15 octobre 2017

Cissy Street

Cissy Street est un quintet créé par le guitariste Francis Larue au sein du collectif auvergnat Lilananda. Son premier disque éponyme sort en juin 2017 sur le label du collectif.

Cissy Street regroupe le saxophoniste ténor Vincent Périer (Le Grouvatoire, Nanan, OmpaBompa, RedstarOrkestar…), le trompettiste Yacha Berdah (Bigre !, La Nueva Essency, Clyde…), le bassiste Etienne Kermarc (le Grolektif, Supergombo…) et le batteur Hugo Crost (Bigre !, Supergombo, Elephant Step…). Le quintet a également invité un autre membre du Grolektif, le percussionniste Jorge Mario Vargas, sur deux titres.  

Toutes les compositions sont de Larue. Spécialiste des collages et superpositions de photographies à forte connotation vintage et déjà illustrateur des albums de Bige !, David Fangaia a réalisé la pochette de Cissy Street. Une pin-up des années soixante-dix avec un perroquet sur l’épaule prend une pose lascive au premier plan, tandis qu’au deuxième plan, un cadre cravaté en noir et blanc l’observe, le tout sur un décor constitué d’une avenue d’une ville américaine, pivotée à quatre-vingt-dix degrés, avec une femme en pattes d’eph’ affublée d’un masque de lion en plein milieu ! Une scène entre réalisme, psychédélisme et surréalisme, avec un brin de nostalgie et un côté décalcomanies…

Larue et ses compères jouent un jazz funk décomplexé : thèmes-riffs efficaces (« Yemanja », la reine du monde aquatique, protectrice des femmes chez les Yorubas), chœurs énergiques du ténor et de la trompette (« Frontera »), lignes de basse grondantes (« A3 », l’autoroute ou la feuille de papier ?), batterie volontiers binaire mate et puissante (« Jiajia’s Funk », hommage à la doyenne des pandas ?)… Et Cissy Street n’oublie pas des ingrédients typiques du funk : chorus du ténor (« Cloudy Dance ») et de la trompette (« Jiajia’s Funk ») dans la veine des shouters, interventions wawa (« Groovement Malade »), sonorité vintage (« Sang neuf »), solo de guitar hero (« Educ Pop »), batterie  (« Frontera ») etc. Sur une base jazzy, pour l’approche et l’architecture des morceaux, Cissy Street incorpore également des éléments rock (« A3 »), afro-beat (« Yemanja »), reggae (« Blind Blue »), Earth, Wind and Fire (« Groovement Malade »), ethio-jazz (« L’Hérétique »), James Brown (« Frontera »)…

Cissy Street est un disque groovy qui ravira les amateurs d’un jazz dansant placé sous le signe du funk.

Le disque

Cissy Street
Cissy Street
Vincent Périer (ts), Yacha Berdah (tp), Francis Larue (g), Etienne Kermarc (b) et Hugo Crost (d), avec Jorge Mario Vargas (perc).
Label Lilananda
Sortie en juin 2017

Liste des morceaux

01.  « A3 » (04:20).
02.  « Yemanja » (05:29).
03.  « Jiajia's Funk » (03:33).
04.  « Blind Blue » (07:41).
05.  « Groovement malade » (05:06).
06.  « Educ Pop » (05:26).
07.  « L'hérétique » (05:48).
08.  « Cloudy Dance » (05:36).
09.  « Frontera » (06:02).
10.  « Sang neuf » (04:29).

Toutes les compositions sont signées Larue

13 octobre 2017

Trio Barolo à l’Ermitage…

Créé il y a cinq ans, Trio Barolo enregistre Le ballet des airs en 2013 et c’est à l’occasion de leur deuxième opus, Casa Nostra, qu’il se produit au Studio de l’Ermitage le 19 septembre 2017.

Quand l’Italie, la France et la Crète se rencontrent : Trio Barolo est formé du tromboniste Francesco Castellani (Conservatoire Royal de Bruxelles, et Académie Internationale de Musique de Cologne…), du contrebassiste Philippe Euvrard (Opéra de Paris, Jane Birkin, Jérôme Savary…) et de l’accordéoniste – pianiste – chanteur Rémy Poulakis (Conservatoire National de Lyon…). Trio Barolo collabore également avec la compagnie circassienne les Nouveaux Nez et, depuis une résidence à l’Amphi Jazz de l’Opéra de Lyon en 2016, il se transforme souvent en quartet ou quintet en compagnie du guitariste Kevin Seddiki, du percussionniste Anthony Gatta ou du clarinettiste Carjez Gerretsen (invité sur deux titres de Casa Nostra).

Produit par La Belle Anaphore, Casa Nostra a été enregistré au Studio La Buissonne par Gérard de Haro. Le concert reprend huit des neuf morceaux du disque, tous signés Castellani ou Euvrard, sauf « Mike P », un thème de Philippe Petrucciani, et « E lucevan le stelle », tiré de la Tosca de Giacomo Puccini. Le trio joue également « Le ballet des airs » du premier album éponyme, une valse musette d’Euvrard et « Maghreb » de Castellani.

Le déroulé du « ballet des airs », qui entame le concert, reflète plutôt bien l’esprit de la musique du Trio Barolo. Souffle, sifflements et ostinato introduisent le morceau, suivi de l’exposition du thème par le trombone et l’accordéon à l’unisson, sur un motif répétitif de la contrebasse. Castellani, sonorité soyeuse et sens mélodique infaillible, enchaîne sur un solo élégant, repris par Poulakis, qui double es phrases véloces de l’accordéon avec des vocalises, tandis qu’Euvrard joue son riff, imperturbable. Les morceaux transgressent joyeusement les genres. Trio Barolo assaisonne son jazz de valse (« Chel’Pro Valse » - titre approximatif), musique de film (Ennio Morricone dans « Mike P »), folklore oriental (« Malahim »), airs des Balkans (« Barolo Nuevo »), musique classique (« E lucevan le stelle »), dialogues échevelés (« Tirana »)…



Tout au long du concert, le trombone se montre majestueux (« Malahim »), velouté (« Barolo Nuevo »), voire touchant (« Carla »), avec une mise en place rythmique entraînante (« Tirana ») et un à propos mélodique affuté (« Casa Nostra »), pimenté de citations («  My Favorite Things » dans « Mike P »). Quand Castellani chante, les airs traditionnels d’Ombrie pointent à la surface (« Barolo Nuevo », « Tirana »)... L’accordéon passe du rôle d’accompagnateur, avec ses suites d’accords (« Carla »), ses contrepoints (« Maghreb ») ou ses ostinatos (« Casa Nostra »), à celui de soliste virevoltant (« Tirana »), dansant (« Chel’Pro Valse »), orientalisant (« Casa Nostra »)… Comme les contrebassistes Slam Stewart et Major Holley en leur temps, Poulakis chantonne à l’unisson de l’accordéon avec virtuosité (« Barolo Nuevo »), ce que lui permet sa solide formation de chanteur lyrique. L’opéra s’invite d’ailleurs à la soirée quand le ténor se lance dans la célébrissime romance « E lucevan le stelle ». Euvrard met sa belle sonorité grave et boisée au service du trio : riffs (« Malahim »), boucles (« Casa Nostra »), lignes dansantes parsemées de shuffle (« Chel’Pro Valse ») et pédales (« E lucevan le stelle ») soutiennent d’autant mieux les solistes que le jeu du contrebassiste est carré (« Carla »), à l’instar du chorus mélodieux et tendu de « Barolo Nuevo ».  L’archet permet d’ajouter non seulement des effets électro (« Mare Nostrum ») ou rythmiques (« Maghreb »), qui viennent relever les morceaux, mais aussi de l’ampleur au discours du quartet (« Mike P »). De sa formation classique, Gerretsen en tire une aisance technique à toute épreuve (« Tirana »), une sonorité limpide (« Barolo Nuevo ») et un phrasé précis (« Mike P »). La clarinette amène une touche mélancolique, notamment dans les duos avec l’accordéon, quelques couleurs orientales (« Maghreb ») et beaucoup d’élégance (« Carla »).

Euvrard et Castellani se partagent la présentation des morceaux et racontent volontiers des anecdotes : « Malahim », qui signifie les anges, est la langue des séfarades espagnols ; Castellani est originaire d’Ombrie et, d’ailleurs, le nom du trio est un hommage direct à l’Italie et au vin éponyme de la région du Piémont ; « Carla » est dédié à l’épouse du tromboniste et Gerretsen n’est autre que le fils de Castellani, avec lequel le trio a joué lors d’une résidence à l’Opéra de Lyon en 2016 ; c’est aussi le clarinettiste qui a soufflé à son père le nom de Pouliakis ; « les voyages forment la jeunesse, mais  les voyages forment aussi la musique… » constate philosophiquement Euvrard, en présentant « Tirana » ; quant au titre du disque, « Casa Nostra », il évoque une résidence à Casablanca en compagnie de musiciens d’Agadir, avec lesquels le trio s’est senti « comme à la maison » ;  « Mike P » est un clin d’œil à Michel Petrucciani, à qui Bill Evans avait suggéré de raccourcir son nom s’il voulait faire carrière en Amérique ; « Chel’Pro Valse » est une valse musette inspirée par les guinguettes du Val de Marne et « Maghreb », un air rapporté par Castellani d’une tournée en Algérie… 

Généreux et enthousiaste, Trio Barolo propose une musique chaleureuse, dans laquelle mélodies et rythmes entraînent l’auditeur dans un univers lumineux : Casa Nostra est un beau un voyage autour de la Méditerranée, la « Mare Nostrum » et ses civilisations.



Le disque

Casa Nostra
Trio Barolo
Rémy Poulakis (acc, voc), Francesco Castellani (tb, Conque, voc) et Philippe Euvrard (b), avec Carjez Gerretsen (cl, bcl)
Ana Records – ANA 102/2
Sortie en août 2017

Liste des morceaux

01.  « Malahim », Euvrard (4:22).
02.  « Casa Nostra », Euvrard (6:46).
03.  « Carla », Castellani (5:30).
04.  « Barolo nuevo », Euvrard (5:44).
05.  « Mare nostrum », Euvrard (1:59).
06.  « Mike P », Philippe Petrucciani (7:05).
07.  « Tirana », Euvrard (5:24).
08.  « E lucevan le stelle », Giacomo Puccini (5:18).
09.  « Carossello », Castellani (5:15).


7 octobre 2017

Au doux combat me joindre – No Noise No Reduction

Au doux combat me joindre
No Noise No Reduction
Marc Démereau (bs), Marc Maffiolo (basse s) et Florian Nastorg (basse s)
Mr Morezon 014
Sortie le 18 mai 2017

Créé en 2002, le collectif toulousain Freddy Morezon regroupe des artistes aussi variés que Christine Wodrascka, Robin Fincker, Fabien Duscombs, Didier Kowarsky… pour n’en citer que quelques-uns, mais animés d’un même esprit : improviser et innover.

Et ce n’est pas NNNR, alias No Noise No Reduction, qui nous fera mentir : ce power trio est constitué d’un saxophone baryton, Marc Démereau, et de deux saxophones basses, Marc Maffiolo et Florian Nastorg. A cette instrumentation inédite, s’ajoute une approche musicale jusqu’au-boutiste faite de free, de rock underground et de musique minimaliste.

En 1936, Marcel Mule est l’un des premiers à monter une formation uniquement de saxophones : le Quatuor de saxophones de Paris. Si dans la musique classique et contemporaine les ensembles de saxophones restent plutôt rares, ils le sont bien plus dans le jazz… A la fin des années soixante-dix, Hamiet Bluiett, Julius Hemphill, Oliver Lake et David Murray forment le groupe sans doute le plus connu : le World Saxophone Quartet. En France, dans les années quatre-vingt, François Jeanneau, Jean-Louis Chautemps, Philippe Maté et Jacques DiDonato fondent le Quatuor de saxophones. Dans les années deux mille, Jean Luc Guionnet, Bertrand Denzler, Marc Baron et Stéphane Rives empruntent la même voie. Les trios de saxophonistes, quant à eux, semblent encore plus insolites ! Seul For Trio d’Anthony Braxton marque réellement les esprits. Le disque est publié en 1978 et Braxton y est accompagné d’Henri Threadgill et Douglas Ewart d’une part, et de Joseph Jarman et Roscoe Mitchell de l’autre, mais les musiciens ne jouent pas que du saxophone. Et encore moins dans une configuration baryton – basse – basse… NNNR est donc peut-être une première mondiale !

Au doux combat mejoindre sort en mai 2017 sur le label Mr Morezon, du collectif éponyme. La conception originale de la pochette – graphisme du logo, photos noir et blanc pixélisées, minimalisme de l’ensemble – est signée Rovo. Sept morceaux sont au programme, tous écrits par Démereau sauf « Mystérieux O », qui est une composition de Maffiolo. La plupart des titres des morceaux font référence à la littérature : « Lance au bout d'or » est extrait du poème érotique Au doux combat me joindre, tiré du recueil Gayetez (1553) de Pierre de Ronsard ; « Sludden » se réfère certainement à l’un des protagonistes principaux de Lanark (1981), le roman d’Alasdair Gray ; « Theodore Larue » est le héros du Désert américain (2004) de Percival Everett ; « Solovieï » est le personnage central de Terminus radieux (2014) d’Antoine Volodine

A l’instar de la musique minimaliste, NNNR base le plus souvent ses développements mélodiques sur des décalages de boucles répétitives (« Das Blasse Gesicht ») ou des ostinatos imbriqués (« Theodore Larue »), mais aussi sur des riffs musicaux (« Lance au bout d'or »). Le trio joue avec la tessiture inhabituelle des instruments, des modulations et des superpositions de notes tenues pour créer des effets harmoniques (« Mystérieux O »). La traditionnelle section piano – contrebasse – batterie laisse place à des échanges de motifs isolés vifs et heurtés (« Sludden ») qui swinguent (« No More DB »), jusqu’à évoquer une walking bass (« Solovieï »). Mais la principale caractéristique de NNNR, c’est de s’amuser avec le timbre des saxophones basses et baryton, de mettre une énergie peu commune dans leurs improvisations et d’utiliser les techniques de jeu étendues à tout va : barrissements, sirènes, klaxons, claquements, touches, vrombissements, souffles, cris, pédales… Tout y passe !

Puissante, originale et tendue, la musique de No Noise No Reduction est curieuse pour son instrumentation et surprenante de créativité. Alors, comme l’écrivent les anglo-saxons dans leurs méls : qui veut écouter Au doux combat me joindre ? Negative Notification Not Required…

Liste des morceaux

01. « Das Blasse Gesicht » (07:35).
02. « No More DB » (07:56).
03. « Mystérieux O », Maffiolo (05:30).
04. « Sludden » (02:51).
05. « Lance au bout d'or » (05:54).
06. « Theodore Larue » (03:44).
07. « Solovieï » (07:30).

Tous les morceaux sont signés Démereau sauf indication contraire.


3 octobre 2017

A la découverte de Francis Larue

En juin 2017, Cissy Street, un quintet au nom évocateur, sort son premier disque. L’occasion de partir à la découverte de son leader, Francis Larue.


La musique

Pour autant que je m’en souvienne, j’ai découvert le jazz quand j’avais quinze ou seize ans : c’est un professeur de guitare qui m’a mis sur ce chemin. A l’époque, comme beaucoup d’ados, j’écoutais beaucoup de rock, dans le sens large du terme. Ce prof a su m’ouvrir progressivement à d’autres univers, sans jamais dénigrer ce que j’écoutais. Et je lui en suis vraiment très reconnaissant. Un jour je suis tombé sur une K7 de Be-bop : je n’y comprenais rien ! Ca me passait complètement au-dessus de la tête… Ni ma famille, ni mes amis n’écoutaient de Jazz. Mais ce prof a su me faire écouter des choses « progressives » et éduquer mon oreille.

Mon père jouait de la guitare dans un orchestre de bal. Il est fort probable que j’ai choisi l’instrument que j’avais sous la main… Du coup ça n’est peut-être pas vraiment un choix ! J’ai commencé à apprendre en le voyant jouer. Ensuite je suis allé à la Maison des Loisirs et de la Culture dans le village d’Auvergne où vit ma mère. Des bénévoles donnaient des cours de guitare folk, En parallèle Je jouais et chantais dans un groupe de rock et j’ai fait quelques bals musette avec mon oncle, accordéoniste.

Au lycée, je me passionne de funk et tente de monter un groupe. Grâce à lui, je rencontre d’autres musiciens et nous nous « professionnalisons ». C’est comme ça que j’ai pu lâcher mon travail de l’époque – dans l’électronique – pour me consacrer à la musique. Je joue pendant plusieurs années avec la chanteuse Claire Vaillant dans des styles et des formes différents : jazz, musique brésilienne, funk… Duo, trio, quartet… Et ça a été mon école !

Par la suite, je suis allé à Lyon où j’ai passé un Diplôme d’Etudes Musicales de jazz et un diplôme d’état. J’ai eu l’occasion de travailler, entre autres, avec le trompettiste Pierre Drevet, le Big Band Bigre…


Les influences

Côté guitaristes, mes principales influences sont surtout George Benson, Pat Metheny et John Scofield. Quant aux autres musiciens, c’est très large : Stevie Wonder, Jaco Pastorius, Earth, Wind and Fire, Miles Davis, Bill Evans, Michel CamiloMais aussi Nirvana ou Rage Against The Machine.




Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Pour moi, le jazz c’est la vie, c’est l’instant, c’est une musique changeante, variable, pleine de contradictions… à l’image de l’humain qui la joue !

Pourquoi la passion du jazz ? C’est une musique pleine d’imprévus. C’est un carrefour au milieu de multiples cultures, un terrain d’expériences pour les mélanges.

Où écouter du jazz ? Je ne sais pas s’il y a un moment plus propice pour écouter du jazz : le matin dans sa voiture, la journée en faisant le ménage, le soir autour d’un verre… N’importe quel moment me paraît bien ! Le découvrir en live, c’est évidemment le mieux, mais pas que ! Une chose peut-être : par moment il faut savoir adopter une vraie écoute, impliquée, concentrée, analytique ou interrogative et sortir du syndrome « musique de fond ».

Comment découvrir le jazz ? Quand on vient d’une famille qui n’écoute pas de jazz, comme moi, et qu’on est curieux de découvrir cette musique, je pense qu’il faut simplement trouver les ponts qui nous correspondent. C’est sûr que pour apprécier certains musiciens, il faut avoir l’oreille éduquée ou habituée à ce langage. Mais les frontières du jazz sont très diffuses et offrent suffisamment de possibilités pour que chacun y trouve son compte et se l’approprie de manière progressive : si on aime le funk, les Headhunters ne dépayseront que partiellement… Tout comme écouter Mike Stern si l’on vient du rock… Dans le jazz, il y en a pour tout le monde, et ce sera de plus en plus le cas !


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un écureuil,
Si j’étais une fleur, je serais un tournesol,
Si j’étais un fruit, je serais une orange,
Si j’étais une boisson, je serais du thé,
Si j’étais un plat, je serais des aubergines au parmesan,
Si j’étais une lettre, je serais E,
Si j’étais un mot, je serais tolérance,
Si j’étais un chiffre, je serais 6,
Si j’étais une couleur, je serais bleu,
Si j’étais une note, je serais La.


Les bonheurs et regrets musicaux

Je souhaite que mon bonheur musical soit à venir… et je regrette peut-être de ne pas avoir passé plus de temps à composer… pour l’instant !


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Allez ! J’en cite cinq : Life on Planet Groove de Maceo Parker, Imaginary Day du Pat Metheny Group, You Must Believe in Spring de Bill Evans, The Florida Concert de Jaco Pastorius et Ya yo me curé de Jerry Gonzalez.

Quels livres ? Quelques romans de science-fiction de Philip K Dick ou d’Orson Scott Card, et quelques polars d’Henning Mankell.

Quels films ? Disons, quelques films de Francis Ford Coppola, Ang Lee, Jeff Nichols, Denis Villeneuve

Quelles peintures ? Je suis un vrai inculte dans ce domaine !

Quels loisirs ? De quoi cuisiner convenablement !


Les projets

En ce moment, j’ai deux projets principaux : Cissy Street, mon quintet, qui vient de sortir son premier album, et pour lequel je commence doucement à écrire un deuxième disque ; et un projet avec Pierre Drevet autour d’une formation avec quatuor à cordes, sur un répertoire bossa nova.


28 septembre 2017

Melodicity – Christian Brun

Melodicity
Christian Brun
Christian Brun (g), Damien Argentieri (ep), Yoni Zelnik (b) et Manu Franchi (d), avec Alex Tassel (bugle).
We See Music Records – WSMD005 – 17
Sortie le 6 octobre 2017

Guitare classique au Conservatoire de Cannes et études de physique à Toulouse… Si ce n’était la rencontre de Tal Farlow, Christian Brun n’aurait peut-être jamais embrassé une carrière de jazzman, qui passe par Toulouse (Houseful – Scalen’Disc – 1991), New York (In Brooklyn – Pee-Wee Music – 1995) et Paris (French Songs – Elabeth – 2001).

En 2015 le guitariste décide d’enregistrer Melodicity et se fait accompagner du claviériste Damien Argentieri, du contrebassiste Yoni Zelnik et du batteur Manu Franchi. Le bugle d’Alex Tassel se joint au quartet pour « A Breath of Fresh Air »..

Brun est l’auteur des dix compositions. Il dédie « For Those Who Stay On The Ground » aux victimes du terrorisme, « I Remember Chass » au trompettiste François Chassagnite, disparu en 2011, « Yes Wes » à l’une de ses influences, Wes Montgomery, et « Song For Elliott » à son fils.

Le quartet a enregistré au Moods Studio, à Sarzeau (Morbihan), avec Tassel et Jonathan Marcoz derrière le pupitre, et Melodicity sort chez We See Music Records, le label créé par Matthieu Marthouret.

Melodicity (« mélodicité » serait un barbarisme, mais, en anglais, le mot signifie la qualité de ce qui est mélodieux…) porte bien son titre : les thèmes sont tranquilles (« Melodicity Part I ») ou gracieux (« Walz In D Major »), intimistes (« I Remember Chass ») ou délicatement entraînants (« Zombie‘s Dance »), les développements rivalisent de sinuosités (« Melodicity Part II ») et les chorus soignent leurs lignes mélodiques (« Waltz In D Major », « Yes Wes »). Argentieri, Zelnik et Franchi assurent une carrure rythmique robuste et régulière : la basse, souple, alterne des formules minimalistes («  Waltz In D Major ») et des riffs cadencés (« Yes Wes »), la batterie est dansante (« For Those Who Stayed On The Ground ») et vive (« Melodicity Part II »), avec ses motifs funky (« A Breath of Fresh Air »), et le Fender Rhodes, élégant (« Melodicity Part I »), déroule ses phrases chaloupées (« Melodicity Part II »). La sonorité de la Gibson, mélange de clarté métallique et de chaleur acoustique, évoque la grande période Blue Note. Brun laisse libre-court à son goût pour les couplets mélodieux (« I Remember Chass »), parsemés de traits véloces (« Melodicity Part I ») ou emphatiques (« ForThose Who Stayed On The Ground »).

Dans Melodicity, Brun et son quartet s’inscrivent dans une lignée néo-hard-bop, avec des touches bluesy et funky, des rythmes solides et un enthousiasme mélodique contagieux…

Liste des morceaux

01. « Melodicity Part I » (06:20).
02. « Song for Eliott » (04:34).
03. « Waltz in D Major » (05:06).
04. « For Those Who Stayed on the Ground » (06:57).
05. « Melodicity Part II » (06:43).
06. « I Remember Chass » (04:57).
07. « A Breath of Fresh Air » (04:58).
08. « Temps calme » (04:13).
09. « Zombie's Dance » (06:30).
10. « Yes Wes » (02:38).

Toutes les compositions sont signées Brun.


26 septembre 2017

Mona à l’Ermitage

Membre de The Very Big Experimental Toubifri Orchestra, musicienne apparentée au Grolektif, connue pour son duo orTie avec Grégoire Gensse et son spectacle en solo, la clarinettiste Elodie Pasquier a formé un quintet en 2016 : Mona.

Le 7 septembre, Mona sort un disque éponyme sur le label Laborie. Le concert de lancement a lieu au Studio de l’Ermitage. Pasquier s’est entourée de musiciens venus d’horizons divers : Romain Dugelay (animateur clé du Grolektif) aux saxophones alto et baryton, Fred Roudet (Le chant des possibles) à la trompette et au bugle, Hilmar Jensson (AlasNoAxis, Tyft Trio…) à la guitare et Teun Verbruggen (Jeff Neve Trio, Flat Earth Society…) à la batterie.


Pasquier a composé l’ensemble du répertoire de Mona et le concert reprend les morceaux du disque, plus « Gatito », une composition d’orTie, en bis.

Le concert démarre sur les volutes élégantes de la clarinette basse a capella, qui débouchent sur une mélodie aux accents nostalgiques. Le foisonnement des cymbales et les contre-chants de la trompette et du saxophone baryton contrastent avec le riff tranquille de la guitare et les phrases sinueuses de la clarinette. Puis, sur une rythmique aux tournures funky et bluesy, « Luz » s’emballe, jusqu’au chorus véloce de Verbruggen. Le rock s’invite dans « Like a Melted Cheese » : une batterie puissante, des bruitages électro orchestrés par le saxophone baryton et des motifs impétueux de la guitare. La trompette et la clarinette dialoguent à qui mieux mieux. A ce « free rock alternatif » succède un passage minimaliste qui évoque quasiment la bande son d’un film de science-fiction. « Like a Summer Sky » prolonge cette ambiance cinématographique : les effets spatiaux de Dugelay complètent les lignes aériennes de Jensson et le jeu tout en souplesse de Verbruggen. Avec sa clarinette soprano  Pasquier s’aventure subtilement dans le monde de la musique classique. Sur des grésillements, bourdonnements et autres crépitements électriques, le morceau s'oriente ensuite vers la musique concrète. Techniques étendues, phrases tranchantes, riffs acérés, dialogues à bâton rompu… poussent le morceau vers la musique contemporaine, avec, toujours, une pulsation rythmique solide.

Chaque morceau est constitué de plusieurs tableaux. « Sexy » ne fait pas exception : après un démarrage intimiste, avec un unisson de la clarinette et de la trompette, des accords en suspension de la guitare, puis des échanges en contrepoints, le quintet part dans un profusion de bruitages à base de cliquetis de la batterie, effets de souffles dans les embouchures, jeux rythmiques sur les touches, stridences… S’ensuit un motif entraînant de la guitare, sur lequel Roudet prend un chorus captivant, que poursuit Pasquier avec autant d’inspiration. Dans « Petit poney » Verbruggen plante un décor binaire puissant, renforcé par une pédale du saxophone alto de Dugelay. Le groupe s’envole dans un free tumultueux, marqué par le rock progressif. A cette furie de notes succède un minimalisme ingénieux... Sur un motif lointain de la guitare, une batterie majestueuse et des effets d’orgue en arrière-plan, « The Little Ducks of the Night » prend des allures de requiem, accentuées par les lignes solennelles de Roudet.

En bis, sur « Gatito », Pasquier et ses acolytes s’expriment en toute liberté dans une profusion de propositions : questions – réponses, rebondissements, échanges de phrases, contre-chants… sans jamais se départir d’un balancement rythmique entraînant. La trompette expose et déroule le thème avec beaucoup de sentiment, bientôt rejoint par Pasquier, pour un développement émouvant.

Mona est cohérente de bout en bout et s’écoute comme une suite, bâtie autour de sept morceaux, eux-mêmes subdivisés en mouvements. L’approche musicale de Pasquier et de son quintet est, certes, sophistiquée – organisation des voix, constructions sonores, structure harmonique… –, mais elle garde toujours cette vitalité rythmique propre au jazz, et une intensité émotive qui la rend particulièrement attachante.

17 septembre 2017

A la découverte d’Elodie Pasquier...

Venue du classique, la clarinettiste Elodie Pasquier vogue du solo au grand orchestre, en passant par le duo, orTie avec le regretté Grégoire Gensse, son quintet, Mona, et tout le reste… Une musicienne hyperactive à découvrir !


La musique

J’ai commencé par le piano, mais je voulais faire un instrument d’orchestre en plus. J’ai écouté des symphonies et j’ai craqué sur le son de la clarinette. Adolescente, j'ai d’abord étudié au Conservatoire de Chalon sur Saône, puis je suis partie au Conservatoire de Besançon, où j’ai passé mes diplômes : clarinette classique, écriture et musique de chambre. Au Conservatoire de Besançon, j’ai travaillé avec un maître de la clarinette : Monsieur Christian Peignier.

Depuis toute petite, chez moi, j’ai été bercée par les disques de Chet Baker et ceux de l’Arfi, entre autres ! Ensuite j’ai fait un stage d’initiation au Jazz et Musiques Improvisées organisé par l’association Jazz en Herbe. Puis j’ai intégré le département jazz de l’Ecole Nationale de Musique de Villeurbanne…


Les influences

Je n’oserais pas parler d’influence, mais plutôt du son d’un musicien qui me touche directement en plein cœur ! Comme Nguyên Lê, Keith Jarrett… Et je suis particulièrement touchée par l’émotion que transmettent certains musiciens que j’ai la chance de rencontrer : Didier Ithurssary, Christophe Monniot, Himar Jensson



Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Des rencontres, des créations, de l’ouverture…

Pourquoi la passion du jazz ? Le jazz est vaste et sans aucune barrière… si on le souhaite !

Où écouter du jazz ? Dans les festivals ! Les fêtes !... Mais il faut surtout se laisser surprendre, peu importe le contexte !

Comment découvrir le jazz ? Ecouter plein de musiques différentes, repérer tel ou tel artiste, faire des liens, suivre les histoires et tomber forcément nez à nez avec un musicien dit « de jazz » qui sera passé par là !… Ou piocher au hasard dans les bacs… Ou encore, tout simplement, commencer par Miles Davis, peu importe sa période !

Une anecdote autour du jazz ? Je suis plutôt friande des histoires de vie de mes copains du jazz !...


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un chat,
Si j’étais une fleur, je serais une pivoine,
Si j’étais un fruit, je serais une fraise (pas très original !),
Si j’étais une boisson, je serais du vin blanc !...
Si j’étais un plat, je serais… je ne sais pas lequel choisir !
Si j’étais une lettre, je serais F,
Si j’étais un mot, je serais Merci,
Si j’étais un chiffre, je serais 6,
Si j’étais une couleur, je serais orange,
Si j’étais une note, je serais quelque part entre deux notes


Les bonheurs et regrets musicaux

Je ne saurais parler de réussite musicale ! Mais je suis très heureuse d’avoir pu vivre des aventures musicales sur du long terme. Elles m’ont tellement fait grandir ! A l’image du duo orTie avec mon grand ami Grégoire Gensse, qui nous a quittés beaucoup trop tôt... Et je n’ai aucun regret !


Sur l’île déserte…

Quels disques ? The Eminem Show d’Eminem, Thisisatrio de Franck Vaillant, The Köln Concert de Jarrett, Shadow Theater de Tigran Hamasyan, Dauphin de Mazalda et des chants grégoriens.

Quels livres ?  Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, plein de livres de Philip K. Dick !... Et quelques bandes dessinées de Riad Sattouf

Quels films ? Fargo des frères Cohen.

Quelles peintures ?  Pablo Picasso, Salvador Dali

Quels loisirs ? Je les garde pour moi ! Et sans mystère caché, bien entendu !...




Les projets

Il y a d’abord Mona, mon nouveau quintet avec Jensson, Teun Verbruggen, Fred Roudet et Romain Dugelay, Nous sortons un premier disque chez Laborie Jazz en septembre. J’ai aussi mon solo, Elodie Pasquier Solo, puis The Very Big Experimental Toubifri Orchestra, qui sort son disque chez Irfan, le Label, avec Loïc Lantoine, mais aussi Danzas de Jean-Marie Machado et une nouvelle création avec l’ensemble Op.Cit de Guillaume Bourgogne, aux côtés d’Emmanuel Scarpa, entre autres ! Sinon, j’ai un nouveau projet dont je serai très fière, mais dont je parlerai en temps voulu !...

Onze Heures Onze à vingt-et-une Heures…

Au Studio de l’Ermitage, le 6 septembre 2017, à vingt-et-une heures et des poussières, le Onze Heures Onze Orchestra monte sur scène dans le cadre du festival « Under The Radar » de Jazz à la Villette. Le concert est aussi l’occasion de célébrer la sortie du premier opus de la discographie de l’orchestre.

Créé en 2014 par Alexandre Herer, Olivier Laisney et Julien Pontvianne, le collectif francilien Onze Heures Onze anime un label, qui compte d’ores et déjà près d’une vingtaine de disques à son actif, organise un festival, produit des projets individuels et tourne avec un orchestre à géométrie variable, autour d’un noyau d’une dizaine de musiciens.

Tous les membres de l’orchestre qui jouent sur le disque sont là, à l’exception de Joachim Govin, Franck Vaillant et Alban Darche : Laisney à la trompette, Pontvianne au saxophone ténor et à la clarinette, Stéphane Payen et Denis Guivarc’h au saxophone alto, Johan Blanc et Michel Massot au trombone (ou au tuba pour le deuxième), Stéfan Caracci au vibraphone, Herer au piano et claviers, Florent Nisse à la contrebasse et Thibault Perriard à la batterie. L’orchestre invite Magic Malik pour quelques morceaux. 




Le programme du concert reprend la plupart des morceaux du disque, plus quelques compositions du collectif. La thématique tourne autour de compositeurs du vingtième et vingt-et-unième siècles : Giacinto Scelsi, Steve Reich, Alvin Lucier, György Ligeti, Conlon Nancarrow, Maurice Ohanna, Morton Feldman

Le concert commence par une adaptation tout à fait personnelle d’Herer du Proverb que Reich a composé en 1995. L’orchestre se substitue aux trois sopranos, aux deux ténors, aux deux vibraphones et aux deux orgues électriques. Les contrepoints de la trompette et des saxophones rappellent les voix de la version originale, tout comme les interventions du vibraphone, mais les similitudes s’arrêtent là : l’élégance éthérée des voix, quasiment a cappella, de Reich est remplacée par un mouvement de groupe tendu, avec une batterie, une contrebasse et un piano qui maintiennent une pulsation mate et robuste. L’ « Autoportrait », que Darche a composé pour Vol 1, est un hommage à Ohanna, Isaac Albeniz et Ligeti. Après une introduction entre comptine et gamelan, la rythmique lance un motif funky, soutenu par une pédale du piano, tandis que le trombone et le saxophone alto dialoguent avec verve. Le morceau se déroule dans un entrelacs de voix d’une grande finesse. « Densité », signé Caracci, démarre avec des boucles construites autour d’un ostinato du vibraphone, d’une pédale au piano et d’une batterie percussive, tandis que les vents s’en donnent à cœur joie, dans un délire de sonnailles. Dans la deuxième partie du morceau, la batterie et la contrebasse restent charnels, le vibraphone et le piano s’envolent dans le contemporain et les soufflants deviennent mystérieux… Guivarc’h prend un solo particulièrement inspiré dans la « Fanfare pour Denis », que lui a dédié Payen. La walking rapide de Nisse et le chabada fulgurant de Perriard enflamment le morceau. Foisonnement des timbres, superposition des voix et rythmique entraînante pour « Kung Fu 37 » de Guivarc’h. Retour à la musique contemporaine avec « This Is Where The Sea Ends », écrit par Pontvianne et inspiré par Lucier : minimalisme et jeux avec les timbres. Cocktail de musique contemporaine et d’éléments funky, « Arcane 4 » – composé par Laisney – permet à Nisse de prendre un chorus mélodieux. Malik, sa flûte et sa voix, rejoignent l’orchestre pour « From Crippled Symmetry » d’Herer, enchaîné – vraisemblablement – avec le « XP31 » de Mezzadri. C’est un morceau protéiforme qui saute d’une atmosphère vaporeuse à des joutes contemporaines, en passant par une quasi-berceuse (quand Malik fredonne dans l’embouchure de sa flûte) et des mouvements minimalistes et rythmiques qui évoquent parfois le gamelan. Le bis est une improvisation collective effrénée, pendant que Malik égrène paisiblement un compte-à-rebours…


Le disque permet évidemment de prendre davantage de recul par rapport à la musique que le concert et, sans doute, d’avoir une écoute plus équilibrée, même si le son est moins chaleureux et « physique » qu’en concert. Vol 1 n’échappe pas à la règle. Cela dit, la prise de son est très réussie : elle met bien en valeur les instruments et l’architecture des morceaux (« Proverb »). Deux morceaux n’ont pas été joués au Studio de l’Ermitage : « Yog Sothoth » de Laisney et « Raja » de Vaillant. Le premier commence par une introduction minimaliste du piano dans les graves, avant de partir sur une jolie mélodie soutenue par une rythmique entraînante et des chœurs en contre-chants. « Raja » met en scène une mélodie délicate, portée par les lignes aériennes du vibraphone, sur une rythmique et des riffs dansants.

Les constructions complexes et autres juxtapositions insolites de Vol 1 évoquent évidemment la musique contemporaine, tandis que les sonorités et les rythmes ramènent au jazz. Sur disque ou en concert, il faut écouter la musique du Onze Heures Onze Orchestra car il s’y passe toujours quelque chose !


Le disque

Vol 1
Onze Heure Onze Orchestra
Olivier Laisney (tp), Julien Pontvianne (cl, ts), Stéphane Payen (as), Denis Guivarc’h (as), Johan Blanc (tb) ou Michel Massot (tb, tu), Stéfan Caracci (vib), Alexandre Herer (p, org), Joachim Govin ou Florent Nisse (b) et Franck Vaillant ou Thibault Perriard (d), avec Magic Malik (fl) et Alban Darche (bs).
Onze Heures Onze – ONZ020
Sortie le 6 septembre 2017



Liste des morceaux

001.  « Xp31 », Malik (4:05).                     
002.  « Yog Sothoth », Laisney (9:37).                   
003.  « Raja », Vaillant (9:37).                   
004.  « Proverb », Herer (6:30).                
005.  « This Is Where the Sea Ends », Pontvianne (7:34).
006.  « Fanfare pour Denis », Payen (6:58).
007.  « Autoportrait avec Ohana et Albeniz (Merci Ligeti) », Darche (6:07).

5 septembre 2017

Le cœur des vivants

Le cœur des vivants
Les Doigts de l’Homme
Olivier Kiktteff (g), Benoît Convert (g), Yannick Alcocer (g), Tanguy Blum (b) et Nazim Aliouche (perc).
Lamastrock
Sortie le 28 avril 2017

En 2002 Olivier Kiktteff monte un duo avec le contrebassiste Tanguy Blum et enregistre Dans le monde, qui sort en 2003. C’est l’acte de naissance des Doigts de l’homme. En 2004, en compagnie de Marc Laverty à la guitare rythmique, le trio sort Gipsy Jazz Nucléaire. Yannick Alcocer remplace Laverty pour le disque éponyme, publié en 2005. En 2008, c’est au tour du guitariste Benoît Convert de rejoindre le groupe pour Les doigts dans la prise, paru chez Cristal Records. 1910 est un hommage à Django Reinhardt (Cristal Records – 2010) dans lequel le quartet invite Adrien Moignard et Stéphane Chausse sur quelques morceaux. En 2013, l’accordéoniste Antoine Girard est l’hôte des Doigts de l’Homme pour Mumbo Jumbo.

Cela fait donc près d’une dizaine d’années que le quartet écume clubs, festivals et scènes diverses. Pour leur nouvel opus, sorti en avril 2017 chez Lamastrock, Les Doigts de l’Homme ont fait appel au percussionniste Nazim Aliouche et c’est une première ! Comme dans la plupart de leurs derniers disques, le quintet joue ses propres compositions et reprend « Love Song » de Tigran Hamasyan (Aratta Rebirth – 2008). Une mention pour l’élégante illustration de la pochette, signée de l’artiste Benjamin Flao, bien connu des amateurs de bandes-dessinées (Kililana Song, La ligne de fuite, Va’a…).

La musique manouche imprègne Le cœur des vivants : l’instrumentation, bien sûr, avec les guitares rythmiques (même si les pompes sont plutôt discrètes) et les lignes de contrebasse, d’une régularité irréprochable (« Là-haut »), mais aussi les plaisirs mélodiques (« The Wait »), sans oublier les longues phrases véloces (« Le cœur des vivants »). Cela dit, Les Doigts de l’Homme partent rapidement sur des chemins de traverse grâce à l’apport des percussions : le cajón donne du corps aux morceaux (« Le vrai tombeau des morts ») et, surtout, libère les guitares de leur rôle traditionnel de pompe. Dès lors elles peuvent mettre l’accent sur des contre-chants (« 4 BC ») et des soutiens plus mélodiques (« I See The Light »). Sous l’impulsion du cajón, les morceaux deviennent dansants (« Califas »), avec des touches africaines (« Amir Across The Sea »), voire funky-africain (« Le vol du colibri »).

Des développements élégants aux tourneries méditatives, en passant par des valses et autres airs de boléro, le tout sur fond de musique manouche et d'influences africaines… La musique des Doigts de l’Homme est séduisante.

Liste des morceaux

01.  « 4 BC » (3:52).
02.  « Le cœur des vivants » (3:49).
03.  « Là-haut » (5:38).
04.  « The Wait » (4:13).
05.  « I See The Light » (5:50).
06.  « Amir Across The Sea » (4:21).
07.  « Love Song », Hamasyan (5:45).
08.  « Le vol du colibri » (3:33).
09.  « Califas » (4:46).
10.  « Le vrai tombeau des morts » (4:37).
11.  « La valse du gros » (3:36).
12.  « Back To Life » (3:33).

Toutes les compositions sont signées Les doigts de la main, sauf indication contraire.