27 décembre 2014

Body and Soul

A deux pas de l’autoproclamée « plus belle avenue du monde », un lieu résiste au m’as-tu-vu environnant. Véritable centre culturel cinématographique, Le Balzac est un cinéma d’art et d’essai indépendant créé en 1935. Outre une programmation de films contemporains triés sur le volet, Jean-Jacques Schpoliansky propose également des manifestations originales, comme la Pochette Surprise du dimanche matin, L’Enfance de l’art pour le jeune public, les cinés-concerts… mais aussi des ballets, opéras, concerts et opérettes.

Le 8 décembre, dans sa grande salle ronde au style plus ou moins art déco, Le Balzac
projette Body and Soul du réalisateur afro-américain Oscar Micheaux, accompagné du Caratini Jazz Ensemble. Ce ciné-concert est l’occasion de lancer le disque éponyme, enregistré en 2013 au Paris Floral de Paris et sorti en octobre 2014. C’est Sébastian Danchin – spécialiste du blues et directeur artistique du Paris Jazz Festival, entre autres – qui a proposé à PatriceCaratini – cinéphile averti et chef d’orchestre émérite, entre autres – de composer une bande musicale pour Body and Soul.

Voilà près de dix-sept ans que Caratini a formé le Jazz Ensemble, après avoir animé le Onztet pendant près de vingt ans. L’orchestre a d’abord exploré la musique de Louis Armstrong (Darling Nellie Gray en 2001), puis les chansons de Cole Porter (Anything Goes, en 2002, avec Sara Lazarus),  avant de parcourir son propre répertoire (From The Ground en 2005) et bifurquer vers la chanson française (De l’amour et du réel en 2008, avec Hildegarde Wanzlawe) et les caraïbes (Latinidades en 2009 et,  avec le trio du pianiste Alain Jean-Marie, Chofé Biguine la en 2011). Avec ses dix-sept musiciens, la plupart compagnons au long court, Caratini s’attaque au ciné-concert. Aux dix-huit morceaux composés par Caratini, s’ajoute l’incontournable « Body and Soul ». Ce thème, le plus joué de tous les standards de jazz, a été mis en parole par Edward Heyman, Robert Sour et Frank Eyton pour la chanteuse et actrice anglaise Gertrude Lawrence et introduit la même année aux Etats-Unis par la sulfureuse Libby Holman dans sa revue Three’s A Crowd.

Pourtant, contrairement à la croyance, Body and Soul est un film avant d’être un standard.
En 1925, soit cinq ans avant le thème de Johnny Green, Micheaux sort un long métrage muet d’une heure quarante-deux minutes, avec les premiers rôles (il joue deux personnages) d’une future icône du cinéma américain, Paul Robeson. L’intrigue est simple et efficace : un prisonnier alcoolique et violent se déguise en prédicateur et trompe tout un village pour s’enrichir, boire, ruiner ses ouailles, déchirer les familles et violer une fille. Le réalisme cru et la brutalité de Body and Soul lui ont valu de nombreuses censures et coupes. Une vue plongée sur les pieds de Jenkins quand il entre et sort de la salle de bain lors du viol d’Isabelle, un panoramique sur les gratte-ciels d’Atlanta, des séquences qui s’entrecoupent comme des contrepoints… : le montage et les images de Micheaux sont impressionnants ! Quant à Robeson, ce colosse élégant, il joue avec une justesse rare et sa présence phénoménale – le sermon est une scène d’anthologie – porte Body and Soul de la première à la dernière image. Body and Soul rappelle un peu La nuit du chasseur de Charles Laughton (1955), avec Robert Mitchum, et tiré du roman de Davis Grubb (1953).

A partir de petits motifs courts, Caratini tisse des ambiances qui se fondent dans le film : un décor jungle que Duke Ellington n’aurait pas renié, un environnement swing qui aurait plu à Count Basie, en passant par des esquisses de blues, boléros, chachachas, ballades, funk, tangos… Les développements mélodiques élégants des solistes se détachent sur des chœurs feutrés et des poly-rythmes complexes. A ces parties de concertos pour trompette, saxophone, guitare… ou de duos concertants entre le tuba et la clarinette, le piano et le cornet… succèdent des concertos grosso, dans lesquels des croisements de voix, des effets expressifs, des dialogues exubérants… tournent rapidement à la fanfare free ! Les morceaux rebondissent d’une atmosphère à l’autre au grès des images. La musique est en telle symbiose avec Body And Soul que notes et plans finissent par ne faire plus qu’un… D’où l’intérêt du disque ! Son écoute confirme la richesse de l’écriture de Caratini et la vitalité de son Jazz Ensemble, qui réunit des musiciens de tous horizons et mêle avec bonheur modernité et tradition. Les vingt illustrations sonores s’étalent sur cinquante-trois minutes, soit autour de deux minutes trente par morceaux. Autant de tableaux denses et concis qui, s’ils peuvent laisser sur leur faim certains auditeurs qui auraient aimé des développements plus fournis dans le disque, ont néanmoins le mérite d’aller droit au but, sans baratin.


Un film remarquable et une bande-son formidable : Body and Soul se regarde et s’écoute sans modération… Plongez-y corps et âmes !

Le disque

Body & Soul
Caratini Jazz Ensemble
André Villéger et Matthieu Donarier (sax, cl), Rémi Sciuto (bs, as), Clément Caratini (cl), Claude Egea et Pierre Drevet (tp), François Bonhomme (cor), Denis Leloup (tb), François Thuillier et Bastien Stil (tu), David Chevallier (g, bj), Alain Jean-Marie (p), Patrice Caratini (b), Thomas Grimmonprez (d), Sebastian Quezada, Abraham Mansfarroll et Inor Sotolongo (perc).
Caramusic – PC130728
Sortie en octobre 2014

Liste des morceaux

01.  « Isabelle » (2:29).
02.  « The Deliverer » (2:07).
03.  « Social Club » (1:31).
04.  « On Sunday » (1:21).
05.  « It’s Late » (1:20).
06.  « A Joke » (1:49).
07.  « Holy Blues » (3:03).
08.  « Confusion » (2:21).
09.  « Wilful Girl » (2:02).
10.  « The Offering » (4:27).
11.  « Few Dollars » (3:08).
12.  « My Money! » (1:44).
13.  « Ballade » (2:10).
14.  « If It Ain’t Reverend! » (2:07).
15.  « Body And Soul », Green (2:03).
16.  « Atlanta » (4:19).
17.  « Storm » (1:41).
18.  « Dry Bones In The Valley » (6:32).
19.  « After The Night » (4:22).
20.  « Body And Soul » (2:36).

Tous les morceaux sont signés Caratini sauf indication contraire.



20 décembre 2014

MO’drums au Marcounet

Située le long du quai de l’Hôtel de Ville, entre le Pont Louis Philippe et le Pont Marie, une péniche construite en 1925, Le Marcounet, propose des concerts, café-théâtre, bals et autres spectacles visuels. Avec ses trente-huit mètres de long et ses cinq mètres de large, cette Freycinet peut accueillir une petite centaine de spectateurs. L’accueil d’Arnaud Séité et de son équipe est souriant et chaleureux.


C’est ce lieu que MO’drums a choisi pour le lancement de Triplet Feel. MO’drums, c’est un trio à géométrie variable créé par le batteur Siegfried Mandon en 2001. Après un album éponyme enregistré avec le saxophoniste ténor Barend Middelhoff et le contrebassiste Rémi Vignolo, Mandon sort Rock’n Heavy Hits, reprises de tubes hard rock et pop, en compagnie du pianiste Patrick Cabon et du contrebassiste Gildas Boclé. Après un saxophone ou un piano, et une contrebasse, MO’drums change radicalement de formule, en faisant appel au vibraphone de David Patrois et à l’orgue de Guillaume Naud. Le guitariste Simon Martineau se joint au trio pour un titre.

Le trio reprend cinq morceaux de Triplet Feel et démarre sur « The Moontrane » de Woody Shaw, tiré du disque éponyme sorti chez 32 Jazz en 1974. Le ton est donné : walking énergique, chabada enlevé et lignes dynamiques. L’hommage de Patrois à Bobby Hutcherson, l’un des maîtres du
vibraphone avec Lionel Hampton et Milt Jackson, confirme l’ancrage de MO’drums dans le hard-bop. Autre clin d’œil au vibraphone, « Midnight Sun », composée par Hampton et Sonny Burke en 1947, et mise en parole par Johnny Mercer en 1954, se déroule dans une ambiance mystérieuse et aérienne. Le trio poursuit avec le thème du dessin animé Gargoyles (1994 - 1997), partagé entre les roulements de Mandon et un dialogue touffu entre Patrois et Naud. Ce premier set s’achève sur « Sad Refrain », signé Martineau. Là encore, l’esprit Blue Note plane sur le quartet : une musique vive, tendue, qui pulse. L’aisance technique, la mise en place rythmique et la sonorité nette et métallique de Martineau illuminent le morceau.

Outre les cinq morceaux du concert, Triplet Feel compte deux courtes improvisations collectives (« Coda 1 » et « Coda 2 »), un solo de batterie hommage à Elvin Jones (« Gimme Five, Mr Jones »), « Edda » de Wayne Shorter (The Rumproller Lee Morgan – 1965), « Two Bass Hits » de John Lewis et Dizzy Gillespie (MilestonesMiles Davis – 1958) et  « The Last Blues » de John Coltrane (Living Space – 1965).

Walking haletantes (« Tribute To Bobby Hutcherson »), chabada et pêches frémissantes (« Two Bass Hits »), lignes impétueuses (« Gargoyles »), Triplet Feel est à l’image du concert : MO’drums ne révolutionne pas le jazz, mais déploie une énergie et un swing contagieux !

Le disque

Triplet Feel
MO’drums
Guillaume Naud (org), David Patrois (vib) et Siegfried Mandon (d), avec Simon Martineau (g)
Autoproduction
Sortie en novembre 2014

Liste des morceaux

01.   « Edda », Shorter (6:50).
02.   « Tribute To Bobby Hutcherson », Patrois (5:55).
03.   « Sad Refrain », Martineau (6:19).
04.   « Coda I », Mandon, Naud & Patrois (1:22).
05.   « The Moontrane », Shaw (5:18).
06.   « The Midnight Sun », Hampton, Burke & Mercer (5:18).
07.   « Two Bass Hits », Lewis (4:35).
08.   « Gimme Five, Mr Jones », Mandon (2:09).
09.   « Gargoyles », Rosnes & Weitskof (5:41).
10.   « The Last Blues », Coltrane (4:02).
11.   « Coda 2 », Mandon, Naud & Patrois (2:10).

14 décembre 2014

Jeff Herr Corporation en couleur…

Le 18 novembre, dans le cadre du festival Jazzycolors, Jeff Herr Corporation se produit aux Archives Nationales, 60, rue des Francs Bourgeois, dans le troisième arrondissement de Paris. C’est également l’occasion pour le trio de présenter son nouvel opus, Layer Cake, sorti en novembre chez l’insatiable label bruxellois Igloo Records.

Le concert se déroule aux Archives Nationales, dans l’hôtel de Clisson. Que le jazz investisse un monument aussi emblématique qu’historique mérite bien quelques mots sur ledit lieu ! Construit au XIVe par un connétable de Charles VI, Olivier de Clisson, l’hôtel particulier deviendra celui du duc de Guise en 1553, tristement célèbre pour avoir fomenté le massacre de la Saint Barthélémy. Au XVIIe, Mademoiselle de Guise met l’hôtel dans le sens de l’art : Corneille, Tristan L’Hermite, Louis Armstrong… heu ! Pardon… Marc-Antoine Charpentier sont des habitués. En 1700, les de Rohan rachètent l’hôtel, qui devient le célèbre hôtel de Soubise, contigu à l’hôtel de Rohan. Hercule Mériadec a beau s’y reprendre à douze fois, la Révolution s’empare du bâtiment et, en 1808, l’affecte aux Archives de l’Empire, tandis que l’hôtel de Rohan se voit confier l’Imprimerie nationale, jusqu’en 1927. Depuis, à part héberger une partie des archives nationales, l’hôtel est devenu l’un des plus beaux lieux pour le jazz que connaisse Paris.

Haut plafond, moulures tarabiscotées, portes impressionnantes, lustres monumentaux, miroirs intimidants, parquet distingué… la salle du concert en impose et son acoustique semble favoriser les basses Le seul bémol, c’est qu’en l’absence de scène, mieux vaut arriver tôt pour pouvoir écouter et voir en même temps. La salle est comble et, comme souvent, le public de Jazzycolors est plutôt jeune, cosmopolite et, s’il n’est pas forcément habitué au jazz, il découvre avec curiosité et bienveillance cette musique.


La musique de Jeff Herr Corporation constitue d’ailleurs une entrée en matière parfaite pour le non initié : le trio saxophone – contrebasse – batterie, si cher à Sonny Rollins, est une formule qui permet de naviguer en toute sécurité entre tradition et modernité. Créé il y a plus de dix ans par le batteur Jeff Herr, le trio est constitué du saxophoniste Maxime Bender et du contrebassiste Laurent Payfert.

Le répertoire du concert reprend cinq morceaux de Layer Cake : « Danse sucrée » signé Payfert, « And So It Is », « Layer Cake » et « Journey To The Bliss » d’Herr et « The Man Who Sold The World », un hit de David Bowie (dans l’album éponyme de 1970).

Le trio est soudé autour d’une rythmique dense : la batterie d’Herr est luxuriante, la contrebasse de Payfert imposante et le saxophone ténor de Bender captivant. Succession de phrases courtes, pimentées de dissonances (« Danse sucrée »), lignes sinueuses élégantes (« Journey To The Bliss »), jeu aérien (« And So It Is »)… Bender se montre aussi habile au saxophone ténor qu’au saxophone soprano (« The Man Who Sold The World »). Sa sonorité ample et velouté, sa mise en place précise et son phrasé moderne évoquent parfois Joshua Redman. Particulièrement profonde, la contrebasse de Payfert passe d’un rif entraînant (« And So It Is ») à des passages vifs en walking (« Danse sucrée »), sans oublier quelques motifs minimalistes qui grondent (« Danse sucrée ») ou une ligne dansante, inspirée par Nirvana (« The Man Who Sold The World »). Payfert prend également des solos particulièrement mélodieux, comme l’introduction a capella de « Journey To A Bliss », dans laquelle il parcourt le registre de la contrebasse de bas en haut et s’appuie sur un jeu en double corde, des glissandos, des vibratos… Herr possède un drumming touffu, énergique et varié : « Layer Cake » débute par un solo sur les peaux frappées directement par les mains et se termine par un chorus dans lequel les rim shots rivalisent avec les roulements ; le démarrage de « Danse sucrée » est particulièrement majestueux, avec les mailloches sur les toms, ponctuées de splash retentissants sur les cymbales ; les balais délicats accompagnent avec élégance la balade « Journey To The Bliss » ; « The Man Who Sold The World » est porté par des motifs heurtés plein de groove…

Sans doute plus habitué à la musique baroque, l’hôtel de Soubise ouvre ses salons au jazz dans une ambiance surchauffée par un concert dynamique !

La musique du concert est évidemment proche du disque, mais, dans les solos, les musiciens donnent du champ à leur inspiration et les développements ont davantage de rebondissements. D’ailleurs les morceaux sont nettement plus longs que dans l’album, à l’instar de « Danse sucrée », qui dure le double du temps. En revanche Layer Cake propose deux morceaux supplémentaires – « The Funky Monkey » et « A-Rabi Dub » composés par Herr –, un intermède également signé Herr et quatre courtes pièces écrites en commun par le trio.

Les points communs avec la musique de Redman transparaissent plus clairement sur le disque qu’en concert, pour les interactions sophistiquées, les dissonances mélodieuses, la complexité rythmique et la sonorité soignée du trio (« The Funky Monkey »). « And So It Is » montre que Rollins n’est pas loin non plus… Les intermèdes permettent à Bender, Payfert et Herr de jouer sur des effets sonores expressifs et explicites : souffle et bruissements pour le « Wind » ; fragilité, frottements léger et archet vibrant pour « Le regret » ; roulements clairs et rapides, grondements et foisonnement pour l’« Euphoria » ; mélopée à l’archet et mélodie triste pour la « Melancholia » ; cliquetis, jeux de bouche et bourdonnements pour la « Rain »… « A-Rabi Dub » laisse la part belle aux rythmes ensorcelants du Moyen-Orient pendant que le saxophone soprano joue un chant aérien aux accents orientaux. Comme en concert, la musique de Layer Cake est moderne, tendue et bigarrée.

Les musiciens

A onze ans, Herr commence ses études musicales au Conservatoire de Luxembourg. Il en sort avec des premiers prix en solfège et en percussions. En 2001, il étudie au Conservatoire de Maastricht et, en parallèle passe le professorat de musique. Dès 2001, Herr accompagne les groupes de Pascal Schumacher, Greg Lamy, Jef Neve... En 2003, il crée la Jeff Herr Corporation avec des musiciens rencontrés lors de ses études à Maastricht et sort Modern Times en 2004, suivi de Conspiracy, en 2007.

Bender sort de la Musikhochschule Köln, mais il poursuit son apprentissage au Conservatoire Royal de Bruxelles, puis au Conservatoire National de Région de Strasbourg, avant de finir au Conservatoire de Luxembourg. Saxophoniste, flûtiste, pianiste… Bender a aussi bien joué en compagnie de DeeDee Bridgewater que Donny McCaslin, David Binney, Nigel Kennedy

Payfert commence par la trompette au Conservatoire de musique de Metz. A l’adolescence il s’oriente vers la basse électrique, puis, quelques années plus tard, il opte pour la contrebasse. A la fin des années quatre-vingt il étudie à l’Ecole Municipale de Musique de Jarny. Diplôme d’Etudes Musicales du Conservatoire National de Région de Metz en poche, Payfert accompagne des musiciens aussi variés que Noël Akchoté, Steve Lacy, Michel Pilz, Jean-Marc Folz, Peter Kowald

Le disque

Layer Cake
Jeff Herr Corporation
Maxime Bender (ts, ss), Laurent Payfert (b) et Jeff Herr (d).
Igloo Records – IGL259
Sortie en octobre 2014

Liste des morceaux

01.  « The Funky Monkey » (5:30).
02.  « A-Rabi Dub » (5:46).
03.  « Wind », Bender, Payfert & Herr (1:36).
04.  « Danse sucrée », Payfert (7:01).
05.  « Le regret » (1:57).
06. « The Man Who Sold the World », Bowie (7:17).
07. « Euphoria », Bender, Payfert & Herr (1:05).
08. « And So It Is » (5:00).
09. « Melancholy », Bender, Payfert & Herr (0:51).
10. « Journey to the Bliss » (5:21).
11. « Rain », Bender, Payfert & Herr (2:04).
12. « Layer Cake » (7:01).

Toutes les compositions sont signées Herr, sauf indication contraire.

6 décembre 2014

Soirée sympa au Duc des Lombards

19:30, 
Un club à l’angle de Sébastopol et des Lombards, 
Invité par un Musicien, pour rendre compte de quelques notes,
Le p’tit amateur, qui écrit ici et là, savoure d’avance sa soirée. 
Mais voilà, c’est le Duc des Lombards :
- Vous êtes invité ?
- Oui.
- Ah !
Direction le fond du club. 
- Euh ! Des places aveugles : peut-être pas les meilleures pour vivre un concert et prendre des photos ?
- De toute manière vous n’avez pas le droit de prendre de photos. Si écouter le concert ne vous suffit pas, installez-vous sur l’escalier…
L’escalier, c’est toujours mieux que les chiottes. 
Allons voir.
Malheureusement, sur le passage il y a le bar : ses bouteilles, ses gobelets, ses shakers, ses verres… Irrésistible !
Et les tabourets offrent un point de vue unique sur la scène.
Un choix rapide et facile.
Mais voilà, c’est le Duc des Lombards :
- Vous n’avez pas payé 38 € ?
- Non, je suis invité.
- Ah ! Bon, suivez-moi…
Retour au fond.
19:45, 
Un club à l’angle de Sébastopol et des Lombards, 
Invité et viré,
Le p’tit amateur, qui écrit ici et là, regrette de n’avoir pu écouter les quelques notes du Musicien,
Peut-être aussi d’avoir perdu son temps,
Mais il a au moins compris que le Duc des Lombards rime avec ce qu’il peut… même si c’est pauvre…

Lune de soie sur l’Ermitage…

Décidément, le Studio l’Ermitage sourit à Renaud García-Fons : pour le solo Beyond The Double Bass, le 13 novembre 2013, la salle était comble, et, pour le duo Silk Moon, un peu moins d’un an plus tard, le 11 novembre 2014, le club affiche également complet !


Cette fois, le contrebassiste joue en duo avec Derya Türkan, virtuose du kemence (« vièle à trois cordes originaire d’Asie centrale »). Le concert reprend onze des quatorze morceaux du disque Silk Moon, paru chez e-motive en novembre 2014.

Comme sur l’album, c’est avec le morceau éponyme que les musiciens entament leur duo. Dès « Silk Moon », García-Fons et de Türkan exposent les caractéristiques de leur musique : chants élégants parfumés de touches moyen-orientales, dialogues subtils de pizzicatos et d’archet, contrepoints baroques, unissons mélancoliques et rythmes

entraînants. Avec son petit instrument à trois cordes, Türkan joue des mélodies et tire des sons pour le moins inattendus ! Le timbre à la fois perçant, fragile et frissonnant du kemence donne un côté solennel aux mélopées (« Beautiful House In Bad Homburg »). Quand il monte dans les aigus et qu’il s’appuie sur l’électrification de son instrument, Türkan plante un décor quasiment électro (« A Girl From Istanbul »). Dans « Bosphorus Nostalgia », il renforce la majesté du thème en psalmodiant la mélodie. García-Fons reste dans le registre tout à fait personnel que nous lui connaissons : la contrebasse à cinq cordes se fait violoncelle (« A Girl From Istanbul »), les développements fusent, virtuoses et mélodieux (« Bosphorus Nostalgia »), les chorus partent dans des contre-chants qui évoquent Johann Sebastian Bach (« Lamentos ») et les pizzicatos virevoltent (« Camino de la sed », hommage à Paco de Lucía). A l’aide de ses pédales, le contrebassiste joue toute une palette d’effets rythmiques qui viennent soutenir les solistes : ostinatos lancinants (« Kaman tché »), tourneries sourdes (« Prayer Song »), boucles entraînantes (« A Girl From Istanbul »)…

Les deux rappels et les applaudissements nourris reflètent l’enthousiasme d’un public, bien conscient que la musique de Türkan et García-Fons est d’une originalité rare.

Le disque et le concert sont très proches avec, évidemment, des effets plus palpables en live, et des rugosités qui n’existent pas sur l’enregistrement. D’autant moins que la prise de son de Silk Moon, toute en ampleur et clarté, est particulièrement léchée (à l’instar de la pochette du disque). Sur les quatorze compositions, García-Fons en signe la moitié, Türkan quatre et trois morceaux sont co-signés. La présence du théorbe de ClaireAntonini sur « Bosphorus Nostalgia » renforce encore le côté moyen-oriental baroque de la musique du duo.

Avec ses mélodies mélancoliques et ses rythmes enjoués, ses arômes méditerranéens et ses fragrances baroques, Silk Moon est un disque à part, de musique improvisée… du monde.

Le disque

Silk Moon
Renaud García-Fons & Derya Türkan
E-motive Records – EMO141
Sortie le 10 Novembre 2014

Liste des morceaux

01. « Silk Moon », García-Fons (3:38).
02. « A Girl From Istanbul », Türkan (5:00).
03. « Istanbul’da bir Ispanyol », García-Fons (4:58).
04. « Kaman Tché », García-Fons (4:16).
05. « Bahar Zamani », Türkan (2:57).
06. « Prayer Song », García-Fons (5:10).
07. « Konstantinoupoli Reflections », García-Fons (3:35).
08. « Dokuz Sekiz », García-Fons (2:26).
09. « Camino de Sed », García-Fons & Türkan (3:30).
10. « Bosphorus Nostalgia », García-Fons (3:04).
11. « Nishapur », García-Fons & Türkan (2:18).
12. « Beautiful House in Bad Homburg », Türkan (4:17).
13. « Lamentos », Türkan (7:10).
14. « Taksim Clouds », García-Fons & Türkan (3:57).

3 décembre 2014

A la découverte de… Alexis Avakian

Sorti du Conservatoire de Marseille, le saxophoniste Alexis Avakian s’installe à Paris en 2006, où il joue, entre autres, avec Franck Amsallem, Rémi Vignolo, Jean-Loup Longnon… La sortie d’un premier disque sous son nom, Digging Chami, en septembre 2014, est l’occasion de découvrir ce musicien...

La musique

A dix ans, j’ai commencé par apprendre à jouer du piano : pendant quatre ou cinq ans j’ai pris des cours avec un ami de la famille, jeune étudiant au conservatoire. Lorsqu’il a arrêté de donner des cours, je n’ai pas voulu continuer. Ensuite, j’ai eu envie de jouer de la guitare, mais plutôt du rock. Pendant quelques années, j’ai eu un professeur qui m’a vraiment passionné et motivé. Je pratiquais vraiment beaucoup et progressais assez vite. Puis ce professeur m’a présenté à l’un de ses amis, saxophoniste. J’ai essayé l’instrument et l’ai tout de suite adoré ! J’aimais particulièrement le fait de souffler avec le ventre... Le jazz, je l’ai découvert à l’adolescence, grâce à des amis… Précisons que ma mère est musicienne : elle joue du kanone, sorte de harpe que l’on pose sur les genoux, et interprète de la musique traditionnelle arménienne.

Après quelques années de saxophone, je suis rentré au Conservatoire de Marseille, dans la classe de jazz du tromboniste Philippe Renault. J’ai suivi le cursus en deux ans et en suis sorti avec un premier prix.

Les influences

Depuis que j’ai treize ans, j’adore Paco de Lucia ! Sinon, pêle-mêle, je citerais : Kenny Garrett, John Coltrane, Sonny Rollins, Igor Stravinsky, Chico Buarque, Thelonious Monk, Miles Davis, Roy Haynes, Jerry Bergonzi, Joe Lovano, Michael Brecker, Mark Turner, Walter Smith III, Ben Wendel, James Brown, Stan Getz, Dexter Gordon, Lester Young, Charlie Parker, Astor Piazzolla


Alexis Avakian (c) Jérôme Micheletti
Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? La musique des afro-américains, le blues, symbole de la liberté d’expression du peuple noir aux Etats-Unis, dès le début du XXe siècle, avec des personnalités hors du commun…

Pourquoi la passion du jazz ? C'est une musique tellement variée !

Où écouter du jazz ? En repeignant ton appartement…
Comment découvrir le jazz ? Ecouter Billie Holliday.

Une anecdote autour du jazz ? Quand Jean Longnon à gueulé « MERDE », lors d’un bœuf à Calvi, avec des musiciens free : Médéric Collignon, Laurent Dehors




Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un aigle,
Si j’étais une fleur, je serais un lilas,
Si j’étais un fruit, je serais un pamplemousse,
Si j’étais une boisson, je serais un café,
Si j’étais un plat, je serais une pizza,
Si j’étais une lettre, je serais A,
Si j’étais un mot, je serais carrément,
Si j’étais un chiffre, je serais 5,
Si j’étais une couleur, je serais vert,
Si j’étais une note, je serais .

Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis heureux de Digging Chami et regrette de ne pas avoir vu Elvin Jones en concert…


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Crecent de Coltrane fera l’affaire.

Quels livres ?  Le Château de Franz Kafka.

Quels films ? Cinema Paraiso

Quelles peintures ? Egon Schiele.

Quels loisirs ? Le Ju-jitsu, le VTT, la course à pied et, peut-être, le saxophone….

Les projets

Enregistrer encore ! J’ai pas mal d’autres morceaux… Mais aussi jouer en concerts, pour faire évoluer la musique de Digging Chami. Et pourquoi pas un hommage à Coltrane avec un orchestre arménien ?...

Trois vœux…

1.    J’aimerais continuer à jouer longtemps et progresser encore…
2.    Que la situation du monde s’améliore : plus de guerres, plus de pauvreté et du respect pour l’environnement.
3.    Le bonheur des gens que j’aime.