9 décembre 2017

Les soleils et l’Igloo…

L’actualité française du label belge Igloo Records est touffue : Be.Jazz, Jazzycolors et, maintenant, le Sunside et le Sunset… Le 23 novembre 2017, Rémi Planchenault et son équipe programment un double concert, l’occasion de célébrer des sorties de disques : le quartet d’Igor Gehenot propose Delta au Sunside, suivi du trio de Jean-Paul Estiévenart qui présente Behind The Darkness au Sunset.


Delta au Sunside

Gehenot est de retour avec un nouveau trio : après Road Story en 2012, avec Sam Gerstmans et Teun Verbruggen, puis Motion, en 2014, en compagnie de Philippe Aerts et Verbruggen, Delta rassemble le contrebassiste suédois Viktor Nyberg et le batteur luxembourgeois Jérôme Klein. Une fois n’est pas coutume, le trio s’est transformé en quartet avec l’arrivée d’Alex Tassel, au bugle.

Pour le concert du Sunside, Antoine Pierre remplace Klein et le répertoire reprend sept des neuf morceaux du disque plus « The Theme », standard composé par Kenny Dorham pour  les Jazz Messenges d’Art Blakey (At The Cafe Bohemia, Vol. 1 – 1955).


Les mélodies de Gehenot sont chantantes (« Moni ») et souvent construites sur le format de thème-riff simple et efficace (« Sleepness Night », « Step 2 »). Le quartet alterne morceaux vifs (« Starter Pack », signés Klein) et ballades (« Johanna », de Tassel), traités dans un esprit néo-bop (« The Theme »). Gehenot fait le choix d’une sonorité acoustique, avec seulement quelques rares effets du bugle. Le piano passe d’un jeu minimaliste (« Sleepness Night »), pimenté de traits poétiques (« Abysses »),  à des envolées bop (« Starter Pack ») aux nuances funky (« Step 2 »), sans oublier des ballades mélodieuses (« Johanna »). Nyberg soutient le quartet avec des motifs sourds (« Starter Pack »), des lignes simples et efficaces (« Sleepness Night »), des riffs imperturbables (« Moni »), des walking classiques (« The Theme ») qui vire à la running (« Step 2 »). La fougue de Pierre ne se dément pas (le solo de « Step 2 ») et ses frappes denses (« Sleepness Night »), mais d’une puissance toujours subtile (« Starter Pack »), laissent place à des chabadas exemplaires (« The Theme ») ou des bruissements délicats (« Johanna »). Tassel se joint au piano pour exposer les thèmes à l’unisson dans un pur style hard-bop (« Step 2 »), aligne des phrases virtuoses (l’introduction a capella de « The Theme »),  dialogue avec verve (« Starter Pack ») et joue de sa sonorité, mélange de velouté et de brillance, pour sublimer les ballades (« Johanna ») ou mettre une pointe de gravité dans les morceaux plus solennels (« Abysses »).

Avec Delta, Gehenot reste dans le sillon tracé par Road Story et Motion : un néo-bop vivifiant, assaisonné d’une touche lyrique…

Le disque




Delta
Igor Gehenot Quartet
Igor Gehenot (p), Viktor Nyberg (b) et Jérôme Klein (d), avec Alex Tassel (bugle).
Igloo Records – IGL280
Sortie en Février 2017




Liste des morceaux

01.  « Intro » (1:47).
02.  « December 15 » (2:42).
03.  « Moni » (5:46).
04.  « Sleepless Night » (4:56).
05.  « Step 2 » (6:06).
06.  « Abysses » (8:15).
07.  « Starter Pack », Klein (5:37).
08.  « Johanna », Tassel (6:16).
09.  « Drop by » (4:59).

Tous les morceaux sont signés Gehenot, sauf indication contraire.



Behind The Darkness au Sunset

Le deuxième concert se déroule au Sunset. Estiévenart se produit avec son trio habituel, constitué de Gertsmans et Pierre, qui enchaîne les sets... Les trois musiciens jouent ensemble depuis 2013 (Wanted) et leur connivence est évidente.

Le programme du premier set de la soirée mélange des morceaux du disque – « Moa », « Lost End », signé Pierre –, des compositions tirées de Wanted – « SD », « Les Doms » – et « Resolution », le deuxième mouvement de A Love Supreme. Le trio avait invité le saxophoniste alto Perico Sambeat pour quelques titres de Wanted, pour Behind The Darkness, le trio passe au saxophone ténor, avec Steven Delannoye pour un titre.


Les trios trompette – contrebasse – batterie ne sont pas légions ! Mais ce n’est pas suffisant pour faire reculer Estiévenart… Une maitrise parfaite du son, ni trop mou, ni trop claironnant, le trompettiste joue avec une aisance confondante : phrasé limpide et développements énergiques dans un esprit néo-bop  (« Resolution »), déroulés virtuoses (« Les Doms »), volutes mélodieuses (« Lost End ») ou jeu intimiste et raffiné (« MOA »).  La puissance de Gertsmans se marie à merveille au jeu touffu de Pierre et soutient efficacement le discours d’Estiévenart, avec des lignes rapides (« Lost End »), des walking appuyées (« Resolution ») et des lignes puissantes et dansantes (« MOA »). Quant à Pierre, toujours aussi présent, il passe d’un foisonnement dense, ponctué de touches d’humour (« Resolution »), à un frémissement délicat (« MOA ») ou un jeu percussif habile (« Lost End »).

Avec Behind The Darkness Estiévenart confirme qu’il a trouvé son langage, moderne et tendu, et son trio l’a bien appris : leurs conversations captivent l’auditeur de bout en bout.

Le disque



Behind The Darkness
Jean-Paul Estiévenart
Jean-Paul Estiévenart (tp), Sam Gerstmans (b) et Antoine Pierre (d)
Igloo Records – IGL276
Sortie en novembre 2016





Liste des morceaux

01.  « Blade Runner » (5:07).
02.  « Mixed Feelings » (6:55).
03.  « Simple Minds » (5:14).
04.  « Equilibre » (2:10).
05.  « Quadruplets » (0:25).
06.  « Lost end », Pierre (5:27).
07.  « MOA » (8:05).
08.  « Fenêtre » (0:26).
09.  « Asphalt » (5:33).
10.  « Deep Heart » (5:36).
11.  « Behind The Darkness » (2:45).
12.  « Cafe Yuka » (0:33).
13.  « Miyako », Wayne Shorter (3:39).

Tous les morceaux sont signés Estiévenart, sauf indication contraire.

2 décembre 2017

A la découverte d’Armel Dupas…

Armel Dupas est un pianiste qui a soif de notes : depuis le début des années deux-mille il a joué, entre autres, avec Fionat Monbet, Sandra Nkaké, Lisa Cat-Berro, les Sky Dancers d’Henri Texier… Côté disques, Dupas a sorti Upriver en 2015 et A Night Walk en 2017. Un pianiste déterminé à découvrir…


La musique

Il y avait un piano à la maison. Quand David, mon demi-frère, venait le weekend et jouait, j’étais fasciné. C'est d'ailleurs toujours sur ce piano que j'enregistre mes disques… Quant au jazz : mon père écoute Jazz à FIP depuis près de trente-cinq ans... Je pense donc que j'en écoutais déjà dans le ventre de ma mère !

Concernant mon parcours musical, ça dépend sous quel angle on l’aborde. Au niveau des études, j’ai commencé par des cours particuliers de piano, puis une école de musique, avant de rejoindre le conservatoire de Nantes et d’intégrer le Conservatoire National de Musique et de Danse de Paris. Au niveau de l'évolution de mes goûts musicaux, je suis passé d’un jazz hard bop pur et dur à la folk, l'Indie rock et l'électro… Je n'écoute plus de jazz actuel et mes principales influences sont Miles Davis, Thomas Newman et Joni Mitchell.


Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? … Un état d'être au monde.

Pourquoi la passion du jazz ? Le jazz n'est pas plus passionnant qu'une autre musique. Il se la raconte beaucoup… Mais c'est pour ça qu’il en éternelle mutation, qu’il absorbe tous les autres genres et… que l'on a du mal à le définir…

Où écouter du jazz ? Seul en voiture en traversant les Etats-Unis !

Comment découvrir le jazz ? Invitez un jazzman à dîner et vous verrez après...

Une anecdote autour du jazz ? Duke Ellington ne voyageait jamais avec son orchestre. Un jour, pendant une tournée, l'orchestre était en bus et lui en voiture, avec l'un de ses musiciens – peut-être son contrebassiste. Ils ont parcouru des milliers de kilomètres sans jamais parler….


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un aigle,
Si j’étais une fleur, je serais une paquerette,
Si j’étais un fruit, je serais une framboise,
Si j’étais une boisson, je serais de l'eau pétillante,
Si j’étais un plat, je serais un byriani aux légumes,
Si j’étais une lettre, je serais... à Elise,
Si j’étais un mot, je serais Amour de Dieu,
Si j’étais un chiffre, je serais 5,
Si j’étais une couleur, je serais bleu marine,
Si j’étais une note, je serais Fa#.



Les bonheurs et regrets musicaux

Avoir fait pleurer mes amis Patrick et Françoise à la première interprétation de l’une de mes dernières compositions, « La dernière valse » m’a rempli de bonheur… Je regrette de n'avoir pas su profiter plus tôt de ce que le monde musical a à m'offrir, d’avoir manqué de curiosité.


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Ella and Louis, Point of No Return de Franck Sinatra, Carrie & Lowell de Sufjan Stevens.

Quels livres ?  Les quatre accords toltèques de Miguel Ruiz et Conversations avec Dieu de Neale Donald Walsch.

Quels films ? Les noces rebelles et Retour vers le Futur.

Quelles peintures ? Aucune… Je ne suis pas branché peinture.

Quels loisirs ? Ableton Live…


Les projets

Je veux développer mes projets personnels et arrêter d'être un sideman... mais aussi trouver un autre business-model et… devenir chanteur !


Trois vœux…

1.    Faire de belles rencontres…

2.    Faire de beaux voyages…

3.    Et que les deux premiers vœux soient liés à de belles notes…


29 novembre 2017

L’Ermitage accueille Dadada…

Le 21 novembre 2017, une partie du petit monde du jazz s’est donnée rendez-vous au Studio de l’Ermitage pour célébrer la Saison 3 de Dadada : des musiciens, bien sûr, parmi lesquels Vincent Peirani, Théo Ceccaldi, Manu Codjia, Xavier Desandre Navarre… mais aussi des professionnels du secteur, à l’instar de l’ingénieur du son Philippe Teissier du Cros, l’attachée de presse Valérie Mauge, l’agent artistique Marion Piras, le directeur de Sons d’hiver Fabien Barontini, le photographe Bruno Charavet… et bien d’autres encore ! 


Après des études au Conservatoire à Rayonnement Régional de Chambéry et au Centre des Musiques Didier Lockwood, puis la formation du trio Buffle!, Roberto Negro prend part à la création du collectif Tricollectif en 2011. Suivent le quartet La Scala, avec les Valentin et Théo Ceccaldi et Adrien Chennebault, la pièce pour quintet à corde et voix, Loving Suite pour Birdy So, avec Elise Caron (2012). Le pianiste anime également le trio Garibaldi Plop, avec les frères Ceccaldi et Sylvain Darrifourcq, le quartet Kimono aux côtés de Christophe Monniot, Stéphane Decolly et Chennebault, les duos Danse de Salon, en compagnie de Théo Ceccaldi, et Les Métanuits, projet autour de la musique de György Ligeti, avec Emile Parisien. En 2016, il monte le trio Dadada avec Parisien et Michele Rabbia.

Enregistré dans le studio Gil Evans de la Maison de la Culture d’Amiens par Teissier du Cros, Saison 3 sort sur Label Bleu en octobre 2017. Les douze titres sont signés Negro. A l’image d’une série, il s’agit de courtes pièces (trois minutes trente en moyenne) qui se succèdent avec une grande cohérence d’ensemble. Pour le concert, le trio reprend des morceaux du disque, mais les développe davantage.


Dadada joue une musique d’équipe : pas de leader, mais des interactions permanentes et tendues, comme la course poursuite de « Bagatelle », les échanges déjantés de « Nano », les  va-et-vient de « Brimborion »… le tout dans un esprit musique de chambre contemporaine (« Rudi »). D’ailleurs les mélodies de Negro ont souvent un parfum de vingtième siècle (« Ceci est un meringué »). Volontiers minimaliste (« Gloria e la poetessa »), le pianiste parsème son discours de dissonances subtiles (« Rudi »), d’ostinatos (« Brimborion »), de pédales (« Sangu »), d’unissons (« Shampoo ») et dissocie efficacement ses deux mains (« Rudi »). La sonorité à la fois ronde, soyeuse et proche (« Brimborion ») du soprano de Parisien sert à merveille son discours impressionniste délicat (« Sangu »), parfois méditatif (« Gloria e la poetessa »), mais également ses envolées virevoltantes (« Bagatelle ») et free (« Brimborion »). Que ce soit avec un sachet en plastique (« Sangu »), des billes dans des coupelles (« Poucet »), des claquements de doigts, des chiffons sur les peaux, des gongs et autres clochettes (« Gloria e la poetessa »), Rabbia en met partout dans un feu d’artifice de rythmes. Il passe de frappes légères (« Rudi ») à un déchainement de coups brutaux (« Bagatelle »). Les effets électro qu’il distille, comme les nappes de son aigue dans « Gloria e la poetessa », s’insèrent parfaitement dans les propos du trio.


Suspens, accentué par la brièveté des morceaux, interplay d’une habileté redoutable, humour dans les dialogues… la Saison 3 de Dadada est captivante de bout en bout. Il n’y a plus qu’à espérer que les saisons 1, 2 et 4 sortent bientôt !

Le disque


Saison 3
Dadada
Emile Parisien (ss), Roberto Negro (p) et Michele Rabbia (d).
Label Bleu ‎– LBLC6725
Sortie en octobre 2017





Liste des morceaux

01. « Sangu » (3:25).
02. « Gloria E La Poetessa » (6:35).
03. « Bagatelle » (2:12).
04. « Shampoo » (3:37).
05. « Poucet » (2:49).
06. « Nano » (5:34).
07. « Ceci Est Une Merengue             » (4:04).
08. « The Vanishing Of Sally Queen » (2:07).
09. « Brimborion » (2:11).
10. « The Upside Down » (2:28).
11. « Rudi » (5:10).
12. « Behind The Scene » (1:58).

Tous les morceaux sont signés Negro.

25 novembre 2017

Nuit sévillane au Pan Piper

Le 18 novembre 2017 une foule envahit le Pan Piper pour écouter le trio de David Peña Dorantes, en tournée pour le lancement d’El tiempo por testigo – A Sevilla, sorti en septembre 2017 chez Flamenco Scultura.

Né à Lebrija, à quatre-vingt kilomètres au sud de Séville, Dorantes fait partie d’une célèbre lignée de musiciens gitans, dont sa grand-mère María Fernández Granados « La Perrata », son oncle Juan Peña Fernández « El Lebrijano », son père, le guitariste Pedro Peña… C’est donc tout naturellement que Dorantes commence par apprendre la guitare flamenca, mais autour de ses dix ans, il se tourne vers le piano et intègre le Conservatoire Supérieur de Musique de Séville. Il entame sa carrière au début des années quatre-vingt-dix et sort son premier disque, Orobroy, en 1998. Pour Sur, publié en 2002, Dorantes s’associe à des orchestres espagnols, français et bulgares. Entre deux tournées, le pianiste compose pour le cinéma et la télévision, mais aussi pour grand orchestre (Flamenco Sinfónico). En 2012, il revient au solo avec Sin muros et, en 2015, Dorantes cosigne Paseo a dos avec Renaud Garcia-Fons.


A l’occasion de ses vingt ans de carrière, Dorantes a formé un trio avec le contrebassiste Francis Posé et le percussionniste Javi Ruibal pour enregistrer dans son studio El tiempo por testigo, dédié à Séville. Le répertoire du disque s’articule autour de sept reprises et trois morceaux inédits, tous signés Dorantes : « Orobroy » et « Semblanzas de un río », tirés de Orobroy, « La danza de las sombras », « Caravana de los Zincalí » et «  Batir de ala » (dédié à sa mère) repris de Sur ; « Sin muros ni candados » et « Errante » (hommage aux Gitans de Séville) extraits de Sin muros, et les nouvelles compositions « La maquina », « Barejones » et « Y el tiempo ».

Placé sous l’égide de l’office de tourismes de Séville, le concert attire un public chamarré, qui parle espagnol, connaît Dorantes, n’hésite pas à l’encourager de la voix, dans la pure tradition du flamenco, et lui réserve une standing ovation enthousiaste !


Le programme du concert colle au disque. Dorantes compose des mélodies enchanteresses (« Orobroy »), volontiers lyriques (« Caravana de los Zincalis »), parfois dans l’esprit de la musique classique du début du vingtième (« Batir de alas ») ou marquée par la musique arabo-andalouse (« Errante »), mais toujours animées d’une pulsation entraînante (« Semblanzas de un río »). Les développements sont particulièrement expressifs avec des changements de rythmes brutaux (« Danza de las sombras »), des accélérations frénétiques (« Orobroy ») et des successions de tableaux bigarrés : des contrepoints digne de Bach (« Sin muros ni candados »), une introduction minimaliste contemporaine (le bis), des espagnolades virevoltantes (« Barejones »), une ambiance latino, des échanges débridés (« Danza de las sombras »), un final aux consonances pop rock (« Sin muros ni candados »)… Les trois musiciens connaissent leur musique sur le bout des doigts et la paire rythmique répond au quart de tour aux orientations données par le piano. Ruibal possède le jeu luxuriant (« Danza de las sombras ») et percussif (« Y el tiempo ») caractéristique des batteurs ibériques et sud-américains. Ses balais roulent sur les peaux et les cymbales avec virtuosité (le chorus de « Sin muros sin candados ») et ses frappes fougueuses répondent du tac au tac aux pirouettes de Dorantes (« Semblanzas de un río »). Dans ce foisonnement, la contrebasse de Posé, grave et puissante, sert de colonne vertébrale : des phrases rassurantes (« Danza de las sombras »), des pédales imposantes (« Semblanzas de un río »), une running énergique (« Sin muros sin candados »), des lignes robustes (« Errante ») et des solos mélodieux (« Sin muros sin candados »).

Dorantes fusionne musique classique, flamenco et jazz dans un tourbillon de notes d’un lyrisme flamboyant.

Le disque


El tiempo por testigo – A Sevilla
Dorantes
David Peña Dorantes (p), Francis Posé (b) et Javi Ruibal (d, perc), avec le chœur d’Adis Meridiano.
Flamenco Scultura – FS00117
Sortie en novembre 2017




Liste des morceaux

01.  « La máquina » (2:50).
02.  « Caravana de los zincalis » (5:10).
03.  « Barejones » (6:01).
04.  « Batir de alas » (5:47)
05.  « Y el tiempo » (5:14).
06.  « Errante » (5:05).
07.  « Sin muros ni candados » (8:07).
08.  « Semblanzas un río » (6:49).
09.  « Danza de las sombras » (8:15).
10.  « Orobroy » (4:52).

Toutes les compositions sont signées Dorantes.

20 novembre 2017

Greg Lamy Quartet au Paris-Prague Jazz Club

Dans le cadre du festival Jazzycolors, la mission culturelle de l’ambassade du Luxembourg et le label bruxellois Igloo Records ont programmé le Greg Lamy Quartet au Paris-Prague Jazz Club le 17 novembre 2017.

En 2001, le Centre culturel tchèque de Paris crée le Paris-Prague Jazz Club dans les caves voutées du bel immeuble du 18 de la rue Bonaparte, dans le VIe arrondissement, à deux pas de l’église Saint Germains des Prés. Si l’endroit est fort sympathique, l’espace est un peu étriqué pour le son et mieux vaut arriver tôt pour trouver une place avec vue sur les musiciens…

Le Grand-Duché de Luxembourg a beau être petit, il peut s’enorgueillir de compter des musiciens de jazz de tout premier ordre, notamment Michel Reis, Pascal Schumacher, Jeff Herr, Maxime Bender et… Greg Lamy. Le guitariste sort Press Enter! en octobre 2017. C’est son troisième disque chez Igloo Records, après I See You (2009) et Meeting (2014) et le concert au Paris-Prague Jazz Club est l’occasion de le présenter au public parisien.


Lamy se produit avec la paire rythmique qui l’accompagne depuis le début : Gautier Laurent à la contrebasse et Jean-Marc Robin à la batterie, mais c’est Damien Prud’homme qui tient le saxophone ténor, au lieu de Johannes Mueller. Le concert se déroule en deux sets et le quartet reprend sept des dix morceaux de Press Enter! et trois compositions tirées de I See You, Meeting et What Are You Afraid Of? (2006).


Le quartet commence la soirée avec « Eclipse » (Meeting). Après une introduction raffinée, en suspension, de la guitare, le ténor la rejoint pour un développement moderne et tendu, sur une ligne de contrebasse sobre et une batterie touffue. « Exit » et « There Will Be » sont marqués par le blues, avec une rythmique entraînante et un saxophone aux accents néo-bop. « A.-C. » permet à Laurent de dévoiler son sens mélodique, tandis que la guitare aérienne de Lamy épaule un Prud’homme particulièrement en verve. Hommage à un oncle du guitariste, le réalisateur Benoît Lamy, « Go » (I See You) est énergique, pimenté
d’accents africains – le son étouffé de la guitare rappelle une sanza – et le jeu de Prud’homme évoque davantage celui de Sonny Rollins que de Dexter Gordon (dont l’album Go! est sorti en 1962). Après la pause, dans le brouhaha, Lamy lance le titre éponyme de l’album, « Press Enter », sur une rythmique pop avec une batterie binaire et une pédale de la contrebasse. Après l’exposé du thème à l’unisson et quelques contrepoints élégants, la guitare prend un solo mélodieux inspiré, avec des accents nostalgiques, suivi de près par le ténor, dans le même esprit. Expressif, « Paradoxe » (What Are You Afraid Of?) s’appuie sur le grondement de la contrebasse qui finit en running et les frappes sèches de la batterie qui virent au chabada. La rythmique régulière et le thème en forme de ritournelle font penser à l’Afrique. Dans l’introduction d’« Erase », Laurent se montre à la fois mélodique – superbes lignes sur toute la tessiture de la contrebasse – et fin rythmicien. Robin met de l’emphase dans son jeu pour accompagner cette jolie ballade. C’est encore Robin qui lance le rythme funky de « Control Swift », sur un motif sourd minimaliste de la contrebasse. Le développement de la guitare prend des allures rock, tandis que le ténor, en duo rapproché avec la batterie, fait des embardées free. En bis le quartet joue « D Blues » : portés par une walking et un chabada, le ténor et la guitare s’expriment dans un idiome néo-bop typique. Le solo de la contrebasse et les stop-chorus viennent compléter la référence au bop.


Marqué par le hard bop, le blues (encore plus flagrant sur disque), le rock et la pop, la musique du Greg Lamy Quartet fait dodeliner de la tête les plus récalcitrants… de sept à soixante-dix-sept ans !


Le disque



Press Enter!
Greg Lamy Quartet
Johannes Mueller (ts), Greg Lamy (g), Gautier Laurent (b) et Jean-Marc Robin (d).
Igloo Records – IGL286
Sortie en octobre 2017





Liste des morceaux

01.  « Control swift » (6:05).
02.  « There will be » (5:01).
03. « Le sujet » (1:42).
04. « A.-C. » (8:33).
05. « Exit » (7:04).
06. « Erase » (8:04).
07. « Press enter » (4:41).
08. « Le chien » (5:11).
09. « Blues for Jean » (7:37).
10. « D Blues » (3:06).

Toutes les compositions sont signées Lamy.

18 novembre 2017

In Between – Isabelle Olivier

Neuvième opus de la harpiste Isabelle Olivier depuis Océan – 1997, RDC Records –, In Between sort en novembre 2017 chez ENJA.

Quand le néophyte pense à la harpe, il a davantage Lily Laskine ou Alan Stivell en tête que Dorothy Ashby… Et pourtant, cette dernière peut être considérée comme la première musicienne à avoir réellement émancipé la harpe dans le jazz. Même si cet instrument n’est pas courant, il compte des représentantes notoires, à l’instar, entre autres, d’Alice Coltrane, Zeena Parkins (notamment ses travaux avec John Zorn)… outre Atlantique, ou Hélène Breschand, Laura Perrudin et, bien sûr, Isabelle Olivier en France.

Pour In Between, Olivier a changé de fond en comble son groupe et constitué un septet avec Julie Koldin à la flûte, Hugo Proy à la clarinette, Fraser Campbell au saxophone ténor, Raphael Olivier à la guitare, Thomas Olivier au piano et Devin Gray, Ernie Adams ou Dre Pallmaerts à la batterie.

Les titres des morceaux invitent au voyage : du Pérou (« Peruvian Lullaby ») à la Finlande (« Rengas », anneau, en finnois), avec des escales dans le Mississippi (« Patawatomi », du nom du peuple amérindien), Brooklyn (« Barbes », bar à spectacles de New York), la Malaisie (« Pantoum », un format de poème), voire le Mexique (« Monarque »… s’il s’agit du papillon !) et, bien entendu, l’océan (« Skylark », la mouette). La harpiste signe treize compositions originales, reprends « Skylark » d’Hoagy Carmichael et Johnny Mercer. Quant à « Barbes », c’est un mouvement collectif.

Influencée par les paysages et sa résidence à la Villa Le Nôtre à Versailles en 2015, Olivier développe son œuvre dans une direction chambriste. In Between mise sur la variété des ambiances – cinématographique (« Monarque »), andine (« Peruvian Lullaby »), extrême-orientale (« Impressions »), rock progressif (« Glose »), africaine (« Fête de la musique »), « vingtièmiste » (« In Between »), folklorique (« Lisière »)…  –, des sonorités subtiles, des mélodies soignées (« Lisière »), une rythmique délicate et des interactions raffinées à base de contrepoints entraînants (harpe et guitare dans « Skylark »), de questions-réponses efficaces (« Comment ça va ? »), de superpositions de plans (« A New World »), de boucles imbriquées (« Rengas »)…

Dans In Between, Olivier construit des paysages sonores intimistes et séduisants qui empruntent autant aux jazz qu’aux musiques du monde, rock alternatif et musique contemporaine. 

Le disque

In Between
Isabelle Olivier
Isabelle Olivier (harpe), Julie Koldin (fl), Hugo Proy (cl), Fraser Campbell (ts), Raphael Olivier (g), Thomas Olivier (p) et Devin Gray, Ernie Adams ou Dre Pallmaerts (d).
ENJA – ENJ-9757
Sortie en novembre 2017

Liste des morceaux

01.  « Intro » (1:33).
02.  « Peruvian Lullaby » (2:11).
03.  « Potawatomi » (5:15).
04.  « A new world » (4:02).
05.  « Comment ça va ? » (4:04).
06.  « Glose » (10:29).
07.  « Skylark », Carmichael (2:41).
08.  « Barbes » Olivier, Campbell, Thomas Olivier et Gray (3:38).
09.  « Monarque » (2:07).
10.  « Fête de la musique » (2:45).
11.  « Impressions » (2:38).
12.  « Lisière » (3:40).
13.  « Pantoum » (2:28).
14.  « Rengas » (2:46).
15.  « In Between » (7:27).

Toutes les compositions sont signées Olivier sauf indication contraire

15 novembre 2017

Instants d’Orchestre aux Gémeaux

Le 8 novembre Patrice Caratini célèbre le vingtième anniversaire de son Jazz Ensemble aux Gémeaux, à Sceaux, devant un Grand Théâtre comble.

Formé à la musique et au jazz pendant son adolescence – piano, guitare et saxophone – Caratini adopte la contrebasse à l’âge adulte. Il fait d’abord ses classes dans des orchestres New Orleans, puis apprend le be-bop en compagnie de Mal Waldron et Slide Hampton. En 1976, après avoir accompagné des chanteurs – Georges Moustaki, Colette Magny et Maxime Le Forestier – Caratini forme un duo de référence avec Marc Fosset (Le chauve et le gaucher – 1978). Les deux musiciens s’associent ensuite à Marcel Azzola (Trois temps pour bien faire – 1982)  puis à Stéphane Grappelli, qu’ils accompagnent pendant près de dix ans. En 1985, il monte son Onztet (Viens dimanche ! – 1987) et, de 1993 à 1995, il anime la Scène et Marnaise avec Andy Emler, François Jeanneau et Philippe Macé. Et c’est en 1997 que Caratini crée son Jazz Ensemble.


En 1997, Françoise Letellier, directrice des Gémeaux, propose à Caratini d’héberger l’orchestre qu’il veut former : le Caratini Jazz Ensemble nait le 10 octobre 1997 avec la création du spectacle Darling Nellie Gray, inspiré par la musique de Louis Armstrong. Autour du contrebassiste, douze musiciens qui sont toujours à ses côtés aujourd’hui : André Villéger et Matthieu Donarier aux saxophones et à la clarinette, Rémi Sciuto aux saxophones et à la flûte, Claude Egea et Pierre Drevet à la trompette, François Bonhomme au cor, Denis Leloup au trombone, François Thuillier au tuba, David Chevallier à la guitare et au banjo, Alain Jean-Marie au piano et Thomas Grimmonprez à la batterie. En décembre de la même année, le Jazz Ensemble sort Anything Goes autour du répertoire de Cole Porter et avec la voix de Sara Lazarus. Echoes of France, reprise de thèmes écrits par des compositeurs de jazz en France, voit le jour en 1999. En 2001, Caratini et Jean-Marie composent Chofé biguine la, mariage de la musique des Antilles et du jazz.  En 2003, le Jazz Ensemble monte Le Bal, pour faire danser les spectateurs sur des réorchestrations de standards de jazz et de chansons populaires, tandis que le pianiste Manuel Rocheman et le percussionniste Sebastian Quezada rejoignent l’orchestre. De l’amour et du réel est un projet sur la chanson réaliste de l’entre-deux guerres conçu en 2005, avec Hildegarde Wanzlawe au chant. Latinidades, consacré à l’afro-jazz, est créé en 2009. Caratini choisit Body and Soul, film réalisé en 1924 par Oscar Micheaux, pour un ciné-concert produit en 2013. Suit, en 2014, le spectacle Chants des rues, sur des chansons à texte d’après-guerre, la plupart signées Jacques Prévert et Joseph Kosma, toujours avec Wanzlawe au chant.

Pour son vingtième anniversaire, le Jazz Ensemble donne deux concerts, l’un au Studio 104 de Radio France, l’autre aux Gémeaux, et sort le disque Instants d’orchestre chez Caramusic, le 22 septembre 2017. Le répertoire du disque – et des soirées – se veut le reflet de vingt années de recherche et puise ses morceaux dans différents disques du Caratini Jazz Ensemble : Darling Nelie Gray, Anything Goes, From The Ground, Latinidad et Body and Soul.


Le 8 novembre, tous les musiciens sont au rendez-vous : Jean-Marie et Rocheman se partagent le piano et Lazarus interprète quatre chansons. Les musiciens prennent place solennellement les uns après les autres sur le « West End Blues » d’Armstrong diffusé en toile de fond. L’orchestre enchaîne sur « East End Blues », avec une alternance de phrases isolées – guitare, saxophone, trompette, tuba… – et de mouvements d’ensemble, puis le rythme s’emballe : walking et chabada accompagnent le chorus tendu de Sciuto, avant de déboucher sur un passage contemporain. 


La belle mélodie d’« Italian Sorrow », signée Jean-Marie, est parfaitement servie par Villéger dans un style west coast, puis par le pianiste lui-même, avec des accents caribéens, pendant que l’orchestre joue subtilement en contre-chant. Dans la tradition des grands orchestres, 


Caratini arrange ses morceaux de manière à ce que chaque musicien puisse avoir son solo. Les trois Miniatures – « Valse musette », « Dialogue » et « Swing » – permettent à Thuillier et son tuba de dialoguer avec l’orchestre avec beaucoup d’humour. D’ailleurs, comme le dit malicieusement Caratini : « l’intérêt des morceaux très courts, c’est que si vous avez une idée intéressante il vaut mieux en rester là parce que, si vous la développez, vous ne savez pas si ça restera intéressant… et si c’est mauvais, ce n’est peut-être pas la peine de continuer là-dessus… » Le banjo de Chevallier expose « Atlanta » (tiré de Body and Soul). L’air, légèrement nostalgique, laisse place à un charleston endiablé, puis, sur une walking et un chabada ultra rapides, 


Leloup prend un chorus captivant, dans une veine néo-bop, qu’il conclut majestueusement a cappella. 



Le timbre chaud, la souplesse du phrasé et la mise en place rythmique précise de la voix de Lazarus vont comme un gant à « What Is This Thing Called Love » (beau duo avec la trompette d’Egea), « My Heart Belongs To Daddy » (déconstruit),  « Too Darn Hot » (dynamique et dans l’esprit music-hall des années trente) et « I Concentrate on You » (chanté en bis). Le banjo et le piano animent « Pinta », extrait de la suite Antillas et clairement inscrit dans une ambiance sud-américaine. 


En l’honneur de Dizzy Gillespie, l’un des pionniers de l’Afro-Cuban Jazz, le Jazz Ensemble interprète « Tin Tin Deo » : après un duo intense entre le piano et le saxophone soprano, qui pourrait être Steve Lacy, Rocheman part dans une atmosphère cubaine et Donarier s’envole dans un chorus de haute volée, parsemé d’aromates free…  


Plus sombre, « Tierras » évoque aussi l’Amérique du Sud et Drevet fait chanter sa trompette bouchée avec lyrisme, tandis que les différentes sections de l’orchestre croisent leurs voix. Pour conclure le concert, Caratini rend  hommage à Django Reinhardt avec sa « Petite suite pour Django Reinhardt » : le climat vire au be-bop, avec un morceau vif dans lequel Villéger répond à l’orchestre et une section rythmique qui installe une walking et chabada énergiques.

Caratini peut non seulement compter sur l’excellence des musiciens du Jazz Ensemble, tous plus doués les uns que les autres, mais aussi sur une connivence parfaite, fomentée par vingt années de complicité. Avec des artistes venus de tous azimuts – musique contemporaine et classique, new orleans, swing, be-bop, free… – et ouverts à tout, Caratini développe sa musique, à la fois complexe et abordable, entre tradition et modernité, reflet de toute l’histoire du jazz, de Storyville à Montmartre, en passant par Chicago, Broadway, La Havane, Fort de France… Un bien beau voyage qu’il faut faire absolument !

Le disque

Instants d’orchestre
Caratini Jazz Ensemble
André Villéger (sax, cl), Matthieu Donarier (sax, cl), Rémi Sciuto (sax, fl), Claude Egea (tp), Pierre Drevet (tp), François Bonhomme (cor), Denis Leloup (tb), François Thuillier (tu), David Chevallier (g), Alain Jean-Marie (p), Manuel Rocheman (p), Patrice Caratini (b), Sebastian Quezada (perc) et Thomas Grimmonprez (d), avec Sara Lazarus (voc).
Caramusic – L’autre distribution
Sortie le 22 septembre 2017

Liste des morceaux

01.  « East End Blues » (9:04).                       
02.  « Valse musette » (1:27).
03.  « What Is This Thing Called Love », Porter (8:02).                    
04.  « Pinta » (4:56).
05.  « From the Ground » (5:08).                  
06.  « My Heart Belongs to Daddy », Porter (9:51).             
07.  « Atlanta » (4:21).
08.  « Ory's Dream » (8:33).
09.  « Tierras » (8:36).
10.  « To the Clouds » (5:39).

Tous les morceaux sont signés Caratini, sauf indication contraire.