et sorti Standards & Avatars en février 2015, chez Cristal Records.

Le trio a choisi de relire des saucissons : « The Man I Love », « Solar », « Alone Together », « You & The Night & The Music », « I Love You Porgy », « All The Things You Are », « You Don’t Know What Love Is », « The Way You Look Tonight », « Strange Fruit », « What Is This Thing Called Love? ». Les avatars des titres sont plein d’humour et le jeu des devinettes est ouvert : « Into My Labyrinth  », « … Is Actually A Woman! », « Oh Yes, I Do! », « Have You Ever Be Alone? », « Or Solaris? », « Don’t Talk To Me About Love »…

Comme l’écrit Chevallier dans les notes de la pochette : « Non, Standards & Avatars n’est pas un retour aux sources. C‘est pour moi une ré-création ». Et le trio de s’amuser à développer les standards en toute liberté : certains sont traités en douceur (« The Man I Love »), avec délicatesse (« Alone Together »), voire majesté (« Strange Fruit »), d’autres sont bousculés, sur le mode d’un jeu vidéo (« You and The Night and The Music »), avec des touches funky (« Solar »), des nuances bluesy (« You Don’t Know What Love Is ») ou joués sur les chapeaux de roue (« What Is this Thing Called Love? »). Complémentaires, les trois musiciens s’écoutent et interagissent au quart de tour en s’appuyant sur une batterie souple et foisonnante, une contrebasse dynamique et boisée, et une guitare vive et expressive.

Chevallier, Boisseau et Lavergne proposent une lecture personnelle, décalée et enthousiaste, des grands classiques du Tin Pan Alley. Standards & Avatars est un disque malicieux qui s’écoute et se réécoute à satiété !