29 novembre 2015

Cellule - Polymorphie

Cellule
Polymorphie
Marine Pellegrini (voc), Romain Dugelay (as), Clément Edouard (as), Lucas Garnier (kbd), Damien Cluzel (b g) et Léo Dumont (d).
Grolektif Productions – GRO5219131
Sortie le 16 octobre 2015

Créé par le saxophoniste et membre de Grolektif Romain Dugelay, Polymorphie a sorti Voix, en 2012, et récidive en octobre 2015, avec Cellule.

Le sextet est composé de Marine Pellegrini à la voix, Dugelay et Clément Edouard au saxophone alto, Lucas Garnier aux claviers, Damien Cluzel à la guitare baryton et Léo Dumont à la batterie. Les neuf morceaux sont signés Dugelay. Tandis que Voix trouvait son inspiration chez Nick Cave, Cellule tourne autour de poésies et textes écrits au cours de séjours en prison  par Oscar Wilde (The Ballad of Reading Gaol), Jean Zay (Souvenirs et Solitudes), Albertine Sarrazin (Poèmes), Paul Verlaine (Sagesse) et Xavier, un détenu anonyme. Référence explicite aux geôles, unité fondamentale des organismes vivants et noyau musical autonome de base, Cellule porte d’autant mieux son nom que Polymorphie doit avoir la propriété de pouvoir changer de forme sans changer de nature, comme, par exemple, le poulpe, la spongille ou les Terminator…

Dès le premier des cinq « OW » – initiales de l’écrivain irlandais – Polymorphie annonce la couleur : l’arrière-plan synthétique (son saturé et sirène), le chœur hypnotique des soufflants et la rythmique puissante servent de décor pour la voix qui récite le poème. Cellule ne raconte pas le périple d’un soliste, mais plutôt un voyage collectif autour des poèmes. Dans la plupart des morceaux le ton est solennel (« Jean »), voire emphatique (« Xavier »), sauf dans « OW2 », où elle se fait diaphane, lointaine, réverbérée. Le rock (presque Metal dans « Jean ») électro (« OW5 ») progressif (« Albertine ») noisy (« OW3 ») de Polymorphie puise aussi dans la musique répétitive pour les riffs (« OW1 »), la musique contemporaine pour certaines structures (« Paul ») et la musique concrète pour certains effets électro-acoustiques (« Albertine »).

Avec Cellule, Polymorphie poursuit l’aventure commencée avec Voix, aux confins de l’électro, du rock et de la poésie.

26 novembre 2015

Crazy Rhythm - Minor Sing

Crazy Rhythm
Minor Sing
Jean Lardanchet (vl, g), Laurent Vincenza (g), Yannick Alcocer (g) et Sylvain Pourrat (b).
Kollision Prod
Sortie en mai 2015

Créé en 2006, Minor Sing est un quartet basé dans la métropole lyonnaise : le violoniste Jean Lardanchet et le guitariste Laurent Vincenza sortent de l’Ecole Nationale de Musique de Villeurbanne, tandis que Sylvain Pourrat est passé par le Conservatoire de Lyon. Seul le guitariste Yannick Alcocer, n’est pas originaire de la région Rhône-Alpes : il vient de Bolivie…

L’instrumentation de Minor Sing donne le ton : le quartet joue un jazz manouche dans la lignée du Quintet du Hot Club de France. Crazy Rhythm est le premier disque publié par Minor Sing. Il est sorti en mai 2015 chez Kollision Prod. Au répertoire, six compositions du quartet : Pourrat signe quatre morceaux, Lardanchet et Alcocer en apportent deux chacun et Vincenza est l’auteur d’un thème. Le répertoire compte également quelques classiques : le morceau éponyme écrit en 1928 par Irving Caesar, Joseph Meyer et Roger Wolfe Kahn pour la revue Here’s Howe, « Joseph, Joseph » composé en 1923 par Nellie Casman et « Alfonsina y el mar », la célèbre zamba qu’Ariel Ramirez et Félix Luna ont publié en 1969.

Crazy Rhythm contient tous les ingrédients du jazz manouche : les mélodies touchantes (« Lights On »), les pompes (« Joseph Joseph »), les chorus virtuoses (« A Major Thing »), une walking bass inamovible (« Betty’s Bop »)… A côté des morceaux traités dans le plus pur style manouches, comme « Joseph Joseph » ou « Crazy Rhythm », Minor Sing glisse également des touches latines (« Bobolero », « Cocktail caliente »), des pas de valse (« Valse des diablotins »), des traits folkloriques (« Tic Tac Swing ») et des  zestes de blues (« Lolo Swing »). Le quartet possède un swing contagieux (« Betty’s Bop ») et une bonne dose d’humour, à l’image des citations de « Que reste-ti-il de nos amours » dans la « Valse des diablotins » ou  des échanges dans « Cocktail caliente ».

Sur les traces de Stéphane Grappelli et Django Reinhardt, références affirmées, Minor Sing propose une musique pétillante, enjouée et menée… sur un rythme fou !


24 novembre 2015

Terre II – Julian Julien

Terre II
Julian Julien
Julian Julien (prog, percu), avec Hélène Argo (voc), Guillaume Billaux (g),  Siegfried Canto (fl), Médéric Collignon (bg, voc), Rémi Dumoulin (b cl), Michaël Havard (ss, ts, bs) et Adeline Lecce (cello).
A bout de son
Sortie en 2015

Saxophoniste, percussionniste, programmateur, compositeur… Julian Julien publie en autoproduction un premier disque au titre éloquent : Tupperware et bibelot. Suivent Terre en 2000 chez  Priskosnovénie, Strange en 2007 chez Cristal Records et, en 2010, Suranné, enregistré avec le septuor Fractale pour le label A bout de son, que Julien a créé pour produire sa musique.

Terre II sort aussi sur A bout de son. Julien se charge de la plupart des parties musicales, mais convie également d’autres artistes pour étoffer sa palette sonore : la voix d’Hélène Argo, la guitare de Guillaume Billaux (par ailleurs ingénieur du son pour Terre II), la flûte de Siegfried Canto (également directeur artistique pour le disque), le cornet et la voix de Médéric Collignon, la clarinette basse de Rémi Dumoulin, les saxophones et clarinettes de Michaël Havard et le violoncelle d’Adeline Lecce. Julien signe les quatorze morceaux, plutôt courts (à l’exception de « Non-sens »).

Julien revendique les influences de Keith Jarrett, Michael Nyman, John Surman et les musiques de films, en citant John Barry (à qui il dédie un morceau) et Nino Rota. Avec ses jolis thèmes, plutôt concis (« Mr John Barry »), et ses développements progressifs (« Doudou »), Julien fait évoluer les lignes mélodiques dans des décors électro tour à tour aériens (« Iris IV »), lointains (« Préludes »), mystérieux (« Iris III »), psychédéliques (« Iris V »).  Les ostinatos (« Une attente »), les pédales (« Non-sens »), les effets bruitistes (« Iris I ») et le minimalisme (« Une attente ») évoquent également la musique répétitive américaine. Orientale (« Iris III »), debussyste (« Ailleurs »), emphatique avec un côté Enio Morricone (« Non-sens ») ou synthétique comme une BO de science-fiction à la Jerry Goldsmith (« Prélude »), Terre II met avant tout l’accent sur les ambiances. C’est sans doute pour cette raison que Julien compose abondamment pour le cinéma et le théâtre, mais aussi qu’il collabore avec des photographes, à l'instar de Franck Follet ou, pour Terre II, avec Chris Steele-Perkins, Rebecca Cairns, Saha Krishnendu, Junku Nishimura...

Dans Terre II, Julian emmène l’auditeur à la visite de sa planète musicale électro raffinée, à la fois mélodieuse et percussive.


20 novembre 2015

Les Notes de la Marée de novembre


Chaque mois, Les Notes de la Marée vous présentent les disques, livres et autres films reçus par Jazz à Bâbord.                                              

Voici des nouveautés à  découvrir au mois de novembre.                                     


Das Reale Klavier, un disque en solo du pianiste Hans Lüdemann qui sort le 1er novembre sur le label Budapest Music Center. Lüdemann a composé les neuf morceaux du disque. Si Das Reale Klavier trouve son inspiration dans la musique contemporaine à tendance lyrique, Lüdemann y ajoute des épices rythmiques et harmoniques tirés du jazz.                                     


Le saxophoniste alto Jonathan Orland publie Small Talk le 2 novembre chez Paris Jazz Underground et se produira le 11 décembre au Sunset. Orland joue en quartet avec Nelson Veras à la guitare, Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie Au programme de Small Talk : huit compositions d'Orland, plus « Falling Grace » de Steve Swallow, « Played Twice » de Thelonious Monk, « For Heaven's Sake », imortalisée par Billy Holiday et « Reysele », une chanson du poète et compositeur Mordechai Gebirtig. Small Talk est un mélange de jazz moderne dissonant, urbain... et de musique intime.

Billy Gibbons, éminent guitariste du groupe de rock barbu ZZ Top, fait paraître Perfectamundo chez Concord le 6 novembre. C'est le premier album sous son nom. Il joue avec son groupe The BFG's, consitué de Martin Guigui et Mike Flanigan aux claviers, Alex Garza et Gary Moon à la basse, et Greg Morrow à la batterie. Joe Hardy, qui a également coproduit le disque, passe d'un instrument à l'autre au grès des morceaux, tout comme Gibbons, d’ailleurs. Gibbons a composé six des onze titres du répertoire de Perfectamundo. Il interprète deux titres de Garza et reprend « Treat Her Right », le tube de Roy Head, « Got Love If You Want It » de Slim Harpo, mais aussi « Baby Please Don't Go » de Lightnin' Hopkins. Origines du leader obligent, Perfectamundo flirte davantage avec le rock qu'avec le jazz.
           
Côté ECM, trois sorties le 6 novembre : deux albums du batteur-percussionniste Thomas Stronen et un disque de la saxophoniste Mette Henriette.
                                         

Dans Time Is A Blind Guide, Stronen joue avec son nouveau quintet, en compagnie deLucy Railton au violoncelle, Akon Aase au violon, Kit Downes au piano et Ole Morten Vagan à la basse. Le quintet est également épaulé par Siv Oyunn Kjenstad et Steinar Mossige aux percussions. Toutes les compositions sont signées Stronen et Time Is A Blind Guide propose une musique élégante basée une forte présence rythmique et un habile mélange de jazz et d'accents world.
                                  


Quant à This Is Not A Miracle, c’est un disque du trio Food, qui réunit Stronen, le saxophoniste et co-leader du groupe Iain Ballamy, et le guitariste Christian Fennesz. Stronen et Ballamy sont les auteurs des onze titres.  Avec ses nombreux effets synthétiques, This Is Not A Miracle s'inspire de la musique concrète, bien sûr, mais surtout de l'électro.
                       



Mette Henriette publie un double-album sous son nom, en compagnie d'un orchestre de treize musiciens. L'instrumentation du combo est plutôt originale : en dehors de la saxophoniste en chef, d'un trombone, d'une trompette et du trio rythmique, un bandonéon, trois violons, un alto et un violoncelle viennent compléter la palette sonore. Henriette a composé la quasi-totalité des trente-cinq morceaux des deux disques, laissant trois titres au pianiste Johan Lindvall. La musique d'Henriette est sophistiquée, solennelle, minimaliste... 

Le 13 novembre, D-Stringz sort sur le label Impulse. D-Stringz réunit trois stars : Jean-Luc Ponty, Biréli Lagrène et Stanley Clarke. La formule n'est pas nouvelle pour Ponty et Clarke avaient qui avaient déjà joué et enregistré avec Al Di Meola le disque Rites of String en 1995. A côté de cinq morceaux composés par le trio figurent aussi la ballade « Too Old To Go Steady », le célèbre « Blue Train » de John Coltrane, le classique « Nuages » de Django Reinhardt et le non moins connu « Mercy, Mercy, Mercy » de Josef Zawinul. Acoustique et entrainant du début à la fin, D-Stringz s'aventure sur le terrain de jeu du jazz manouche, sans jamais oublier l'esprit du Tin Pan Alley, ni l'héritage hard-bop.




Le 16 novembre, Fresh Sound New Talent publie Lego du guitariste Michael Felberbraum. Il est entouré de Pierre de Bethman au piano, Simon Tailleux à la contrebasse et Karl Jannuska à la batterie. Felberbaum signe les neuf morceaux. A l'image de « Lego », la musique du quartet est un cocktail personnel de mélodies intimistes contemporaines et de lignes dansantes.
                                  


Cabaret Contemporain est un quintet constitué de Fabrizio Rat au piano, Giani Caserotto à la guitare, Ronan Courty et Simon Drappier à la contrebasse et Julien Loutelier à la batterie. Pour Moondog, qui sort le 21 novembre chez Subrosa, Cabaet Contemporain invite les chanteuses Linda Olah et Isabel Sorling, Cabaret Contemporain reprend, évidemment, onze morceaux de Moondog. Musique répétitive, mélodies minimalistes et contrepoints vocaux aériens : Cabaret Contemporain donne une lecture recherchée de Moondog.



Le trio de Manuel Hermia publie Austerity… And What About Rage? le 25 novembre sur le très créatif label belge Igloo. Manolo Cabras à la contrebasse et Joao Lobo à la batterie accompagnent Hermia. Le trio signe les onze morceaux du disque. Moderne et tendue, la musique d'Austerity s'acoquine avec le free…                                   




Toujours chez Igloo, et toujours le 26 novembre, le LG Jazz Collective propose son premier disque : New Feel. LG Jazz Collective est un septet qui s'est formé autour du guitariste Guillaume Vierset, avec Jean-Paul Estievenart à la trompette, Steven Delannoye au saxophone ténor, soprano et à la clarinette, Laurent Barbie au saxophone alto, Igor Gehenot au piano, Félix Zurstrassen à la contrebasse et Antoine Pierre à la batterie. Vierset a écrit la plupart des morceaux, mais le LG Jazz Collective joue aussi des compositions de Philip Catherine, Eric Legnini, Lionel Beuvens et Alain Pierre. New Feel soigne l'équilibre des timbres et les jeux entre les voix : le LG Jazz Collective sonne comme un grand orchestre. La musique est dense et vive…
                                  
Manuel Hermia et le LG Jazz Collective seront au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris pour présenter leurs disques, respectivement les 25 et 26 novembre prochains.

Pour terminer, deux ouvrages indispensables publiés par les incontournables éditions Parenthèses dans la collection Eupalinos. 




La réédition du West Coast Jazz d'Alain Tercinet, publié en 1986. Plus de trois cent pages consacrées à cette branche du jazz qui a émergé au début des années cinquante sur la côte ouest des Etats-Unis.
                                              


Dans La Nuée, l'anthropologue et expert ès-jazz Alexandre Pierrepont analyse de fond en comble l'Association for the Advancement of Creative Musicians. Ce collectif, né à Chicago au milieu des années soixante, n'a pas cessé de soutenir la musique d'avant-garde.           




12 novembre 2015

Anima – Arnault Cuisinier

Anima
Arnault Cuisinier
Jean-Charles Richard (ss), Guillaume de Chassy (p), Arnault Cuisinier (b) et Fabrice Moreau (d)
Mélisse – MEL666018
Sortie le 6 octobre 2015

En 2008, Arnault Cuisinier monte un quartet avec Jean-Charles Richard au saxophone soprano, Guillaume de Chassy au piano et Fabrice Moreau à la batterie. Il enregistre Fervent, pour Laborie, en 2010 et récidive en 2015, avec Anima, chez Mélisse.

Entre Benjamin Moussay (Mobile, Swimming Pool), de Chassy (Silences), Edward Perraud (Synaesthetic Trip), ses expériences latines (Alborada), les ensembles de musique vocale contemporaine… Cuisinier n’hésite pas à larguer les amarres pour explorer des territoires musicaux éclectiques s’il en est !

Concis et denses – en moyenne moins de cinq minutes – les onze morceaux sont signés Cuisinier. Par ailleurs, le contrebassiste a confié la production et la direction artistique d’Anima à Edouard Ferlet.  

Cuisinier écrit avant tout pour le quartet : unissons élégants (« Anima »), mouvements solennels (« Psaume »), thèmes mystérieux (« Credence »), envolées lyriques (« Persona »), tourneries enlevées (« Windows of Bliss »), développements contemporains (« Song Y »), passes à trois (« Archétypes »)… Moreau se montre tour à tour minimaliste (« Song Y »), foisonnant (« credence »), mélodieux (« Archétypes »), emphatique (« Psaume ») et balance toujours subtilement (« Beliefs »). De Chassy alterne accompagnements modernes (« Anima ») et passages quasi romantiques (« Persona »), parsemés de jeux rythmiques à base d’ostinatos (« Credence »), de riffs (« Beliefs »), de motifs sourds (« Non Sense ») ou, au contraire, de cliquetis aigus (« Song Y »). Avec sa sonorité nette et veloutée, le soprano de Richard renforce encore davantage l’élégance du quartet (« New Earth »). La douceur de ses phrases contraste avec la rythmique virulente (« Non Sense »), ses phrases aériennes survolent les fourmillements rythmiques (« Credence »)… Cuisinier navigue tantôt du côté de la mélodie, à l’unisson du piano (« Anima »), en solo (« Persona ») ou en contrepoints (« Song Y »), tantôt du côté de la section rythmique avec des lignes entraînantes (« Non Sense »), des pédales mates (« Le prophète ») et des traits profonds (« Archétypes »). L’archet se fait souvent énigmatique (« Credence »), mais aussi majestueux (« Psaume ») et lyrique (« Song Y »).

Spirituel, intime et d’une grande cohérence, Anima porte bien son titre. Si la musique du quartet est soignée et structurée, elle n’en reste pas moins d’une vitalité stimulante…


10 novembre 2015

Nachtfahrten – Michael Wollny

Nachtfahrten
Michael Wollny
Michael Wollny (p), Christian Weber (b) et Eric Schaefer (d)
ACT – 9592-2
Sortie le 16 octobre 2015

Si ses solos et ses duos avec les saxophonistes Marius Neset et Heinz Sauer, ou encore avec la claveciniste Tamar Halperin, sont plus impressionnants les uns que les autres, c’est en trio que Michael Wollny a le plus enregistré : en 2005 [em] voit le jour, Eva Kruse à la contrebasse et Eric Schaefer à la batterie. Actif jusqu’en 2012, [em] sort cinq disques chez Act, avant que Tim Lefebvre, puis Christian Weber remplacent Kruse, et que le trio devienne le Michael Wollny Trio. Nachtfahrten est leur troisième disque.

Nachtfahrten propose un répertoire éclectique : cinq compositions de Wollny, deux de Schaefer, deux improvisations collectives, « White Moon » de Chris Beier, professeur de Wollny à la Hochschule für Musik de Würzburg, la comptine « Au clair de la lune », la ballade « De desconfort, de martyre amoureus » de Guillaume de Machaut, « Questions In A World of Blue », signé du compositeur fétiche de David Lynch, Angelo Badalamenti, et tiré de la bande originale de la série Twin Peaks, et « Marion », thème de Bernard Herrmann, extrait de Psychose d’Alfred Hitchcock.

Regard sombre, mèches rebelles, chemise noire… la photo de Wollny qui illustre la pochette respire le romantisme. A l’instar de « Questions In A World Of Blue » qui entame Nachtfahrten, la plupart des morceaux sont solennels, avec un jeu intense aux mailloches (« Feu follet »), des lignes de basse profondes (« Ellen ») et un piano puissant et mélodieux (« White Moon »). Le trio évoque évidemment celui de Brad Mehldau («  Motette No 1 » et ses accents pop, les ostinatos de « Nocturne »), voire Keith Jarrett (« Au clair de la lune »). Wollny et ses compagnons ajoutent également des touches de musique contemporaine (« Nachtmahr », « De desconfort ») et quelques notes debussystes (« Der Wanderer »), le tout dans un cade rythmique net et précis (« Nachtfahrten »).

Wollny maitrise incontestablement son sujet : ses « voyages de nuit » – Nachtfahrten – sont un subtil mélange de sophistication et d‘émotion.

8 novembre 2015

Express Europa – Jean-Pierre Como

Express Europa
Jean-Pierre Como
Stefano di Battista (ss, as), Louis Winsberg (g), Jean-Pierre Como (p), Jérôme Regard (b) et Stéphane Huchard (d), avec Hugh Coltman (voc), Walter Ricci (voc), Jean-Marie Ecay (g), Xavier Tribolet (org) et André Ceccarelli (d).
L’âme sœur – CY2015/3
Sortie le 5 octobre 2015

En 1996, Jean-Pierre Como convie le saxophoniste Stefano di Battista, le guitariste Louis Winsberg, le contrebassiste Christophe Wallemme et le batteur Stéphane Huchard pour enregistrer Express Paris Roma. Vingt ans après, le pianiste rappelle ses compagnons, avec Jérôme Regard à la place de Wallemme, pour un nouveau disque : Express Europa.

Le quartet invite les chanteurs Walter Ricci et Hugh Coltman sur huit des onze titres. André Ceccarelli, Jean-Marie Ecay et Xavier Tribolet sont également de la partie sur quelques plages. Enfin, Pierre Bertrand a écrit les arrangements de quatre morceaux. En dehors de « Io che amo solo te », tube de 1962 du chanteur de variété Sergio Endrigo, « Silencio » et « Alba », signées Winsberg, toutes les compositions d’Express Europa sont de Como.

Une rythmique dense, soutenue par les cliquetis tendus d’Huchard (« Stars In Daylight – Part 2 ») et les lignes robustes de Regard (« Raccontami »), un accompagnent lyrique, appuyé par les talents mélodiques de Winsberg (« Alba ») et Como (« Moi Canto »), et des solos virevoltants, portés par l’aisance de di Battista (« Mandela Forever ») : Express Europa repose sur des fondations solides ! Dans les huit chansons, le quartet se met à la disposition des deux chanteurs, qui s’inscrivent dans la lignée des crooners à la Franck Sinatra : timbre medium, sonorité ténue, diction claire et mise en place prudente. Les trois instrumentaux sortent du lot : après un démarrage qui évoque « So What », « Mandela Forever » s’envole dans un style hard-bop musclé avec le thème à l’unisson et des développements énergiques, « Silencio » installe un climat aérien avec des couleurs arabo-andalouses pleines de caractère et « Alba » part sur un mode mystérieux, avant de rejoindre l’Amérique du sud sur des rythmes entraînants.

Express Europa se partage entre chansons de Music-Hall et instrumentaux mainstream, mis en notes par des musiciens irréprochables.


7 novembre 2015

Mechanics – Sylvain Rifflet


Mechanics
Sylvain Rifflet
Sylvain Rifflet(sax, cl, elec), Jocelyn Mienniel (fl, sanza), Philippe Gordiani (g), Benjamin Flament (d, perc).
Jazz Village – JV957009
Sortie en septembre 2015

Depuis qu’il est sorti du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, Sylain Rifflet accumule les collaborations avec, notamment, Alban Darche, puis, à partir de 2007, il développe ses propres projets, en commençant par Rockingchair, groupe formé avec Airelle Besson. Viennent ensuite des musiques de film (Dernier Maquis de Rabah Ameur-Zaïméche), divers projets pédagogiques et, en 2011, Alphabet, un quartet avec Jocelyn Mienniel à la flûte, Philippe Gordiani à la guitare et Benjamin Flament aux percussions. Le quartet sort un premier disque éponyme en 2012, suivi de Mechanics, en septembre 2015.

Sept des douze moreaux sont des inédits de Rifflet. Quant à « Electronic Fire Gun », il est renommé « Enough Fucking Guitar » pour l’occasion. Le quartet reprend également « 2 West 46th Street » et « Elf Dance » de Moondog, « Tout dit » de Camille et joue une « Improvisation # 1 » collective pour conclure Mechanics. Le titre de l’album, les compositions de Moondog, l’hommage à Philip Glass dans « Glassicism », voire même le minimalisme de Camille… sont autant de références à la musique répétitive. Avoir choisi d’illustrer la pochette du disque avec un dessin extrait du Guide des Cités est également révélateur des intentions musicales de Rifflet : Les Cités obscures, la bande dessinée en treize volumes de François Schuiten et Benoît Peeters, décrit un monde parallèle dans lequel l’architecture joue un rôle clé…

Paradoxe de Mechanics : sans clavier, ni contrebasse, le quartet n’a pas choisi une configuration particulièrement structurante. Et pourtant, la musique de Rifflet, Mienniel, Gordiani et Flament est rudement organisée ! Elle repose sur le jeu collectif (« 2 West 46th Street »), des morceaux construits autour de contrepoints (« Mechanics »), d’ostinatos (« Glassicism ») et de boucles (« Origamis »), une approche rythmique rigoureuse (« Enough Fucking Guitar ») et des motifs mélodiques tracés au cordeau (« Fantoms »). Mechanics joue également avec les textures sonores : assemblage de timbres variés (sanza, boîte à musique, percussions diverses…), travail sur le mixage (réverbérations, nappes synthétiques…), malaxage du son (souffle, growl…),  effets expressif (staccatos, tourneries folk, passages bruitistes…)… Au milieu de ces constructions futuristes, Mienniel (« From C ») et Rifflet (« Origamis ») laissent leur lyrisme errer sans contrainte, au grès de leurs envies.

Musique urbaine, s’il en est, la musique de Rifflet et de ses compagnons évoque, bien sûr, la bande dessinée (Les Cités obscures, Moebius), mais aussi le cinéma (Metropolis, Les temps modernes, Playtime…), voire Maurits Cornelis Escher, pour les clins d’yeux et autres vrais-faux semblants. Mechanics met à sauce, avec maestria, des ingrédients cueillis dans la musique répétitive et le jazz, et le menu justifie le voyage…

A la découverte de… Olivier Bogé

Saxophone, claviers, voix… Olivier Bogé utilise ses talents de multi-instrumentiste pour forger un univers musical qui exprime au mieux ses émotions… A découvrir, si ce n’est pas déjà fait !


La musique

J’ai commencé le piano classique au conservatoire. Après avoir glané une médaille d’or de solfège, j’ai eu mon diplôme de fin d’étude au piano, mais je me suis arrêté deux mois avant de passer mon prix, à cause du décès brutal de mon maitre de piano.

Quand j’avais dix-sept ans, mon père m’a proposé d’écouter autre chose que les trucs horribles que j’écoutais alors. Il m’a mis entre les mains People Time, le duo de Stan Getz et Kenny Barron. Ce fût le coup de foudre !

A dix-huit ans, après avoir découvert Getz et Art Pepper, je me suis mis au saxophone. Mais c’est aussi mon désir de trouver un instrument qui soit une extension de la voix, qui m’a poussé vers le saxophone.

Arrivé à Paris en 2002, j’ai fait pas mal de concerts en sideman  avec les groupes de Flavio Boltro, Franck Amsallem, Sébastien Jarousse, André Ceccarelli, Tigran Hamasyan… Ensuite, j’ai décidé de me concentrer sur mon groupe, ainsi que celui du bassiste Nicolas Moreaux.


Les influences

J’ai été influencé par beaucoup trop de musicien pour pouvoir tous les citer... Pêle-mêle : Wayne Shorter, Maurice Ravel, Led Zeppelin, Sufjan Stevens, John Coltrane, Joni Mitchell…Et, sans aucun doute, mon frère de cœur Tigran….



Quatre clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Je n’en sais rien. C’est un éternel débat. A chaque époque, la définition de ce mot évolue, se transforme… Il est très difficile de répondre à cette question ! Tout ce que je peux dire, c’est qu’il est important de bien connaitre la tradition de cette musique, l’avoir étudié en profondeur, l’aimer et l’écouter intensément, avant de vouloir faire quelque chose de personnel…

Pourquoi la passion du jazz ? La première chose qui me vient à l’esprit : c’est une musique passionnante parce qu’elle combine à la fois la richesse et la complexité de la musique dite savante – la musique classique – et l’aspect plus « immédiat » des musiques dites populaires. On pourrait dire que c’est un condensé unique de ces deux aspects. Mais il y a un tas d’autres raisons.

Où écouter du jazz ? N’importe où quand tu en as envie !  [Rires]

Comment découvrir le jazz ? Je n’ai pas de conseil à donner, mais je sais c’est que, pour moi, la découverte de Getz et Sarah Vaughan, puis Charlie Parker, Coltrane et tous les autres, fût une révélation. Mais chaque chemin est personnel.


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un chat
Si j’étais une fleur, je serais une fleur de lotus
Si j’étais un fruit, je serais un melon
Si j’étais une boisson, je serais… Joker !... Pas la marque, juste un joker pour cette question…
Si j’étais une lettre, je serais la plus rarement employée : le Z
Si j’étais un mot, je serais émerveillement
Si j’étais un chiffre, je serais 7, chiffre hautement symbolique…
Si j’étais une couleur, je serais blanc, car elle contient en elle toutes les couleurs !
Si j’étais une note, je serais fa double bémol [Rires]


Les bonheurs et regrets musicaux

Même si je n’aime pas le terme de réussite musicale, je dirais sans hésitation que mon dernier disque en date, Expanded Places, est un vrai bonheur ! Quant aux regrets, je n’en ai aucun. Je suis heureux et reconnaissant de ce que j’ai eu la chance de vivre jusqu’à présent… et il me reste un tas d’autres rêves à réaliser encore ! Tout reste ouvert.




Sur l’île déserte…

Quels disques ? Cela change tout le temps ! En fonction des moments de la journée, des humeurs, des envies… Disons, en ce moment, Carrie & Lowell de Stevens, les œuvres pour piano de Ravel par Samson François, The Times They Are A Changin’ de Bob Dylan, un Led Zep, un live de Coltrane, Vaughan et Shorter... Mais aussi plein de musique vocale... Et encore… Oui, il me faudrait une grosse valise !

Quels livres ?  Un des livres d’Hermann Hesse, probablement Le Loup des steppes ou Demian.

Quels films ? Le miroir d’Andrei Tarkovski.

Quelles peintures ? William Turner.

Quels loisirs ? La planche à voile… Bien sûr ! [Rires]


Les projets

Aujourd’hui, mon projet principal est de faire vivre la musique d’Expanded Places sur scène. Pour demain, je suis en train d’écrire la musique de mon prochain rêve, principalement autour de la guitare, mais pas que... Depuis six mois, je consacre une bonne partie de mon temps à ce rêve...


Trois vœux…

11.    Devenir un meilleur Être humain.

22.    Me rapprocher au plus près de ce que je veux exprimer musicalement.

33.    Être entouré d’amour et continuer à en donner autant…